En réplique à Agnès Gruda

« La vérité toute nue ». C’est le titre ambitieux de la dernière chronique d’Agnès Gruda, chronique dont la présomption est inversement proportionnelle à la rigueur analytique, qui revient sur la répudiation alléguée de la solution des deux États pour deux peuples de Benjamin Netanyahou en campagne électorale.

Oui, concède Gruda, Nétanyahou aurait “rétropédalé” cette répudiation depuis la fin de la campagne électorale. Or, quiconque prend la peine de relire de bonne foi les propos du Premier ministre israélien devra admettre qu’il n’a jamais répudié la solution des deux États pour deux peuples.

Les propos, les voici: « Je crois que quiconque établit un État palestinien aujourd’hui (mon emphase) et évacue des territoires donne à l’islam radical des bases pour attaquer l’État d’Israël ». Puis, à la question d’un journaliste à savoir s’il écarte la création d’un État palestinien sous son prochain mandat de Premier ministre, Nétanyahou répond : « En effet ».

Le mot-clé est « aujourd’hui ». Nétanyahou affirme qu’évacuer la Cisjordanie aujourd’hui poserait un risque sécuritaire inacceptable pour Israël. En cela, il est à l’unisson avec l’opinion publique majoritaire israélienne (rappel: le Likoud n’a remporté que 24% du suffrage universel) qui est à la fois en faveur (d’après des années de sondage) de la création d’un État palestinien en retour d’un accord de paix permanent et sceptique quant à la réalisation à court et moyen terme de cette vision.

Pourquoi? D’abord, parce que l’histoire récente et la situation actuelle de la région démontrent aux Israéliens que le vide laissé par l’absence de pouvoir politique central détenant le monopole de la violence est immédiatement rempli par les forces de l’islam radical. Ainsi, l’évacuation israélienne du Sud-Liban en 1999 a fait place au Hezbollah et à ses milliers de missiles à la frontière israélienne avec le Liban. L’évacuation israélienne de la bande de Gaza en 2005, qui devait réduire les frictions entre Israéliens et Palestiniens, a conduit au renversement de l’Autorité palestinienne par le Hamas qui a transformé le territoire en rampe de lancement d’attaques contre Israël débouchant sur un cycle de guerres peu concluantes au détriment des populations civiles palestinienne et israélienne. Aujourd’hui, l’Iran affirme ouvertement vouloir armer les Palestiniens de Cisjordanie dans le but évident de répéter le putsch de son client, le Hamas, dans ce territoire. Faut-il vraiment rappeler que l’un des principaux objectifs du Hamas en provoquant la guerre de l’été dernier était de déclencher une insurrection contre l’Autorité palestinienne en Cisjordanie?

Ces gains territoriaux des forces islamistes ont été précurseurs de la situation régionale actuelle, alors qu’en Irak des milices chiites contrôlées par l’Iran rivalisent en cruauté avec les djihadistes de l’État islamique sur d’immenses pans du territoire national irakien qui échappent au contrôle du gouvernement central de ce pays. De même en Syrie où les régions limitrophes d’Israël et de la Jordanie ont échappé au contrôle de Damas et sont disputées par le Hezbollah, les Gardiens de la révolution islamique iranienne, d’une part, et par une brochette d’organisations djihadistes sunnites, d’autre part. Idem dans le Sinaï égyptien, au Yémen et en Lybie.

Enfin, les dirigeants palestiniens ont refusé toutes les offres de paix et d’État palestinien formulées par Israël en 2000, 2001 et 2008. Au grand dam de la communauté internationale et même de pays arabes. Il faut décidément fermer les yeux sur la réalité pour ne pas voir que la démarche unilatérale adoptée par l’Autorité palestinienne n’est pas la conséquence d’une impasse diplomatique créée par une prétendue mauvaise foi israélienne, mais le produit d’une culture politique et d’une mythologie nationale palestiniennes jusqu’au-boutistes en vertu desquelles les dirigeants palestinien sont incapables de renoncer à leur rêve de renverser la réalité légitime de l’ État-nation juif et d’accepter que leur État doive nécessairement reposer sur le socle d’un accord de paix définitif avec Israël et la fin de revendications hostiles telles qu’un prétendu droit de retour en Israël de millions de descendants des réfugiés arabes de la guerre de 1947-49 déclenchée pour tuer dans l’œuf l’État naissant d’Israël.

Or même si l’Autorité palestinienne faisait preuve de pragmatisme et acceptait une solution diplomatique durable au conflit avec Israël, peut-on imaginer que le nouvel État de Palestine dirigé par un gouvernement faible, non-élu, corrompu et en conflit avec une opposition islamiste armée vouée à la destruction d’Israël ne connaitrait pas le même sort que la Syrie?

