Qui freine la reconstruction de Gaza?

Le 9 juillet dernier, La Presse affirmait que le blocus partiel contre le Hamas « empêche essentiellement la reconstruction de la bande de Gaza ». S’il est vrai que la reconstruction à Gaza piétine, ce sont plutôt les querelles de pouvoir entre le Hamas et l’Autorité palestinienne qui en sont responsables.

L’ONU a mis en œuvre le « Mécanisme temporaire pour la reconstruction de Gaza » en novembre 2014 avec la pleine coopération des autorités israéliennes qui ont levé les restrictions sur l’entrée de matériaux de construction dans l’encalve palestinienne gouvernée par le Hamas. Selon le Mécanisme onusien, une fraction des travaux de reconstruction devaient être effectués par l’ONU, tandis que le gros des travaux devait être exécuté par l’Autorité palestinienne.

Toutefois, dès décembre 2014, des représentants de l’ONU et d’ONG sur le terrain à Gaza confiaient au Guardian  que la corruption à Gaza détournait vers le marché noir le ciment livré par Israël pour la reconstruction de maisons.

Puis, le 29 janvier 2015, Robert Serry, l’émissaire personnel auprès des Palestiniens du Secrétaire général de l’ONU dira à Reuters que l’Autorité palestinienne n’assumait pas ses responsabilités. Selon Reuters, Serry affirmait que “les perspectives pour Gaza ne deviendraient positives que si l’Autorité palestinienne soutenue par l’Occident et le Hamas islamiste résolvaient leurs différends”.

En février 2015, le Sous-secrétaire général de l’ONU, M. Jeffrey Feltman, a expliqué qu’ « en dépit de l’expansion continue du Mécanisme de reconstruction de Gaza, quatre mois après la Conférence du Caire, les donateurs n’ont toujours pas honoré la grande majorité de leurs engagements » en raison des querelles de gouvernance entre le Hamas et l’Autorité palestinienne.  

Quelques jours plus tard, le Secrétaire général de la Ligue arabe, M. Nabil Elarabi, abondera dans le même sens que l’ONU et déclarera en entrevue avec l’influent quotidien arabe Al-Hayat : « Les différends internes et l’absence de coopération entre l’Autorité palestinienne et le Hamas sont derrière le délai de la reconstruction dans la Bande de Gaza ».

En mars 2015, l’économiste palestinien Omar Shaban disait à Radio-Canada: “Pourquoi les donateurs ne veulent pas payer? Parce qu’il n’y a pas de réconciliation entre le Hamas et le Fatah. Et pourquoi n’y a-t-il pas de réconciliation? Parce que l’ONU a pris tout le travail et le gouvernement de coalition n’a plus rien à faire. Le Hamas est exclu du processus et l’Autorité palestinienne est absente de Gaza. Alors je suis d’accord avec les pays donateurs. Mais à qui la faute? Elle revient à nos dirigeants politiques parce qu’ils n’ont pas fait d’efforts pour être présents et visibles à Gaza”.

Quelques semaines plus tard, l’Association des agences de développement international, qui représente 80 ONG qui font du travail humanitaire auprès des Palestiniens, a publié un rapport cité par Al-Jazeera qui déplorait que seulement le quart des 3,5 milliards de dollars promis par des donateurs internationaux à la Conférence du Caire pour la reconstruction de Gaza n’avait été effectivement recueilli. Selon le rapport, ce sont les engagements rompus des donateurs qui retardent la reconstruction. Les donateurs, explique le rapport, hésitent à honorer leurs promesses de dons à cause des différends politiques entre le Hamas et l’Autorité palestinienne.

En revanche, depuis la fin de la guerre de Gaza de 2014, le gouvernement israélien a exporté plus de 18 000 tonnes de ciment à Gaza et investi 10 millions de dollars US pour augmenter de 800 à 1000 camions par jour la capacité des points de passage à Gaza. Les autorités israéliennes enregistrent aussi 14 000 entrées en Israël depuis Gaza chaque mois par des gens d’affaires palestiniens, des pèlerins en route vers Jérusalem et des patients accompagnés de leurs proches. Depuis octobre 2014, près de 6 millions de tonnes de biens  et produits palestiniens ont été exportés depuis Gaza via Israël pour être vendus en Cisjordanie, en Israël et à l’étranger.

Bref, Israël en fait plus pour la reconstruction de Gaza que le Hamas et l’Autorité palestinienne. Mais pour La Presse et l’expert qu’elle a interrogé il est tellement plus commode de blâmer Israël, plutôt que l’indifférence des dirigeants palestiniens envers le bien-être de leur propre peuple.



Categories: Médias, Moyen-Orient

1 reply

  1. Bravo David, très bonne réplique.

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