Infoman, Rachad Antonius et moi

Alors que je me trouvais en vacances en Israël, une décision de l’ombudsman de Radio-Canada sur un topo d’Infoman à Gaza a suscité une certaine controverse dans les médias. Sans surprise, les réactions de certaines personnalités médiatiques sont davantage révélatrices de leur manque de rigueur que de l’objet et des fins de ma plainte.

L’objet de ma plainte, qui n’a pas été relayé correctement par les médias, n’était pas qu’Infoman traite de l’embargo militaire israélien sur Gaza, territoire gouverné par l’organisation terroriste Hamas, vouée à la destruction d’Israël et à l’établissement d’un État islamique sur ses cendres.

Ma plainte, plutôt, portait essentiellement sur le fait qu’Infoman a présenté en guise de “spécialiste du Moyen-Orient” Rachad Antonius qui est un vétéran du militantisme et du lobbying pro-palestinien/anti-israélien. En 2011, l’ombudsman avait déjà reproché à l’émission Désautels de n’avoir pas respecté une norme journalistique de Radio-Canada en omettant de mentionner “les liens d’association et les intérêts particuliers” de M. Antonius. Michel Désautels, en véritable professionnel de l’information, avait même reconnu qu’il aurait conduit son entrevue avec M. Antonius “de toute autre façon” s’il avait connu son côté militant.

Dans sa décision, l’ombudsman de Radio-Canada a également reproché à Infoman de pratiquer le mélange des genres sur un sujet hautement controversé. Il n’en fallait pas plus pour que certains commentateurs évoquent le spectre de la censure téléguidée par un groupe de pression. Il n’en est pourtant rien. Ma plainte, je le répète, portait sur la présentation d’un militant engagé comme un expert désintéressé, une pratique qui prive le public de la possibilité de juger des propos de l’intervenant à leur juste mérite. Je ne doute pas que ces mêmes commentateurs seraient les premiers à pousser de hauts cris d’indignation si d’aventure Radio-Canada me présentait autrement que par mon affiliation organisationnelle.  Il reste que c’est l’ombudsman qui, en vertu de son mandat, a décidé que les Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada s’appliquaient au topo sur Gaza et déploré le mélange des genres sur “un des dossiers les plus difficiles et délicat à traiter, même pour un journaliste chevronné.”

Des commentateurs se sont portés à la défense d’Infoman en faisant valoir qu’il n’y avait rien d'”antisémite” dans le reportage. J’imagine qu’il était plus aisé pour eux de créer ce faux-fuyant que de s’attarder au bien-fondé de ma plainte qui n’a jamais fait la moindre allusion à l’antisémitisme. Démagogie, quand tu nous tiens…  Un autre, qui estime que je critique tout article touchant à Israël ou aux Juifs (si tel était vraiment le cas, je n’aurais plus le temps de respirer), a tranché que l’occupation d’Israël est immorale, fin de l’histoire. Heureusement pour ceux qui préfèrent la complexité au simplisme, après s’être momentanément improvisé reporter de guerre, celui-ci se cantonne essentiellement aux chroniques d’humeur.

Enfin, Rachad Antonius a écrit une longue lettre à l’ombudsman, publiée sur son site, où il m’accuse de le “salir” et de vouloir le réduire au silence. Comme je lui ai déjà répondu dans le blogue Opinions du Journal de Montréal, “ce sont les groupes de pression anti-Israël qu’il a servis au fil des ans, comme la Fédération Canado-Arabe ou le Conseil national des relations canado-arabes, qui doivent être déçus”. Je reproduis ci-dessous la lettre que j’ai envoyée à l’ombudsman de Radio-Canada pour répondre aux accusations fallacieuses de ce monsieur.

Montréal, le 11 novembre 2014

Monsieur Pierre Tourangeau
Ombudsman des Services français
Radio-Canada

Monsieur Tourangeau,

J’ai pris connaissance aujourd’hui de votre correspondance avec M. Rachad Antonius. Je ne souhaite pas prolonger la polémique déclenchée par vos récentes décisions sur l’identification de M. Antonius comme « expert du Moyen-Orient » sur les ondes de Radio-Canada. Toutefois, vous comprendrez que je ne peux laisser sans réponse les accusations fallacieuses portées à mon endroit par M. Antonius et publiées sur le site web de Radio-Canada.