« La vérité toute nue », si j’ose dire, est qu’il importe peu qui gouverne en Israël en ce qui a trait au conflit avec les Palestiniens. De la gauche à la droite, la guérilla terroriste palestinienne pour toute réponse aux offres de paix israéliennes de 2000 et 2001, le rejet de l’offre de paix de 2008 qui répondait à toutes les demandes palestiniennes, y compris Jérusalem, le refus d’Abbas de revenir à la table des négociations malgré le moratoire sans précédent imposé par Netanyahou sur la construction dans les implantations de Cisjordanie, ont achevé de convaincre tout le spectre politique israélien qu’il n’a pas de partenaire palestinien aujourd’hui capable ou disposé à bâtir un État de Palestine en paix avec Israël.

Ce constat ne signifie toutefois pas que Palestiniens et Israéliens ne disposent pas d’une marge de manoeuvre pour améliorer la situation sur le terrain. L’ancien ambassadeur israélien à Washington, Michael Oren, aujourd’hui membre du nouveau parti centriste Kulanu qui devrait vraisemblablement se joindre à la nouvelle coalition gouvernementale, a formulé plusieurs idées susceptibles, à défaut de pouvoir parvenir à un accord, de renforcer la réalité de deux États sur le terrain. Il n’est pas interdit d’espérer que le prochain gouvernement israélien et l’Autorité palestinienne s’y montreront ouverts.



Categories: Varia

8 replies

  1. Monsieur Ouelette,

    Il faudra bien un jour réfuter les articles ahurissants de partialité et de mauvaise foi pondus par Guy Taillefer du Devoir sur la question du conflit israélo-palestinien. En voici quelques exemples édifiants :

    http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/435497/benjamin-netanyahou-la-fin-des-duplicites
    http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/434813/israel-regression-politique
    http://www.ledevoir.com/international/etats-unis/433428/netanyahou-au-congres-effet-de-nuisance
    http://www.ledevoir.com/international/etats-unis/433314/netanyahou-aux-etats-unis-l-ami-republicain

    On dirait à le lire que ce journaliste HAIT Benjamin Nétanyahou tellement il en parle en mal. Il lui prête toutes les mauvaises intentions du monde et se refuse à accepter qu’il y ait une once d’honnêteté ou de sincérité chez le premier ministre d’Israël. À contrario, voici ce qu’il n’hésite pas à écrire au sujet de Mahmoud Abbas : «M. Abbas — qui a déploré l’attaque de mardi — [dans une synagogue de Jérusalem] est avant tout un homme qui a accepté de jouer le jeu de la négociation et de la duplicité israéliennes depuis qu’il a succédé à feu Yasser Arafat, en 2005.» Évidemment les commentaires des lecteurs du Devoir sont tous aussi consternants d’ignorance et d’indigence sur le plan de l’analyse et il conviendrait de faire contrepoids au Devoir, tout en étant bien conscient que vous avez déjà les mains pleines avec la Presse et Cyberpresse…

    Mais s’agissant de Taillefer, trop c’est trop…

  2. “Oui, concède Gruda, Nétanyahou aurait “rétropédalé”” (David Ouellette)

    Si elle l’a écrit, ça doit être comment autrement vrai ou faux ?

    Merdes ! – 22 mars 2015 / 2 nissan 5775 –

  3. Génial David, tu devrais le traduire en Anglais et l’envoyer a tout les journaux américains.

    Agnes Gruda aurait intérêt a consulter tout les sites palestiniens en langue arabes ainsi que les endoctrinements anti-Juif qui sont enseignés dans les écoles palestiniennes.
    Voici des sites qui pourraient l’aider dans ses recherches.
    http://www.palwatch.org/ http://www.memri.org/?clear=1

