Quand Radio-Canada qualifie des terroristes de “prisonniers politiques”

Hamas ceremonyLe 4 avril dernier, Radio-Canada rapportait dans la foulée du décès d’un terroriste palestinien atteint de cancer que des prisonniers palestiniens coupables d’attentats contre des civils israéliens sont des “prisonniers politiques”. Ce qui suit est ma réplique à Radio-Canada qui dans une lettre de 4 pages justifie cette appellation.

Montréal, le 23 avril 2013

Monsieur André Dallaire
Directeur, traitement des plaintes et affaires générales
Information – Services français
Radio-Canada

Objet : Présentation de prisonniers de haute sécurité comme « prisonniers politiques »

Monsieur,

Je vous remercie de votre réponse à ma plainte contre la description de prisonniers de haute sécurité comme « prisonniers politiques » par la correspondante de Radio-Canada à Tel Aviv, Ginette Lamarche.

Je suis heureux que vous reconnaissiez qu’ « elle aurait dû préciser que monsieur Abou Hamdiyeh avait été condamné à l’emprisonnement à perpétuité en raison d’un criminel complot terroriste » et espère qu’une mise au point sera offerte, d’autant plus que dans un second reportage, Mme Lamarche rapporte que Hamdiyeh était très populaire parmi les Palestiniens sans préciser le fait qu’il a été trouvé coupable de complot terroriste.

Si je vous comprends bien, vous soutenez la justesse de la désignation « prisonniers  politiques » pour des détenus jugés coupables d’actes terroristes pour cinq principales raisons:

–       Condamnations par des cours militaires

–       Recours aux détentions administratives

–       Motivation politique des terroristes

–       Définitions d’Amnesty International et du Conseil de l’Europe

–       Usage de la désignation dans d’autres médias francophones

Sachez premièrement que les prévenus palestiniens répondant d’actes de terrorisme peuvent être jugés, selon les circonstances, dans des cours militaires ou civiles. Le cas le plus célèbre est celui de Marwan Barghouti condamné par une cour civile à l’emprisonnement à perpétuité pour son rôle dans plusieurs attentats contre des civils israéliens. Même l’avis de décès palestinien de Hamdiyeh, auquel vous référez, révèle que celui-ci a été jugé par une cour civile. De plus, qu’ils aient été condamnés dans une cour civile ou militaire, les détenus peuvent appeler de leur sentence et questionner la preuve à la Cour suprême d’Israël, ce dont ils ne se privent pas. Ce n’est pas parce qu’un prisonnier a été condamné par une cour militaire que son incarcération est nécessairement arbitraire.

Lorsque Mme Lamarche affirme que les Palestiniens demandent la libération des « plus anciens prisonniers politiques », elle fait référence à une disposition du Mémorandum de Sharm al-Sheikh (1999) qui prévoyait la libération de détenus palestiniens incarcérés avant 1993 (Oslo), la plupart pour des crimes de nature sécuritaire. Ces quelque 123 détenus ne font pas l’objet de détentions administratives, mais ont été dûment jugés et condamnés par des cours civiles et militaires.

Si, comme vous le soutenez, il est « raisonnable » d’affirmer que le complot terroriste pour lequel a été incarcéré Abou Hamdiyeh était politiquement motivé,  il serait tout aussi « raisonnable » que Radio-Canada présente d’autres terroristes comme des « prisonniers politiques », le terrorisme étant par définition une forme de violence politique. Or, je doute que Radio-Canada ait jamais qualifié les terroristes félquistes Paul Rose et Rhéal Mathieu, entre autres, de « prisonniers politiques ». Ceux-ci n’ont pas été incarcérés en raison de leurs convictions politiques, mais des moyens criminels qu’ils ont employés pour arriver à leurs fins. Il en va de même pour les prisonniers palestiniens de haute sécurité. En outre, je note que votre argument invaliderait du même coup la notion légale de crimes et de criminels de guerre.

Vous citez deux définitions de ce que constitue un prisonnier politique. Celle d’Amnesty International et celle du Conseil de l’Europe. Or, Amnesty International n’est certainement pas habilitée à produire une définition juridique et universelle du statut de prisonnier politique, tandis que le Conseil de l’Europe a élaboré sa définition dans le but exclusif « d’évaluer les cas de prisonniers politiques présumés en Arménie et en Azerbaïdjan, dans le cadre de l’adhésion de ces deux États à l’Organisation. »  En fait, il n’existe aucune définition légale et universelle du statut de prisonnier politique.  Il existe, certes, une acceptation générale du terme (l’incarcération d’un individu en raison de ses convictions politiques, religieuses, identité nationale, ethnique, religieuse, etc.) mais elle ne s’applique certainement pas à des individus trouvés coupables d’offenses criminelles.

Enfin, le fait que d’autres médias qualifient erronément de prisonniers politiques des Palestiniens coupables d’attentats ou de complots terroristes contre des Israéliens ne justifie en rien que Radio-Canada répète leur erreur.

En taisant le crime terroriste qui a valu à Abou Hamdiyeh sa peine de prison et en qualifiant de « prisonniers politiques » des détenus coupables d’attentats contre des civils, notre organisme estime que Radio-Canada a présenté des informations incomplètes, inexactes et déséquilibrées qui trahissent un parti pris. Nous prions donc l’ombudsman de Radio-Canada de réviser notre plainte.

