Quand Radio-Canada réécrit (encore) l’histoire de la fondation d’Israël

Via Le Centre consultatif des relations juives et israéliennes:

Montréal, le 30 janvier 2014

Bureau de l’ombudsman
Radio-Canada

Objet : Reportage sur les relations entre le Canada et Israël de Sophie Langlois

Monsieur,

Quelques jours avant la visite du Premier ministre canadien au Moyen-Orient, Radio-Canada a diffusé un reportage sur l’histoire des relations entre le Canada et Israël signé Sophie Langlois.

D’entrée de jeu, le reportage indique que les relations commencent avec le soutien canadien à la partition de « la Palestine » en un État juif et un État arabe.

src_palestine_1946Ces propos sont illustrés par une carte représentant ce qui aurait dû être présenté comme le territoire de la Palestine mandataire britannique. Cependant, Radio-Canada a choisi de présenter le territoire comme la « Palestine » en 1946 et d’y apposer le drapeau national palestinien comme si un État arabe souverain y avait existé. Ainsi, Radio-Canada induit le public en erreur en présentant faussement le plan de partition onusien de 1947 et la fondation subséquente d’Israël comme l’amputation territoriale d’un État arabe souverain et indépendant. Ce faisant, Radio-Canada présente la fondation d’Israël comme un acte illégitime.
Ensuite, Sophie Langlois prétend faussement que pendant les 30 années qui ont suivi la première guerre-israélo –arabe « tous les gouvernements du Canada entretiennent d’étroites relations avec Israël et refusent d’envisager la création d’un État palestinien ».

Cette affirmation est insensée pour plusieurs raisons :

  • En endossant la partition de la Palestine mandataire en 1947, le Canada se positionnait en faveur de la création d’un État palestinien.
  • Ce sont les pays arabes et les mouvements palestiniens qui pendant cette période de temps (et au-delà) rejetaient la création d’un État palestinien et réclamaient la destruction de l’État juif.
  • De 1949 à 1967, la Cisjordanie et Jérusalem-Est sont annexées à la Jordanie et la Bande de Gaza à l’Égypte. Ni les Palestiniens, ni d’autres pays arabes ne revendiquent l’établissement d’un État palestinien sur ses territoires conquis par les Jordaniens et les Égyptiens.
  • La Résolution 242 du Conseil de sécurité adoptée pour encadrer un processus de paix arabo-israélien après la conquête israélienne de Gaza et de la Cisjordanie pendant la Guerre des Six jours ne fait aucune mention de l’établissement d’un État palestinien, ni même des Palestiniens.
  • Il en va de même la Résolution 338 du Conseil de sécurité adoptée après le déclenchement de la Guerre de Kippour (1973) pour encadrer elle aussi le processus de paix israélo-arabe.
  • Pendant les trois décennies évoquées par votre journaliste, le Canada ne pouvait tout simplement pas s’opposer à la création d’un État palestinien aux côtés d’Israël puisqu’elle n’était revendiquée ni par les Arabes ni par les Palestiniens et ne figurait tout simplement pas à l’ordre du jour de la diplomatie internationale.
  • Pendant cette période, les pays arabes ont aspiré à la destruction d’Israël par la force, à la rétrocession des territoires perdus en 1967 (la Jordanie ne renoncera à la Cisjordanie qu’en 1988), à la création d’un État arabe palestinien en lieu d’Israël, etc.

Sophie Langlois prétend que le vote du Canada en faveur du plan de partage onusien a valu au gouvernement canadien de se mettre « tous les pays arabes » à dos.

Cette affirmation a de quoi surprendre. Le gouvernement canadien aurait-il été le seul des 33 pays nord-américains, sud-américains, africains, asiatiques et du Bloc de l’Est ayant voté en faveur du partage à se mettre à dos tout les pays arabes? La Ligue des États arabes a-t-elle explicitement dénoncé le vote canadien? Quelle forme a donc pris la colère des pays arabes envers le Canada ? Sophie Langlois sait-elle qu’à l’époque le Canada n’entretenait pas de relations bilatérales avec les pays arabes?

Sophie Langlois prétend que Pierre Eliott Trudeau fut le premier chef de gouvernement canadien à se « distancer un peu » d’Israël. De toute évidence, la journaliste ignore qu’en 1956, le Canada qui s’était prétendument aliéné tout le monde arabe, prend partie pour l’Égypte et contre Israël et la France dans la crise du Canal de Suez.

Sophie Langlois présente aussi l’invasion israélienne du Liban comme une agression gratuite sans expliquer qu’Israël tentait de mettre un terme aux raids terroristes transfrontaliers du Fatah qui dominait alors le sud du Liban.