M. Antonius vous écrit que je suis engagé dans « une  opération  de salissage personnelle ». Or, toutes les informations que je vous ai soumises sur les activités militantes de M. Antonius sont strictement vraies et indépendamment vérifiables dans les médias québécois et canadiens. Il est pour le moins saugrenu que M. Antonius qualifie de  « salissage » mes références à son militantisme pro-palestinien auquel il consacre tant d’énergie depuis tant d’années.

De plus, M. Antonius m’accuse de vouloir le réduire au silence. Or, rien n’est plus faux. J’ai toujours été très circonspect et précis dans la formulation de mes plaintes sur l’occultation du militantisme de M. Antonius pour justement ne pas prêter flanc aux accusations indues de velléités de censure, une pratique qui n’a pas sa place dans une société libre comme la nôtre et qui me répugne au plus haut degré. C’est pourquoi dans ma lettre du 24 octobre dernier au Premier directeur, information télévision, M. Jean Pelletier, j’ai pris soin d’écrire:

« Je tiens à préciser que je n’ai jamais disputé à M. Antonius le droit de présenter ses vues ou à Radio-Canada de faire appel à lui. Comme vous, j’estime qu’il est du devoir de tout média d’information d’exposer le public à une variété d’opinions et de perspectives sur tout sujet. A ce chapitre, je ne vous cacherais pas mon souhait qu’une plus grande pluralité de points de vue se fasse entendre sur vos ondes en ce qui a trait à Israël et au conflit israélo-arabe.

 L’objet de ma plainte est autre : en présentant M. Antonius simplement comme sociologue, sans évoquer son engagement politique en faveur des Palestiniens, vous induisez votre public en erreur. »

Les objectifs poursuivis par notre organisation auprès de Radio-Canada ont toujours été transparents, à savoir, la correction de graves inexactitudes et partis pris dans la couverture du conflit israélo-arabe. Si l’objectif de notre organisme était de convertir Radio-Canada en caisse de résonance pro-israélienne, non seulement aurions-nous là un objectif aussi peu réaliste que souhaitable, mais, on en conviendra, nous serions bien mal avisés d’adopter une démarche aussi ouverte que la nôtre, démarche en vertu de laquelle nous rendons publiquement compte de vos décisions, que nous soyons d’accord ou non avec elles, et ce, sans jamais mettre en doute votre intégrité.

Enfin, je me dois aussi de rejeter l’étiquette incendiaire de « lobby pro-occupation » que M. Antonius s’autorise à vouloir nous apposer. Non seulement le Centre consultatif des relations juives et israéliennes est-il résolument en faveur de la solution des deux États pour deux peuples comme seule et unique résolution du conflit, mais il joint le geste à la parole, comme par exemple en juin 2012, lorsque nous nous sommes rendus à Ramallah pour encourager le Président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à reprendre les négociations avec Israël.

Sincères salutations,

David Ouellette
Directeur associé, affaires publiques (Québec)
Le Centre consultatif des relations juives et israéliennes



Categories: Varia

11 replies

  1. Voici mon texte sur Dreuz.info qui reprend ton argumentation en partie.
    http://www.dreuz.info/2014/11/lautisme-des-journalistes-de-radio-canada/

  2. David, vous faites un incroyable !!! et…en toute liberte !! On vous remercie
    Michele

  3. Voici l’en-tête de votre propre blogue! Je serais gêné de désécrer Orwell comme ca… Respectez-donc votre propre en-tête.

    PARLER DE LIBERTÉ N’A DE SENS QU’À CONDITION QUE CE SOIT LA LIBERTÉ DE DIRE AUX GENS CE QU’ILS N’ONT PAS ENVIE D’ENTENDRE – GEORGE ORWELL

  4. Crisse ton camps en israël, esti d’trou d’cul d’sioniste!!!

    ASSASSIN! MEURTRIER! TERRORISTE! SIONISTE!!!

  5. C’est bien de remettre R-C a sa place a l’occasion. Surtout en ce qui concerne ce conflit. Ils en sont pas a un premier reportage biaisés au max. Bravo.

  6. Questions:

    Rachad Antonius a servi de manière évidente la Fédération Canado-Arabe et le Conseil national des relations canado-arabes.

