Charles Enderlin, relationniste du rejectionnisme palestinien

Le journaliste franco-israélien Charles Enderlin fait autorité sur le conflit israélo-arabe auprès de ses confrères francophones. C’est sans doute pourquoi il est l’invité d’honneur du Congrès de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec cette fin de semaine. Mon opinion sur la qualité et  la rigueur du journalisme québécois sur le Moyen-Orient est connue. Je n’ai pas la prétention qu’on me prenne sur parole. Il suffit de lire les nombreuses décisions de l’ombudsman de Radio-Canada en la matière pour se faire une idée de l’ignorance et des partis pris qui minent la “référence québécoise” en journalisme international dès lors qu’il est question d’Israël. Or, en lisant l’entrevue avec Enderlin publiée aujourd’hui par La Presse, on ne peut que se désoler de l’autorité que lui reconnaissent tant de ses confrères.

Enderlin prétend, par exemple,  que l’échec des négociations de 2000 n’est attribuable qu’à la position d’Israël: “Pour moi, c’est la position israélienne sur Jérusalem-Est qui a tout compromis”, soutient-il, parce que les Palestiniens n’auraient pu accepter un accès restreint à la Mosquée Al-Aqsa sur le Mont du Temple. Or, dans les faits, Israël avait proposé une souveraineté palestinienne sur le Mont du Temple en dépit du fait qu’il s’agit du premier lieu saint du judaïsme, n’exigeant en contrepartie que la souveraineté israélienne sur le Mur occidental (“Mur des lamentations”).

Les Palestiniens rejetèrent cette offre. Selon le négociateur en chef américain Dennis Ross, au neuvième jour des négociations à Camp David, Arafat tenta même de convaincre le Président Clinton qu’il n’y eut jamais de temple juif à Jérusalem (Dennis Ross, The Missing Peace: The Inside Story of the Fight for Middle East Peace (New York: Farrar, Straus and Giroux, 2005, p. 694.). Cette négation palestinienne du lien historique du peuple juif avec sa terre ancestrale est au coeur du nationalisme palestinien et du conflit. Le rejet de l’offre israélienne d’une souveraineté palestinienne sur les lieux saint islamiques et d’une souveraineté israélienne sur les lieux saints juifs traduit en fait un rejet de la reconnaissance d’Israël comme État juif et l’incapacité des Palestiniens à se résoudre à conclure un accord de paix définitif sur la base de deux États pour deux peuples.  

Pis encore, Enderlin y va d’un mensonge éhonté. “Israël”, prétend-il, “avait même proposé de construire une synagogue sur l’esplanade de la mosquée (Mont du Temple)”. Pur mensonge, dis-je, puisque Enderlin déforme ici une proposition d’un rabbin de la ville de Haïfa qui est restée lettre morte (http://www.jta.org/2000/08/08/archive/proposal-to-build-synagogue-on-temple-mount-shunted-aside). En fait, le gouvernement israélien n’a jamais contemplé construire quelque lieu de culte que ce soit sur le Mont du Temple et le Conseil rabbinique israélien va même jusqu’à interdire aux Juifs pieux l’accès au Mont du Temple.

Dans le même ordre d’idées, Enderlin prétend que l’exigence palestinienne d’un “droit de retour” de millions de Palestiniens en Israël même plutôt que dans un futur palestinien ne serait que “propagande”. Enderlin fait mine d’ignorer que cette revendication est au coeur du nationalisme, voire de l’identité palestiniens. Tout comme la négation du lien des Juifs avec Jérusalem, l’exigence du “droit de retour”,  dont la mise en oeuvre détruirait démographiquement l’État juif,  traduit l’incapacité des Palestiniens à se résoudre à la solution des deux États pour deux peuples.  En 2012, peu après avoir dit à la télévision israélienne qu’il ne revendiquait pas le droit de vivre dans sa ville natale en Galilée israélienne, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a dû rapidement faire marche arrière devant le vent de colère palestinienne soulevé par ses propos. A juger de la virulence des réactions palestiniennes à la sortie d’Abbas, les Palestiniens ne considèrent pas leur prétendu “droit de retour” comme de la vaine propagande.  Aussi l’Autorité palestinienne nourrit-elle par tous les moyens l’éspérance des descendants des réfugiés palestiniens qu’ils “retourneront” vivre un jour dans les villes israéliennes. Si tout cela n’était que propagande, on se demande pourquoi les dirigeants palestiniens entretiennent ce qui est manifestement une pierre d’achoppement majeure sur la voie de la résolution du conflit, plutôt que de préparer leur peuple à un compromis sur la question. A moins que l’Autorité palestinienne ne l’entretienne pour boucher l’horizon d’une paix négociée… 

Alors, Israël est-il le seul responsable de l’échec des négociations de 2000? Il faudrait plutôt regarder du côté du rejet palestinien des offres de paix israéliennes et des paramètres de Clinton. Rejet qui a provoqué non seulement l’ire du président américain et de son équipe de négociateurs qui blâmèrent Arafat, mais celle du prince Bandar, ambassadeur saoudien à Washington et figure clé de la diplomatie au Moyen-Orient, qui qualifiera de “criminel” le refus palestinien. Il est malheureux que tant de journalistes québécois croiront écouter cette fin de semaine une autorité journalistique sur le conflit israélo-arabe. Ils risquent plutôt d’entendre un relationniste voué à balayer sous le tapis trois-quarts de siècle de rejectionnisme palestinien. 



Categories: Médias, Moyen-Orient

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7 replies

  1. Bien qu’il favorise une position pro-palestinos, Charles a comme intérêt de lire la Torah, de la relire sans cesse, et ce, afin de saisir ce qu’il est en tant que juif via Israël, et la Communauité qui se sent trahie !

    Charles, réveilles-toi ! – 24 nov 2013 / 21 kislev 5774 –

  2. Une analyse parfaitement juste de la situation au Moyen-Orient, sans oublier la responsabilité de Charles Enderlin dans la propagation du mensonge Al Dura par Pallywood, alors que Philipphe Karsenty se bat pour la vérité. Les journalismes québécois devraient avoir honte d’être associés à l’ordure Enderlin. Je n’aime pas utiliser des termes grossiers, mais la qualification d’ord

  3. Pente savonneuse

    Au journal de gauche Voir on commence à faire des amalgames JUIF-comploteurs=Martineau-Burqa

    Le chroniqueur Étienne Savignac commence aussi à déconner.

    Jason

    Allez voir ceci:

    http://voir.ca/etienne-savignac/2013/11/23/question-a-richard-martineau/

  4. M. Ouellette,

    j’aurais aimer vous entendre aussi sur le livre de M. Enderlin qui sera vendu au Salon du livre de Montréal.

    Est-ce un livre “sérieux” ?

    N’oublier pas qu’Enderlin est venu vendre sa salade à Montréal…

    Jason

    Charles Enderlin: Au nom du Temple. L’Irrésistible Ascension du messianisme juif en Israël (1967-2012), éditions du seuil, 2013.

  5. M. Enderlin n’a pas et n’a jamais eu LA science infuse sur le conflit israélo-palestinien. Et pourtant on lui prête d’avoir des “idées généreuses”.

    Grotesque comme on le voit ici.

    Jason

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