SRC_carte_cisjordanie

Puis, en conclusion, Sophie Langlois prétend que les territoires palestiniens « continuent de rétrécir sous l’impulsion de la colonisation israélienne ». Ce propos est accompagné d’une carte mensongère qui prétend présenter le morcèlement des dits territoires par les implantations israéliennes. S’il est vrai que la construction à l’intérieur des implantations se poursuit, il est faux de soutenir que les implantations ont pris de l’expansion territoriale depuis les années 90. L’inverse est vrai puisqu’ Israël a démantelé toutes ses colonies à Gaza et quatre colonies en Cisjordanie en 2005. De plus, cette carte identique à une carte présentée le 19 mai 2011 à 24 heures en 60 minutes que vous aviez jugée contraire au principe d’exactitude, représente en fait les territoires sur lesquels les Palestiniens exercent leur autonomie gouvernementale en vertu d’accords passés avec Israël, et non pas le « rétrécissement » des territoires palestiniens.

Pour toutes ces raisons, nous estimons que le reportage de Sophie Langlois sur l’histoire des relations entre le Canada et Israël ne respecte pas le principe d’exactitude des Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada. Enfin, nous sommes troublés par l’incompétence et le biais anti-israélien manifestes dont témoigne ce reportage.

Meilleures salutations,
David Ouellette, directeur associé, affaires publiques
Le Centre consultatif des relations juives et israéliennes

 



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14 replies

  1. je voulais souligner “enfreignait la valeur d’exactitude”, ça n’a pas fonctionné…

  2. Conclusion de l’ombudsman de Radio-Canada au sujet de la plainte de M. David Ouellette sur le reportage diffusé le 16 janvier 2014 (le texte souligné est de moi) :

    Un reportage retraçant l’histoire des relations entre le Canada et Israël, diffusé le 16 janvier 2014 au Téléjournal sur ICI Radio-Canada Télé, enfreignait la valeur d’exactitude des Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada.

    Je retiens aussi ceci (le texte en gras est de moi) :

    Depuis deux ans et demi que je suis en poste, j’ai fait une vingtaine de révisions sur des reportages à propos du conflit israélo-palestinien. C’est beaucoup.

    J’ai donc amplement eu le loisir d’expliquer que le travail journalistique à propos de ce dossier est un véritable parcours du combattant. Le contentieux israélo-palestinien s’est développé sur un siècle et c’est un des dossiers les plus difficiles à couvrir pour un journaliste.

    Au fil de ces révisions, dont plusieurs ont conclu que les Normes et pratiques journalistiques (NPJ) de Radio-Canada n’avaient pas été respectées, j’ai fait des recommandations à la direction de l’Information. Celles-ci permettaient, à mon avis, de limiter les erreurs dans l’interprétation des faits, ou d’éviter les prises de position ou l’expression d’opinions « accidentelles » par un choix de termes, ou d’illustrations, dont la neutralité pouvait être remise en cause.

    D’ailleurs, la direction de l’Information y a toujours réagi avec ouverture. Malheureusement, je constate que des erreurs qui pourraient, et devraient, être évitées continuent de se produire.

    J’invite donc à nouveau la direction de l’Information, et tous les autres services de Radio-Canada susceptibles de produire des contenus sur la question, à redoubler de prudence et à mettre en place un système de vérification rigoureux, en particulier pour les illustrations qui appuient les textes des reportages.

    J’ajoute que dans le doute, il vaudrait mieux s’abstenir. Car, encore une fois, l’histoire complexe et épineuse des relations israélo-palestiniennes s’accommode mal de l’ambigüité, de l’imprécision, de la confusion et du manque de nuance.

  3. Affreux ! Bien que cette auteur aurait intérêt à revoir l’Histoire-Mémoire, si elle est minée par le monde de la désin, et entériné par R.C., que peut-on y faire ?

    Et, si le ou la ministre responsable de R.C. ne réagit pas, que pouvons-nous y faire ?

    Ce que vous et votre Équipe faites de yahou !

    Bravo !

    Wn passant, si jÉtais ministre responsable de R.C., il me ferait plaisir d’être en cc ! Ça pourrait m’aider à me … déniaiser ! Merci !

  4. Je suis bien content que tu donnes ton point de vue sur Israel. Avant je me fiais a Radio Canada et La Presse. Maintenant je viens voir ton point de vue et je comprend que je me suis fait avoir royalement.
    J’entend ici un point de vue que je ne retrouve pas dans nos média.

    Bon travail David, et continue.