Sincère salutations,

David Ouellette
Directeur associé, affaires publiques (Québec)
Le Centre consultatif des relations juives et israéliennes

CC : Ombudsman des services français de Radio-Canada



Categories: Islamisme, Médias

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9 replies

  1. Bravo mr Ouellette pour votre reportage…
    J’aimerais que bien plus de monde se leve contre tous cela cette propagande sans cesse contre Israel

    Goebbels a ete remplace par les medias comme Agf , associated press et radio canada et autre…

    Je n’arrive plus a lire et a voir radio Canada , j’ai ecris sans cess a mr Champoux qui m’ont repondu quelque fois pour faire des corrections et mr tourangeau pour leur dire mon degout vis a vis les reportages a radio canada qui avais ni equite , ni norme ,ne Equilibre.

    Combien de chose arrive en israel qui sont positive Mais rien n’est dit…combien de chose tellement negative arrive dans les territoire et rien n’est dit…

    Ginette lamarche n’a aucune credibilite , elle est ou naive ou bien deliberement s’achrne sans cesse sur Israel.
    Dernierement
    – Une monument de l’unesco va etre detruit par le hamas , Aucune nouvelle nulle part meme pas a l’unesco.
    – Un prisonnier a ete tues dans une prison palestinien et sa famille ne croit pas a la these de la maladie..
    mais un prinsonne qui est mort d’un cancer ….ca il ya une controverse..
    – Pourquoi ne jamais faire de reportage avec Gilad shalit et sa famille il parle bien francais sa famille pourquoi pas…
    – Autre article qui parle sans cesse des prisonnier , elle n’est jamais parti voir les conditions des prison d’israel par rapport aux autre condition pour des terroriste…

    La liste est longue…..

    J’ai un degout pour tous ces reportage car , il n’ya rien qui me dit qu’elle a fais ses recherche avant de parler et rien qui me dit qu’elle est equilibre quand elle s’acharne sans cesse sur Israel…
    C’est tous a fait degoutant…

    Je ne sais plus quoi faire…..Regarde ses derniere reportage elle continue…Maintenant elle parle des clandestins en israel au lui de parler du proces du [palestinien qui ont lancant des roches a tues deux juifs dans un voiture…

  2. Mon entrevue de ce matin à Maurais Live sur les ondes de Radio X (CHOI). Désolé pour les “euh”, mais faute d’occasions de parler en ondes, je manie mieux la parole écrite que verbale.

    http://montreal.radiox.com/?ACT=100&aRmsId=123625&aRmsContext=cklx

    • Espérant que vous aurez plus souvent l’occasion de vous exprimer en ondes, autant audios que visuels, sur le plus de plateaux possibles, incluant ceux de Radio-Canada – s’ils ont les balles (traduire en anglais) pour vous inviter.

      Bon, on peut dire que l’émission de Maurais s’adresse principalement à un auditoire déjà acquis, mais ça permet de se faire la main, ou la parole. Très bon entretien en passant.

  3. Merci M. Ouellette.

    Merci pour votre ténacité, votre persévérance et votre vigilance face à ce parti pris évident et éhonté de la part d’un organisme qui se doit d’être impartial. Même si on pourrait avoir le goût de lancer la serviette devant tant d’incompétence, S.V.P. ne lâchez pas! Bravo aussi pour la qualité de votre argumentation.

    Juste une petite remarque : même s’il parait évident que la plupart des journalistes et chroniqueurs de RC qui rapportent les nouvelles du MO, et qui en discutent, ont en effet un parti pris en faveur du narratif palestinien, quand ils ne sont tout simplement pas antiisraéliens, il est difficile de prouver, ou même de suggérer que c’est le cas.

    C’est pour cela que le seul bémol que je relève dans votre lettre est cette mention que les informations présentées par RC “trahissent un parti pris”. Même si c’est vrai, et il est évident que ça l’est, il sera difficile pour l’ombudsman de prouver ce que les gens de RC pensent vraiment dans leur tête. D’autant plus que ce genre de remarque met les personnes concernées sur la défensive puisqu’elles sont persuadées qu’elles sont impartiales.

    Par contre, grâce à votre argumentation, il aurait été plus approprié d’affirmer que les informations présentées par RC “trahissent une incompétence récurrente de leur part sur la situation qui prévaut au Moyen-Orient”.

    Encore merci pour votre travail admirable.

    • Shoshan, merci de votre commentaire. Vous avez raison de dire que Radio-Canada se met sur la défensive même si l’ombudsman a déjà reconnu des partis pris “en apparence”. Si je me permets de parler de “parti pris”, c’est que malgré toute l’évidence du contraire, Radio-Canada refuse de reconnaitre que les “erreurs” dans ses reportages sur Israël sont quasi systématiques, que plus Radio-Canada se braque, plus son parti pris devient évident et que nous savons d’expérience que le pendant anglophone de Radio-Canada, n’a corrigé son ancien parti pris contre Israël que parce que ses critiques, à force d’exemples, ont fini par convaincre le diffuseur public qu’il manquait à son engagement d’impartialité.

  4. Jason,

    Pour les besoins de cette affaire, je n’avais pas besoin de faire une dissertation sur le système juridique israélien. Mais je retiens votre idée pour un éventuel billet.

  5. M. Ouellette,

    Vous devriez nous présenter plus en détail l’État de droit en Israël. Plus spécialemet comment marche les procédures juridiques. Cela serait une façon de contrer l’ignorance et l’analphabétisme.

    Une cour de justice (militaire ou civile) fonctionne-t-elle comme le Canada ou les États-Unis ?

    Jason

  6. Il fallait preciser ce point et vous l’avez fait d’une maniere remarquable. J’espere que votre argument aura convaincu les redacteurs en charge. Bravo.

  7. Bravo pour votre excellente lettre. Nicole Allio

    Sent from my iPhone

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