  4. Fort, David. Vraiment. De la géopolitique bien analysée, dans une forme impec’. J’aime.

  5. Je pense que le débat a dépassé la simple rhétorique. Dans les faits le gouvernement sous la direction du Likoud s’oppose aux positions de relance de la négociation de l’Europe et du gouvernement américain. Or, jusqu’à preuve du contraire, on ne peut pas dire que les gouvernements européens et américains sont favorables au Hamas ni au Hezbollah. La tendance à réduire le conflit israélo-palestinien à un combat entre la démocratie ou le terrorisme ne tient plus. Les gouvernements qui soutiennent la relance d’un processus de négociation et qui reconnaissent l’Etat palestinien sont des gouvernements démocratiques: de la Grande-Bretagne à la Suède en passant par la France. Monsieur Ouellette, vous aimez bien revenir sur le passé en oubliant que pendant qu’il y a un Etat israélien il n’y a pas toujours pas d’Etat palestinien dans les faits… Et que dans les faits la population juive des colonies qui je le souligne procède d’une occupation illégale (reconnue par aucun pays dans le monde), elle, augmente, rendant, dans les faits, de plus en plus difficile la réalisation de l’indépendance palestinienne pourtant soutenue par l’immense masse de la population arabe (chrétienne comme musulmane). Monsieur Ouellette, vous n’êtes pas assez naïf pour ne pas savoir qu’historiquement la politique de colonisation juive fut toujours fondée sur la politique du fait accompli… Enfin, l’autorité palestinienne, le président palestinien, l’OLP, le Fatah, qui constituent l’autorité légitime du peuple palestinien reconnait Israel dans ses frontières de 1967 depuis 20 ans. Il est plus que temps de cesser de laisser entendre que le but de l’organisation fondée par Yasser Arafat a pour objectif de repousser les juifs à la mer. Or, là encore, monsieur Ouellette vous n’êtes pas assez naïf pour ne pas savoir qu’à chaque refus d’Israel de négocier l’indépendance de la Palestine il tire dans le pied du président palestinien laïque et donne de l’eau au moulin des organisations islamistes comme le Hamas (qui disent aux palestiniens: “Voyez ça ne donne rien de négocier avec Israel”) à moins que ce soit là le but du gouvernement israélien pour justifier sa politique du refus… auquel cas je le dis avec regret, il finira pas s’en mordre les pouces…

    • Quelle partie de mon billet n’avez-vous pas comprise à propos du rejet répété des offres de paix israéliennes et du refus palestinien de négocier? Saviez-vous qu’en 2008, Abbas a refusé un plan de paix qui donnait 100% de Gaza, 97% de la Cisjordanie, une souveraineté partagée sur Jérusalem et même un “retour” limité de Palestiniens en Israël même? http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2009/05/28/AR2009052803614.html

      Quant aux intentions de l’OLP et du Fatah quant à la pérennité d’Israël, je vous recommande de prêter attention à ce qu’ils disent aux Palestiniens plutôt qu’aux Occidentaux. http://www.palwatch.org/

      Une dernière chose: L’occupation n’est pas illégale puisqu’ en vertu de la Résolution 242 du Conseil de sécurité, qui est contraignante, un retrait israélien de territoires conquis en 67 doit être négocié en échange de la paix et de la sécurité.

      • Svp monsieur Ouellette… Pas avec moi… Je connais la méthode qui consiste à sélectionner soigneusement les exemples sans considérer leur ampleur, fussent-ils tirés du New-York Times ou du Washington Post… Gaza a été évacuée mais son territoire est encerclé et ce depuis bien avant l’élection du Hamas. La colonisation dans la Judée-Samarie, pardon, la Cisjordanie, se poursuit de plus belle alors que le gouvernement israélien parle de paix, rendant de facto plus difficile la réalisation d’un État palestinien. Ne jouez pas sur les mots et cessez de faire diversion. Je vous parle du refus de négocier d’Israël qui est déterminant (puisqu’il n’y a pas d’État palestinien) et dont les effets sont à son avantage (dans le maintien du statu quo) en nourrissant la dimension sécuritaire et la peur de l’électorat juif. Il faut être aveugle pour ne pas voir que tout refus de négocier de la part d’Israël joue contre l’autorité palestinienne car il renforcit l’islamisme. Mais pire ! Il nourrit l’argumentaire des islamistes pour qui, depuis l’exemple de l’évacuation du Liban par Israël, la libération d’un peuple n’a pu se faire que par la lutte armée et non la négociation… Je ne vous demande pas de le comprendre, moi, je sais que vous le comprenez très bien.

        La géométrie variable, non plus, n’a plus cours. Quand l’Europe et l’Amérique se lèvent contre le terrorisme islamiste, pour certains, c’est le combat contre le mal, avec Israël ; mais quand, du même souffle, l’Europe et l’Amérique ajoutent la nécessité de poursuivre la négociation, alors, au mieux, ces derniers font preuve de naïveté, au pire, d’antisémitisme… Idem pour la colonisation et l’occupation illégale de la Cisjordanie par Israël qui est le fruit d’une agression militaire similaire à celle du Koweït par l’Irak. Bien sûr, je sais… les Irakiens qui ont justifié leur agression avaient aussi de bonnes raisons : historiquement le Koweït était une province irakienne rattachée au territoire de Bassorah ; le Koweït a volontairement fait baisser le prix du pétrole irakien en inondant le marché… Mais comme vous êtes une personne intelligente, nous n’allons pas remonter aux Cananéens et refaire l’histoire et son interprétation… Et nous n’aurons pas besoin non plus de faire diversion en parlant du dictateur Saddam ou de la condition des femmes en Israël… Je comprends le discours que vous devez tenir, compte tenu de votre position professionnelle… Cela dit, parfois, soyez plus subtil…

      • Mon cher Monsieur Cloutier, si vous croyez que je vous tiens un discours convenu, je ne vois pas pourquoi vous perdez votre temps à m’écrire ou pourquoi je perdrais le mien à vous répondre.

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