    A-t-il touché de l’argent de ces organisations ?

    Est-il encore rattaché à ces organisations ?

    A-t-il quitter ces organisations ? Si oui, depuis quand ?

    Rachad Antonius épouse-t-il entièrement (ou même partiellement) les positions officielles de la Fédération Canado-Arabe et du Conseil national des relations canado-arabes ?

    J’espère M. Ouellette une réponse pour éclairer les lecteurs de votre blogue.

    Jason.

  7. Jean-René Dufort est un journaliste qui anime une mélange des genres. C’est risqué comme journaliste.

    Voici un extrait d’article édifiant sur lui. Controverse.

    Jason

    —————————

    La Presse

    Vivre, jeudi 23 septembre 2010, p. ARTS SPECTACLES 7

    Médias

    Jean-René Dufort

    Drôle de journaliste

    Collard, Nathalie

    Jean-René Dufort est-il un “vrai” journaliste? Cette question a longtemps alimenté les débats dans les congrès de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ). Cet automne, Infoman entame sa 11e saison et on peut dire qu’il fait bel et bien partie du paysage médiatique québécois.
    “Si tu me places entre un troupeau d’humoristes et un troupeau de journalistes, je vais aller naturellement vers le troupeau de journalistes, confie Jean-René Dufort. J’avoue que ce débat m’a longtemps amusé mais qu’à un moment donné, je me suis tanné d’être la mascotte des journalistes. À chaque fois qu’ils se posaient la question: qu’est-ce qu’un vrai journaliste, ils me prenaient en exemple. Je pense que rarement le public m’a confondu avec Bernard Derome et il me semble qu’il y a des débats pas mal plus importants. Personnellement, j’adore discuter de journalisme, c’est mon hockey à moi. Je déplore que mon nom ait coiffé bien des titres d’ateliers, mais qu’on ne m’ait jamais invité à y participer.”

    Si sa légitimité au sein de la communauté journalistique a été longue à acquérir, il en est de même de son intégration dans la grande tour de Radio-Canada. “Au début, on était à couteaux tirés avec le Centre de l’information. Ils ne savaient pas ce que je venais faire là. Mais avec les années, on s’est amadoués et ils ont compris quelle niche j’occupais. On a réussi à se tailler une place dans cette grande église.”
    L'”Infoman” n’est peut-être pas un journaliste dans le sens classique du terme, mais une chose est certaine, ceux qui regardent son émission sont informés à tout coup.

    (…)

    Onze ans, à la télévision, c’est plutôt long. Pourtant, ne demandez pas à Jean-René Dufort ce qu’il compte faire après Infoman, il n’en a aucune idée. La raison en est fort simple: Infoman, c’est lui. “C’est certain qu’il y a le danger du “syndrome Bobino”, soit d’être associé au même personnage toute sa vie. Mais dans mon cas, Infoman n’est pas un personnage. Même en vacances, je n’arrête pas de poser un regard sur ce qui m’entoure. Dans un tout-compris à Cuba, je vais vouloir faire un reportage sur le buffet. Je suis comme ça. Et puis j’ai du plaisir à faire ce que je fais, année après année.”

    Les sources de Jean-René Dufort

    Au total, Infoman dit passer environ une heure par jour devant un ordinateur. “J’évite Twitter car je trouve cela déprimant, assure-t-il. Tu ponds une blague et tu en vois passer une similaire sur Twitter… Ça va trop vite et j’ai peur de me perdre, alors mon équipe me fait des résumés des sujets les plus populaires. On va me dire par exemple qu’Antoine Robitaille du Devoir “twitte” beaucoup sur les talons hauts de la procureure Suzanne Côté. Je garde ça en mémoire, ça peut servir…”

    De la même façon, Jean-René Dufort n’est abonné à rien de précis, il picore un peu partout. “Je fouille dans tous les magazines, je lis tous les journaux avec une attention particulière pour les quotidiens anglophones car on dirait qu’ils nous précèdent toujours d’une journée ou deux pour les sujets. J’aime aussi beaucoup l’information européenne. Je regarde les nouvelles américaines à la télévision et leurs “breaking news” imprimées en permanence au bas de l’écran me font rire.”

