Le conflit israélo-palestinien n’alimente pas l’islamisme, il en est une émanation

Mise à jour, 5 septembre: La Presse a enfin publié notre réplique.


Le 28 août dernier,
La Presse publiait un billet d’opinion  de Claude Castonguay qui blâmait la terreur djihadiste sur l’existence d’Israël et le souvenir des Croisades. La Presse avait accepté de publier aujourd’hui cette réplique de Jacques Saada qui redresse les déformations historiques et expose les raccourcis du texte de M. Castonguay. Je constate aujourd’hui que La Presse a choisi de laisser sans réplique un texte pétri d’ignorance.
– David Ouellette

par Jacques Saada

 L’auteuPhoto Jacques Saadar est un ancien ministre fédéral et membre du conseil d’administration du Centre consultatif des relations juives et israéliennes-Québec

Claude Castonguay promettait récemment dans ces mêmes pages (« Pourquoi toute cette violence? », La Presse, 27 août 2016) une « perspective historique » sur les exactions djihadistes qui ensanglantent l’aire arabo-musulmane et l’Occident. Il a malheureusement failli à la tâche en démontrant une ignorance surprenante des faits historiques et en prenant des raccourcis regrettables.

Il déplore « la création en 1948, de l’État d’Israël en plein territoire palestinien. » Or, il n’y avait pas de « territoire palestinien ». Il y avait une Palestine sous mandat britannique depuis 1919 cohabitée par des Arabes, des Juifs et des chrétiens. C’est sur cette terre, des siècles avant que le nom de Palestine ne voit le jour, qu’est né le peuple juif qui l’a habitée de façon ininterrompue.

Il reproche à Israël et à l’Occident de nier aux Palestiniens « le droit de ce peuple d’avoir son propre pays  ». Rien n’est plus faux. En 1947, l’ONU décidait de la partition du territoire de la Palestine sous mandat britannique et de la création de deux États, l’un juif et l’autre arabe. Les Juifs ont accepté cette solution. Les Arabes l’ont rejetée.

Entre 1948 et 1967, le territoire revendiqué pour l’État palestinien était sous contrôle arabe (Gaza sous l’Égypte et la Cisjordanie sous la Jordanie). Près de vingt ans au cours desquels les Arabes auraient pu créer l’État palestinien, mais s’en sont bien gardés. L’objectif n’était pas de créer cet État, mais bien d’éliminer Israël.

M.Castonguay accuse Israël de « s’opposer farouchement à la création d’un État palestinien. » C’est encore faux. Non seulement Israël avait accepté la résolution onusienne de 1947, mais il a appliqué le principe de cette reconnaissance dans toutes les offres de paix qu’il a faites aux Palestiniens, chaque fois rejetées par leurs dirigeants.

Si Israël a réussi à conclure des accords de paix avec l’Égypte et la Jordanie, il reste que pour une proportion importante de Palestiniens, dont le Hamas, et des acteurs régionaux comme le Hezbollah et l’Iran, tous mus par les plus intransigeantes des idéologies islamistes, le conflit ne porte pas sur les frontières ou les actions d’Israël, mais sur son existence, tout comme un Occident démocratique et pluraliste est inacceptable pour les djihadistes.

Tandis que des centaines de milliers de musulmans sont tués, torturés et mutilés de l’Afrique à l’Asie centrale, prétendre que la furie islamiste du 21e siècle est alimentée par le souvenir des Croisades témoigne d’un certain égocentrisme pénitentiel déterminé à faire porter sur les épaules de l’Occident les pires abjections du monde.

L’islamisme et le djihadisme illustrent fondamentalement une crise qui secoue l’Islam en opposant entre eux ses divers courants. Il s’agit d’un conflit politique interne au monde arabo-musulman où se confrontent depuis les années 1920 les idéologies nationaliste et islamiste dans une lutte sans merci pour définir la modernité arabe ou musulmane.

Certes, certains choix politiques occidentaux ont pu contribuer à exacerber les crises dans l’espace arabo-musulman. Or, l’idéologie islamiste demeure une idéologie nihiliste qui n’est pas en quête de justice et de dignité, mais se voue plutôt à l’élimination de toute altérité, que ce soit l’Occident, les courants musulmans traditionnels et réformateurs, ou encore les minorités sexuelles, ethniques et religieuses.

M. Castonguay croit-il vraiment que si Israël et la Palestine faisaient la paix, ces grandes secousses mondiales s’apaiseraient comme par enchantement ? Le désir ardent de voir un jour s’installer une paix profitable à Israël et aux Palestiniens, désir que je partage viscéralement, ne doit pas nous mener à la naïveté et à l’angélisme.



Categories: Islamisme, Médias, Moyen-Orient

Tags: ,

2 replies

  1. Before anyone offers an opinion on this particular subject matter ( or any other), one must have a good grasp of all historical facts or else risks spreading misinformation , which most likely will magnify mistrust and make the prospect of peace-even more difficult to attain.

  2. Comment Claude Castonguay a pu écrire ces mensonges stupides qui ne font que mettre en lumière son ignorance ou sa malhonnêteté intellectuelle, ou pire encore, la combinaison des deux. Bravo à Jacques Saada pour un excellent rappel historique.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: