Radio-Canada: les faits sont secondaires

J’ai déposé cette semaine une plainte auprès de l’ombudsman de Radio-Canada à propos de son article sur les excuses présentées par Israël à la Turquie pour l’incident du Mavi Marmara. L’article faisait référence au rapport du comité d’enquête sur l’abordage du vaisseau turc institué par le Secrétaire général de l’ONU qui avait conclu qu’Israël avait usé de force excessive, mais que le blocus de Gaza était légitime et légal. Voici, toutefois, comment Radio-Canada a présenté les conclusions du rapport:

“Dans un rapport publié le 1er septembre 2011, une commission d’enquête mandatée par les Nations unies avait d’ailleurs conclu qu’Israël avait utilisé une force excessive lors de l’assaut contre cette flottille, sans toutefois condamner le blocus de l’enclave palestinienne (mon emphase) de 1,6 million d’habitants.”

J’ai fait valoir à Radio-Canada que cette formulation est “une libre interprétation qui dilue, voire obscurcit la conclusion réelle du rapport sur le blocus, à savoir la légalité et la légitimité de celui-ci” et que  “s’abstenir de condamner n’est pas la même chose que légitimer et déclarer légal”.

Dans sa révision, l’ombudsman répond qu’il n’est pas faux d’écrire que l’ONU n’a pas condamné le blocus, mais estime néanmoins qu’il aurait été “préférable, par souci de livrer une information plus précise et plus complète, d’écrire plutôt que la commission d’enquête avait jugé le blocus légal et légitime”. Toutefois, il estime qu’aucune règle des normes journalistiques de Radio-Canada n’a été enfreinte puisque dans “le contexte de la phrase et de l’article”, la référence à la conclusion de l’enquête de l’ONU sur la légalité du blocus est “secondaire”.

Secondaire, dites-vous? Radio-Canada avait pourtant noté à l’époque que la publication du rapport avait envenimé les relations entre Israël et la Turquie, laquelle avait très mal reçu, non pas la conclusion de force excessive, mais celle de la légitimité et de la légalité du blocus. Même si on admettait, comme l’entend l’ombudsman, que la référence au rapport d’enquête de l’ONU est “secondaire dans le contexte”, depuis quand des éléments secondaires dans un article de presse sont-ils moins sujets au critère d’exactitude de l’information?

Le second volet de ma plainte portait sur le fait que Radio-Canada parle d’ “assaut” contre la flottille. “En outre”, ai-je écrit à l’ombudsman, “le rapport n’a pas conclu à l’utilisation de force excessive dans l’ ‘assaut contre cette flottille’, mais dans l’abordage d’un seul navire, le Mavi Marmara, à bord duquel le commando israélien s’était heurté à une ‘résistance organisée et violente’ selon l’ONU.” L’ombudsman me donne raison, non sans avoir lui-même remarqué que l’usage des termes “arraisonnement” et “assaut” sont mal utilisés dans tout l’article. A cet égard, l’ombudsman me reproche d’avoir critiqué l’usage du terme “assaut” en lieu d’ “arraisonnement”, mais pas l’inverse:

“Je m’en voudrais de ne pas relever (avec un brin de malice, je dois l’admettre) que M. Ouellette ne s’est pas plaint de ce mauvais emploi du mot « arraisonnement » pour décrire l’« assaut » du Mavi Marmara.”

Ce à quoi je répondrai, sans le moindre brin de malice, que les articles de Radio-Canada sur Israël sont souvent si inadéquats ou tributaires d’un irréversible panurgisme médiatique, qu’il me faut choisir mes batailles. Mais puisqu’il m’impugne une cécité volontaire pour un impair sémantique qui favoriserait Israël, je me fais un devoir de lui expliquer pourquoi l’usage du terme “assaut” est fautif pour décrire l’incident à bord du Mavi Marmara lui-même, même si  je ne me fais aucune illusion sur la possibilité de faire modifier ce mauvais usage du terme établi par les médias.

