Obama, le lobby et l’incohérence de Radio-Canada

kualx0pzqu6ghy3fmyv8ewDans son reportage sur la visite du Président Obama en Israël, diffusé hier à la télévision de Radio-Canada, Luc Chartrand nous gratifie de cette analyse: “Barack Obama en est à son dernier mandat et n’a plus à craindre que le lobby pro-Israël aux États-Unis ne joue un rôle réel dans une réélection. C’est donc un nouveau chapitre de cette relation particulière qui commence et peut-être un nouveau climat pour les quatre prochaines années.”

Lundi, dans Le Devoir, son collègue radio-canadien François Brousseau, bonifiait sa chronique lamentant la “malsaine” alliance américaine “avec le peuple juif” de cette même analyse: “On voudrait bien croire que le président, maintenant libéré du poids des lobbies (n’ayant plus à se faire réélire), pourrait aller dire leurs quatre vérités à ces alliés malcommodes qui lui ont mis des bâtons dans les roues.”

Or, paradoxalement, les deux journalistes s’attardent sur la pression exercée par Obama sur Israël lors de son premier mandat. Si, comme ils le prétendent, Obama n’a plus à “craindre” le lobby pro-Israël parce qu’il ne peut briguer un autre mandat, comment ces fins analystes expliquent-ils donc qu’il ait entretenu des relations aussi tendues avec le gouvernement israélien lors de son premier mandat?

Et même si l’on acceptait leur représentation fantasmagorique d’un lobby pro-Israël inspirant la crainte, Chartrand et Brousseau sont incapables d’aller au bout de leur logique: si Obama n’a pas à se soucier d’une réélection, il ne voudrait quand même pas nuire à la réélection des Congressmen démocrates en adoptant une politique de confrontation avec Israël.

Le plus ironique est qu’alors que ces journalistes agitent le spectre d’un lobby pro-Israël omnipotent, un sondage Gallup publié cette semaine nous rappelle que l’alliance israélo-américaine, au-delà des intérêts communs aux deux pays, repose sur la profonde amitié des Américains à l’endroit d’Israël. Selon ce sondage, les Américains sont plus sympathiques que jamais envers Israël. 64% d’entre eux favorisent Israël dans le conflit avec les Palestiniens, tandis que 12% préfèrent ces derniers. En outre, la proportion d’Américains favorables à Israël est en hausse tant chez les Républicains, que les Démocrates et les indépendants depuis 2001.

Un second sondage réalisé pour le compte de ABC et du Washington Post et publié cette semaine révèle que 69% des Américains préfèrent que les États-Unis laissent les Israéliens et les Palestiniens résoudre leur conflit entre eux. En revanche, 34% d’entre eux (contre 8%) estiment qu’Obama n’a pas exercé suffisamment de pression sur l’Autorité palestinienne.

Autrement dit, la clé des politiques pro-israéliennes des États-Unis, n’est pas tant ce lobby pro-Israël qui promeut une cause déjà immensément populaire chez les Américains et leurs élus, mais la sympathie profonde du public américain envers un allié sûr dans une région tumultueuse.En brandissant comme ils le font le lieu commun de la puissance du lobby pro-Israël, MM. Chartrand et Brousseau, loin de contribuer à une meilleure compréhension de la visite d’État d’Obama en Israël, exposent leur compréhension superficielle et caricaturale des rouages de la politique et de la diplomatie américaines.



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