  5. Ce qui est frustrant, c’est que quand bien même l’ombudsman vous donnerait raison, ce qui devrait normalement être le cas (quoique rien n’est jamais sûr), le mal aura été fait.

    Combien de personnes auront passivement visionné ce pseudo-reportage et intégré son discours comme un état de fait, et n’auront pas l’opportunité de lire le compte-rendu de l’ombudsman à ce sujet.

    Il faudrait qu’un auteur/producteur réalise un documentaire détaillé sur tous les reportages pris en défaut d’inexactitude par l’ombudsman concernant le conflit au Moyen-Orient, et le propose à Radio-Canada pour leur émission Les Grands Reportages. Je sais, je rêve en couleur.

  6. Je vous trouve bien patient de regarder les reportages biaisés de la SRC. Personnellement, il y a belle lurette que je les ignore!

  7. Mr Ouellette Voici encore des nouvelle erronee..
    Article a Radio Canada : VoIla ce qui est ecrit
    10 publicités qui seront diffusées pendant le Super Bowl
    voila la parti de l’artcile qui est faux.
    Les agences publicitaires tentent chaque année de se distinguer et de frapper le grand coup. Il n’est donc pas rare que certains trente secondes suscitent la controverse.
    Cette année, avant même sa diffusion à la télé, la publicité de SodaStream, un appareil permettant de préparer des boissons gazeuses maison, a mis l’actrice Scarlett Johansson dans l’embarras.
    C’est que SodaStream, une compagnie israélienne, exploite une usine en Cisjordanie. Oxfam, qui prétend que l’entreprise « bafoue les droits des Palestiniens », a immédiatement rompu ses liens avec l’actrice, une de ses porte-parole.

    RADIO CANADA a montre les 10 publicite sauf celle de Scarlette …POURQUOI?
    Alors
    1- quelle embarras?? elle n’a jamais ete mis dans lembarras
    2-
    L’actrice américaine Scarlett Johansson renonce à son rôle d’ambassadrice pour l’ONG anti-sioniste britannique Oxfam. Embarquée dans une fausse polémique, sur fond de conflit israélo-palestinien, Scarlett Johansson a tranché en faveur de sa coopération avec l’entreprise israélienne Sodastream, dont une seule des 20 usines de la société…ELLE A RENONCE
    3- Dans un communiqué, l’association avait fait savoir qu’elle «respecte l’indépendance de ses ambassadrices et ambassadeurs», mais qu’elle s’oppose à toute forme de commerce avec les « colonies israéliennes, » lesquelles sont illégales au regard d’Oxfam, mais pas du droit international.

    Critiquée par Oxfam, Scarlett Johansson s’était déjà fendue d’une tribune «Je suis partisane d’une coopération économique et sociale entre Israéliens et Palestiniens. SodaStream est une entreprise engagée pour l’environnement. Elle construit un pont pour la paix entre Israël et la Palestine en employant des salariés des deux pays, qui ont les mêmes salaires et les mêmes droits. C’est ce qui se passe tous les jours dans leur usine de Ma’ale Adumim».

  8. Mr Ouellete
    Vous avez tous a fais raison…J’ai vu tous les reportages de ce voyages et radio canada a essayer de tous faire pour trouver un scandale, A Rdi il ont refuse de montrer le discours de harper , et pares les deboires de Sophie Langlois…au lui d’emener des analytes des deux cotes , ils ont continue et en emmener l’ultra gauchiste francois Brousseau qui dit que l’ iran et le hamas sont Modere and Lepine un gauchiste qui detourne et desinforme …..ou est l equilibre …Aucune…
    Radio Canada n’ecoute vraiment pas son ombudsman ..
    Mr Champoux et bien sure son assistant qui est un Algerien continue de denigrer Israel qui tant a plus que cela.

  9. Je ne comprend toujours pas. Pourquoi à Radio-Canada on ne coupe pas dans l’incompétence ? Pourquoi on n’investit pas dans l’exactitude ?

    Jason

    http://www.lapresse.ca/le-droit/arts-et-spectacles/201401/31/01-4734415-dautres-coupures-a-prevoir-a-cbcradio-canada.php

  10. De pire en pire. Ils ne semblent vraiment pas vouloir apprendre, malgré le dernier rapport de l’ombusman. Triste et pathétique.

  11. Si on veut parler de Palestine il faut aussi parler de 1922 et la partition arbitraire de ce territoire par les Britanniques pour créé artificiellement un pays pour un roi en quête de royaume.

    http://edmondsilber01.tripod.com/palestine_et_droit_international.html

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