Le très “secondaire” rapport d’enquête de l’ONU a conclu que les premiers soldats israéliens à aborder le Mavi Marmara ont été attaqués et blessés, dont deux par balles. Conséquent, le rapport conclut que “In the face of such a response, the IDF personnel involved in the operation needed to take action for their own protection and that of the other soldiers”. Bref, les soldats israéliens ont eu recours à la force, certes, jugée excessive par le comité d’enquête, par souci légitime d’autodéfense face à ce que le rapport qualifie de “résistance violente et organisée”. Il n’y a pas eu d’assaut, mais une tentative d’arraisonnement qui a dégénéré en confrontation violente. Ce n’est pas par coïncidence que le rapport ne qualifie pas l’intervention israélienne d’assaut, mais d’abordage.

Malice pour malice, je me permettrai d’avancer l’hypothèse qu’au lieu de redoubler d’efforts pour présenter une information plus rigoureuse sur Israël, face à un dossier volumineux d’erreurs et de déséquilibre confirmés dans la filière du conflit israélo-arabe, on jurerait que Radio-Canada change les règles à son avantage. Après les “erreurs de bonne foi” qui ne sont pas des enfreintes à l’exactitude, voici venir les faits inexacts, mais secondaires.



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9 replies

  1. Après votre passage à l’émission 24 heures en 60 minutes en décembre dernier, vous avez déclaré que “Radio-Canada semble vouloir rééquilibrer son traitement d’Israël et fait de modestes pas dans cette direction”. Près de quatre mois plus tard, pensez-vous que les choses ont changé ? Quelques améliorations ? Ou pire qu’avant ? Allez-vous être invité de nouveau ?

  2. la nouvelle il l’ont changer de internationale et politique c;est pour cela que je ne l’ai pas vu

    Aide financière à la Palestine : le ministre Baird ne promet rien

    Encore de la desinformationa radio Canada.

    Donc pour que la palestine sois un etat::
    En fait, les lois internationales se basent sur la Conférence de Montevideo de 1933 pour définir les droits et les obligations des États. Selon cette conférence, « un État doit posséder une population permanente, un territoire défini, un gouvernement et la capacité d’entrer en relation avec d’autres États. »
    Selon l’ONU, un candidat à l’adhésion doit posséder cinq critères :
    •Être un État ;
    •Il doit être pacifique ;
    •Il accepte les obligations de la Charte ;
    •Il doit être capable de remplir ces obligations ;
    •Il doit accepter de les remplir.
    En septembre 2011, lorsque le Conseil de Sécurité de l’ONU a étudié la question de l’adhésion de la Palestine en tant que membre à part entière (c’est-à-dire qui possède le droit de vote), des objections se sont élevées à propos du critère pacifique de la Palestine en relation avec le Hamas – qui est le pouvoir dirigeant à Gaza – et de ses actions terroristes dirigées contre l’État d’Israël, ainsi que l’article de sa charte qui fait référence au meurtre des juifs. En tenant compte de ces réservations, le Conseil de Sécurité n’avait pas appuyé l’adhésion à part entière de la Palestine

    • Et voila apres que j’ai envoyer une lettre a la direction de radio canada , il vient de changer leur titre mais il ne me le dise meme pas…

      Aide financière à l’Autorité palestinienne : le ministre Baird ne promet rien

  3. la nouvelle a ete retirer a radio canada///sur l’aide a la palestine

  4. en Passant une autre article FAUX a Radio Canada

    “””Aide financière à la Palestine : John Baird ne promet rien”””

    Depuis Quand la palestine est un Pays???

  5. Mr Ouellette je Suis tout a fais d’accord avec vous.
    Dernierement j’ai ecrit a radio Canada pour un oubli d’un artcile que j’ai vu partout sauf a radio canada et la reponse a ete , Oui c’est vrai mais la c’est trop tard….

    En tous les cas vous serais Heureux d’entendre que Ginette 9 blames et plus Lamarche Quitte Israel

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