Esplanade des mosquées ou Mont du Temple?

La Purification du Temple, El Greco, 1568

La Purification du Temple, El Greco, 1568

Inévitablement, lorsque la presse francophone traite de la vague actuelle de terrorisme palestinien à Jérusalem, elle évoque les tensions autour de l’ “Esplanade des mosquées, troisième lieu saint de l’islam”. Dans le meilleur des cas, les médias de langue française ajouteront “que les Juifs appellent Mont du Temple”.

Ce que peu de journalistes, et le public encore moins, savent, c’est que l’expression “Esplanade des mosquées” et l’idée que seuls les Juifs appellent ce même lieu “Mont du Temple” sont erronées.

Tout d’abord, il n’y a qu’une seule mosquée sur l’Esplanade dite des mosquées, à savoir, la mosquée Al-Aqsa. Le Dôme du Rocher, avec son iconique coupole dorée, n’est pas une mosquée, mais un sanctuaire.

Ensuite, les nations chrétiennes occidentales ont de tout temps désigné l’esplanade qui a accueilli les deux temples antiques juifs par l’expression “Mont du Temple”, calquée sur l’hébreu Har Habayit. Et pour cause, puisque le Mont du Temple est un lieu saint pour les chrétiens aussi.

D’invention médiatique française récente, l’expression “esplanade des mosquées” fait sa première apparition, selon mes recherches, dans Le Monde du 12 septembre 1967, sans majuscule, pour ne réapparaitre qu’en 1980, date à partir de laquelle elle fera l’objet d’un usage croissant, puis systématique dans les médias français et francophones.

Longtemps, l’expression n’a eu aucun équivalent dans d’autres langues occidentales. Aujourd’hui, l’espagnol et l’italien ont certes calqué sur elle les expressions Explanada de las mezquitas  et Spianata delle moschee, mais les médias anglophones (Temple Mount), portugais (Monte do Templo), allemands (Tempelberg), néerlandais (Tempelberg) et scandinaves (Tempelberget, Tempelbjerget, Tempelhøgda) continuent d’identifier le lieu comme le Mont du Temple.

Enfin, pour les Arabes et les musulmans le lieu se nomme Haram ash-Sharif, c’est-à-dire, le Noble Sanctuaire.

Au-delà de son caractère erroné, l’expression “Esplanade des mosquées” occulte deux mille ans de tradition chrétienne en supplantant l’expression “Mont du temple”. Mais ce n’est pas tout. L’expression est politiquement chargée car elle impose de manière pernicieuse dans l’esprit du public francophone la propagande palestinienne voulant que le lien entre les Juifs et Jérusalem soit fictif.

En effet, le récit nationaliste palestinien nie qu’il n’y ait jamais eu de temple juif à Jérusalem et encore moins sur le Mont du Temple. Comme l’avait noté le négociateur américain Dennis Ross, la seule idée nouvelle apportée par Yasser Arafat à Camp David fut de nier l’existence d’un temple juif à Jérusalem. Il serait erroné de croire que cette négation se limite à une querelle religieuse. En niant ce lien historique fondamental entre les Juifs et leur antique capitale, les Palestiniens nient toute légitimité historique à l’État d’Israël.

Ce qui est ironique, puisque le premier nom de Jérusalem en arabe est Bayt al-Muqqadas (maison sainte), soit la traduction de l’hébreu du nom du temple juif, Beit ha-Mikdash (maison sainte).  Al-Quds (la sainte), le nom de Jérusalem en arabe moderne, est lui même dérivé de Bayt al-Muqqadas (plus précisément de la racine commune Q-D-S exprimant la notion de sainteté en hébreu et en arabe) et fait donc explicitement référence au temple juif.

Plus ironique encore, quand le calife Abd-al-Malik donne l’ordre de construire le Dôme du Rocher en l’an 691 sur le Mont du Temple, il choisit pertinemment de le bâtir au-dessus du rocher qui selon la tradition juive se trouvait dans le saint des saints du temple juif. L’intention du calife était d’établir l’islam non seulement comme successeur des fois juive et chrétienne, mais comme l’ultime révélation divine. C’est pourquoi il prit soin de faire inscrire sur le Dôme du Rocher ce verset coranique: “C’est Lui qui a envoyé Son messager avec la bonne direction et la religion de la vérité, afin qu’elle triomphe sur toute autre religion, quelque répulsion qu’en aient les associateurs [les chrétiens qui croient en la Trinité] . (Coran, 9:33)”

Qu’on ne s’y méprenne pas. Je ne conteste pas la légitimité du lieu saint musulman. Comme 99.9% des Juifs, je ne veux pas de nouveau temple juif à Jérusalem. Depuis la destruction du Second Temple en 70 de notre ère, le judaïsme a connu une évolution spirituelle qui n’a aucun usage pour un temple, des prêtres et des offrandes.

Mais il reste que l’expression “Esplanade des mosquées”, loin d’éclairer l’importance symbolique du lieu à la fois pour les Juifs et les musulmans, fait primer celle des derniers sur celle des premiers et contribue à disséminer la négation des fondements du christianisme et des liens plurimillénaires des Juifs avec la ville trois fois sainte.



Categories: Antisionisme, Médias, Moyen-Orient

1 reply

  1. Bravo pour cette indispensable mise au point …mais sera-t-elle diffusée aux mèdias francophones ?, j,en doute, hèlas !

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