Radio-Canada: les faits? C’est relatif!

Mise à jour, 31 janvier 2o16: Le vérificateur général de l’État d’Israël a conclu son enquête: Il n’a trouvé aucune preuve d’une politique quelconque de contrôle des naissances dans la communauté israélo-éthiopienne (http://www.haaretz.com/israel-news/.premium-1.698394). Évidemment, Radio-Canada n’a donné aucun écho à cette enquête. Cette histoire, on le devine, n’avait d’intérêt que dans la mesure où elle faisait paraître Israël comme un État raciste. Ou pour citer Catherine Perrin: “Très, très, très troublant quand on pense à toutes sortes d’expériences qui ont été menées contre des Juifs à une certaine époque, hein. »

Encore Radio-Canada, penserez-vous peut-être. Croyez-moi, je suis le premier à vouloir changer de sujet. Je préférerais partager ici mes analyses des événements en Israël et au Moyen-Orient, des rapports entre le Canada, le Québec et Israël. Mais les incessantes incuries du service public d’information dans le dossier israélien me contraignent à toujours y revenir. Ceux qui me suivent ici savent que je n’essaie pas d’infléchir les reportages de Radio-Canada dans le sens des positions du gouvernement israélien, mais à faire cesser la déformation de faits que d’autres médias, y compris le pendant anglophone de Radio-Canada, parviennent pourtant à rapporter avec exactitude.

J’ai reçu aujourd’hui la révision de l’ombudsman de Radio-Canada sur un correctif qui n’en est pas un. Récapitulons rapidement:

  • le 5 mars dernier, la journaliste Khady Beye présente à l’émission “Médium large” comme un fait établi des allégations disputées voulant que le gouvernement israélien aurait mis en oeuvre une politique secrète de contrôle des naissances de la communauté israélo-éthiopienne.
  • le 5 mars dernier, j’envoie à Radio-Canada des articles de la presse internationale qui démontrent qu’il s’agit d’allégations démenties par le gouvernement israélien, les organisations juives et israéliennes responsables de l’encadrement de l’immigration des Juifs éthiopiens en Israël et des représentants de la communauté israélo-éthiopienne.
  • le 28 mars dernier, près d’un mois plus tard, la Premier chef du contenu de la Première chaîne me répond qu’il s’agit d’une simple question d’opinions divergentes. Elle  m’informe aussi que le site de “Médium large” propose désormais des liens à des articles, sans autre introduction, précision ou correctif, qui présentent des informations complètes et exactes sur les allégations présentées par Radio-Canada comme des faits établis.
  •  le 1er avril dernier, je réponds à la Premier chef du contenu de la Première chaîne , documents de presse à l’appui, qu’il ne s’agit pas d’une querelle de points de vue, mais d’une question d’exactitude des faits. Je lui fais la démonstration que les articles de Slate Afrique et de Jeune Afrique utilisés par la journaliste ont erronément rapporté comme des faits des allégations disputées.
  • le 2 avril dernier, la Premier chef du contenu de la Première chaîne, à la lecture de ma dernière lettre, revient sur sa position et me répond que l’émission a finalement décidé d’apporter des précisions en ondes.
  • le 4 avril dernier, la journaliste Khady Beye fait la déclaration suivante à l’émission “Médium large”:

    Oui… J’avais évoqué notamment les articles qui avait été publiés par Le PointSlate Afrique et Jeune Afrique qui avaient rapporté ces allégations mais il y a aussi des articles qui ont été publiés qui évoquent, eux, une autre vision de cette situation. Selon, entre autres, l’agence de presse Reuters, la BBC, et le site Israel Info, les autorités israéliennes auraient nié avoir mis en place des politiques visant à contrôler le taux de naissance chez les femmes immigrante éthiopiennes  et la BBC rapporte d’ailleurs qu’Israël aurait l’intention de créer un comité d’enquête composé  de responsables du ministère de la Santé, d’un médecin indépendant et d’un représentant de la communauté israélo-éthiopienne afin de confirmer que la politique de contraception forcée n’avait jamais eu lieu.

  • Ce correctif de Radio-Canada n’en est pas un puisqu’il persiste à présenter les articles manifestement erronés de Slate Afrique et de Jeune Afrique utilisés par la journaliste comme étant une “vision” aussi crédible de la controverse que les articles de l’Associated Press, Reuters, la BBC et plusieurs autres sources qui présentent les allégations comme telles et non comme des faits avérés qu’aurait admis le gouvernement israélien. J’ai donc demandé à l’ombudsman de procéder à une révision de ma plainte.

L’ombudsman juge dans sa révision que Radio-Canada a effectivement erré en présentant des allégations disputées comme des faits établis. Toutefois, il juge que le correctif défaillant de Radio-Canada qui persiste à valider les sources manifestement erronées de la journaliste respecte les Normes et pratiques journalistiques de la maison. Sa justification a de quoi surprendre venant d’une entreprise de presse: “Je comprends que, pour le plaignant, les articles cités par la journaliste le 5 mars étaient erronés, mais c’est matière à opinion”. Les faits? C’est tout relatif!

Si Radio-Canada avait accepté de bonne foi son erreur, son correctif aurait pu se limiter à informer son public qu’après vérifications elle avait conclu avoir erronément présenté des allégations disputées comme des faits et qu’elle s’excusait de l’erreur. Et contrairement à ce qu’intime l’ombudsman, personne n’a demandé au radiodiffuseur d’acquiescer à une “séance d’autoflagellation publique” ou de se faire le relai des positions du gouvernement israélien. Ça fait des années que j’accumule les blâmes de l’ombudsman à l’endroit de reportages de Radio-Canada pour de graves erreurs, déformations, inventions et partis pris. Une de mes premières plaintes à Radio-Canada a conduit au jugement du prédécesseur de l’ombudsman actuel, Julie Miville-Dechêne, qu’un documentaire n’aurait jamais dû être diffusé par Radio-Canada. Le dossier est public et disponible sur le site de Radio-Canada. Si j’ai réussi à obtenir tant de révisions en ma faveur, c’est que je ne fais pas de propagande, mais demande à Radio-Canada de respecter les faits. Ce qui semble bien problématique, comme ce dernier épisode le démontre.

On savait déjà qu’à Radio-Canada les faits sont secondaires, on sait désormais qu’ils sont aussi relatifs.



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2 replies

  1. David: À force de voir Radio Canada continuer son mauvais travail de désinformation aux frais des contribuables, je me demande s’il n’y a pas une sorte d’effet boomerang. Serait-ce possible qu’ils utilisent tes plaintes à l’ombudsman pour montrer à leurs auditeurs québécois gauchistes qu’ils ne sont pas à la solde des «sionistes»? Le fait que la CBC ne fassent pas autant de reportages biaisés sur Israël renforce cette idée car eux sont attentifs à leur auditoire juif principalement anglophone et torontois …

  2. Le problème c’est que les faits couverts concernant le conflit israélo-palestinien sont, selon Radio-Canada constamment sans grande valeur.. C’est extrêmement gênant.

    Sur d’autres dossiers d’actualités, Radio-Canada ne fait pourtant pas tant de dérapage à ce que je sache.

    Pourquoi être si stupide pour rapporter les faits sur le conflit israélo-palestinien ? Parti-pris ? Lâcheté ? Incurie ?

    Mystère.

    Jason

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