    “JE NE LIS AUCUN BLOGUEUR VOLONTAIREMENT, poursuit Jean-René Dufort, sinon je vire fou. J’ai l’impression que tous les sujets ont été touchés. Comme je dois penser à une émission hebdomadaire, j’essaie de ne pas me laisser distraire par tout ce qui est écrit au quotidien et qui vient faire de l’interférence.” Comme ses journées sont monopolisées par l’actualité, le chimiste de formation essaie de décrocher complètement quand il est à la maison. “Je lis des magazines d’architecture et des magazines scientifiques (…)

    ———————————————–

    Le Devoir

    Convergence, lundi 11 novembre 2002, p. B4

    Le journalisme sous le règne de la loi
    Cauchon, Paul

    On pourrait dire que tout ça, c’est à cause de Jean-René Dufort. “Jean-René Dufort a enclenché un débat dans la presse, de dire Anne-Marie Dussault. On s’est dit: regarde, voilà un clown qui fait la leçon aux vrais journalistes. Voilà du vrai bon journalisme. Alors, c’est quoi un bon journaliste?”

    La citation est tirée du journal interne du prochain congrès de la FPJQ (Fédération professionnelle des journalistes du Québec), congrès qui se tiendra le 30 novembre prochain. Jean-René Dufort ne peut évidemment pas être tenu responsable de tous les maux du journalisme actuel. Sa présence dans ce débat est anecdotique. Mais il reste que depuis que le célèbre animateur aux cravates colorées a demandé sa carte de presse à la FPJQ (carte qui lui a été refusée), il a plongé une partie du milieu dans la perplexité. À quel moment peut-on en effet se définir comme journaliste?

    Pour répondre à la question, la FPJQ aimerait voir le gouvernement adopter une loi sur le titre de “journaliste professionnel”. Le titre serait accordé par une commission formée de représentants des entreprises et des journalistes, et accordé aux journalistes qui adhèrent à un code déontologique commun.
    Mais il n’est pas question de créer un ordre professionnel et de faire du journaliste un titre protégé au sens du Code des professions. Il s’agit plutôt d’une demande pour se doter d’un cadre légal, dans lequel le milieu pourra se prendre en main.

    La proposition est importante mais elle ne fait pas courir les foules. Vendredi dernier, la FPJQ organisait une conférence de presse pour lancer le projet. Un total de deux journalistes se sont présentés pour couvrir l’événement, dont moi-même. Disons que nous sommes loin des activités de presse de Céline Dion.

    Pour la présidente de la FPJQ, Anne-Marie Dussault, l’idée de doter la profession d’un titre reconnu par une loi est une démarche qui veut répondre aux inquiétudes d’un milieu de plus en plus fragilisé. La FPJQ estime en effet que le journalisme au Québec est en situation périlleuse, “menacé de dilution dans les communications en général, aux prises avec la commercialisation, la concentration de la propriété ou la pression des annonceurs”.

    Nous pourrions ajouter que pour les plus jeunes journalistes, c’est surtout la précarité du travail qui cause problème, les grandes entreprises embauchant moins et les jeunes journalistes étant obligés pour survivre de se multiplier entre journalisme, contrats de rédaction variés et relations publiques.
    La proposition de la FPJQ est unique en Amérique. En Europe, seule la Belgique reconnaît le titre de journaliste professionnel par une loi. En France, la loi ne le définit pas de cette façon mais plusieurs dispositions légales, dans le Code du travail par exemple, accordent des protections spéciales aux journalistes, leur procurant de facto un statut différent des autres travailleurs.

    Selon la FPJQ, une telle loi permettrait aussi de mieux se défendre devant les tribunaux puisqu’on y trouverait des articles affirmant par exemple le principe de la confidentialité des sources, ou encore de la protection du matériel professionnel lors de la couverture d’événements.

    Anne-Marie Dussault compte également sur l’effet psychologique d’un tel projet pour discipliner le milieu et rassurer le public. “Auprès du public, cela nous permettrait de renforcer la crédibilité et le professionnalisme des journalistes et nous permettrait d’envoyer le message que les journalistes adhèrent à des valeurs déontologiques claires”, dit-elle.

    Est-ce que les médias seraient meilleurs avec une telle loi? Voilà une question un peu démagogique, dont la réponse n’est pas claire mais qu’on ne peut s’empêcher de poser.

    (…)

  8. Bravo David, entièrement d’accord avec toi.

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