Playboy israélien et obssession radio-canadienne

La semaine dernière, Yityish Titi Aynaw est devenue la première Israélienne d’origine éthiopienne à être couronnée Miss Israël. Comment Radio-Canada a-t-elle traité cette nouvelle? Cette semaine à Médium Large, la journaliste Khady Beye a faussement rapporté qu’Israël a mené pendant huit ans une politique occulte de contraception forcée à l’endroit des Israéliennes éthiopiennes, tandis que Catherine Perrin affirmait implicitement que ce mensonge n’était pas sans rappeler les expériences monstrueuses que faisaient subir les Nazis aux Juifs.

Cette semaine, Playboy a annoncé une édition israélienne de son célèbre magazine. Il existe 33 autres éditions de cette revue dans le monde, mais celle qui choque Penelope McQuade en ce 8 mars sur les ondes de Médium Large c’est précisément l’édition israélienne, qui, dit-on, sera beaucoup plus prude que ses pendants américains et européens.

La correspondante de Radio-Canada à Tel Aviv accumule les blâmes de l’ombudsman pour biais et inexactitudes comme autant de distinctions, mais elle demeure néanmoins solidement en selle.

Mais suggérez à Radio-Canada qu’il y a un parti pris systématique à l’encontre d’Israël sur ses ondes et on vous répondra qu’elle ne fait ni mieux, ni pire que les autres médias.Vu la qualité de la couverture d’Israël dans les autres médias québécois qui prétendent faire de l’international, c’est justement le problème.

ERRATUM (1er avril 2013): Dans une version précédente de la plainte ci-dessous, j’ai confondu Gilda Salomone avec Khady Beye. Toutes mes excuses à Mme Salomone qui n’a rien à voir avec les incuries de Mme Beye.

Plainte déposée auprès de l’ombudsman de Radio-Canada sur les propos mensongers entendus à Médium Large

Montréal, le 5 mars 2013

Objet : Présentation à Médium large d’une controverse israélienne sur l’usage d’un contraceptif comme une politique avérée de contrôle des naissances et parallèle avec les crimes nazis

Le 5 mars 2012, à l’émission Médium large, Catherine Perrin s’est entretenue avec la journaliste Khady Beye de Yityish Titi Aynaw, la nouvelle Miss Israël d’origine éthiopienne.

Après avoir esquissé la biographie de Mme Aynaw, l’animatrice et la journaliste ont cherché à établir un rapprochement avec un récent « scandale » en Israël  qu’elles ont grossièrement déformé.

Khady Beye: « Depuis huit ans, le gouvernement israélien obligeait des femmes originaires d’Éthiopie arrivées en Israël à prendre une injection d’un contraceptif de longue durée. Et, au bout de quelques années, ils se sont rendus compte que le taux de fertilité de ces femmes-là était extrêmement bas et elles ne comprenaient pas pourquoi, parce que la plupart d’entre elles disaient que lorsqu’elles arrivaient, on leur disait que c’était un vaccin, alors qu’en réalité c’était un contraceptif de longue durée ».

Catherine Perrin : « Parce qu’on voulait carrément limiter les naissances dans… »

Khady Beye  : « Dans leur communauté, oui… ».

Catherine Perrin : « … les naissances d’origine éthiopienne, oui ».

Khady Beye : « C’est un gros scandale et en plus ils se sont fait également taper sur les doigts parce qu’ils avaient une politique de rapatriement des immigrants d’origine subsaharienne et ils les payaient entre 500 et 1000 euros… »

Catherine Perrin : « Pour les renvoyer. Wow, oh c’est gênant »
Gilda Solomon : « Il y a des gens qui disent, est-ce que la victoire de Titi, comme on l’appelle, ne serait pas politique finalement? Si on veut calmer un peu les ardeurs des gens. »

Catherine Perrin : « Oui, symbolique. Oh, c’est un dossier dont je n’avais pas entendu parler, cette histoire de contraception forcée. Très, très, très troublant quand on pense à toutes sortes (ricanement) d’expériences qui ont été menées contre des Juifs à une certaine époque, hein. »

Or, s’il y a en effet une importante controverse au sujet de l’usage du contraceptif de longue durée Depo-Provera chez les Israéliennes d’origine éthiopienne, il n’y a pour l’heure que des allégations et certainement aucune preuve d’une politique israélienne de contrôle des naissances dans la communauté israélo-éthiopienne.

En fait, cette histoire a été si déformée dans la presse internationale qu’une chroniqueuse du quotidien Ha’aretz, journal qui a apporté l’affaire à l’attention des médias internationaux, a dû remettre les pendules à l’heure dans une chronique intitulée « When a scoop becomes a smear ».

Les faits sont les suivants:

– Des Israéliennes d’origine éthiopienne ont affirmé dans un reportage de la télévision israélienne avoir été incitées à utiliser le contraceptif Depo-Provera injecté aux trois mois sans que d’autres méthodes contraceptives ne leur aient été offertes.
– D’autres affirment avoir été informées par les agences juives responsables de leur immigration en Israël que les Israéliens ont de petites familles et que la vie y est difficile pour les familles nombreuses.

-Certaines affirment qu’on leur aurait intimé qu’elles ne pourraient immigrer en Israël si elles n’acceptaient pas les injections de Depo-Provera.

– D’autres, enfin, prétendent avoir ignoré qu’on leur injectait un contraceptif, pensant qu’il s’agissait de vaccins.

– En 2008, au moment où les premières allégations d’une politique de contrôle des naissances dans la communauté éthiopienne ont fait surface, le ministre israélien de la Santé avait déclaré que l’usage de contraceptifs intraveineux comme le Depo-Provera était une question de préférence culturelle.

– Cette affirmation est soutenue par une étude réalisée en 2005 par Family Health International, une ONG dédiée à la santé publique et au développement. Publiée dans The African Journal of Reproductive Health, l’étude établit « une prédominance des injectables » en Afrique subsaharienne, due à la nature dissimulée de son usage dans un contexte culturel où « les contraceptifs peuvent introduire la discorde sociale, menant parfois à la violence de partenaires intimes dans des couples africains ».

– Itzik Dasa, directeur de Tebeka, un organisme d’aide juridique pour Juifs éthiopiens, a affirmé ne pas croire qu’Israël ait imposé une politique de réduction de taux de naissance chez les Israéliennes d’origine éthiopienne.

– Le ministère de la Santé israélien a fermement nié l’existence d’une politique encourageant l’usage de Depo-Provera ou de contrôle des naissances dans la communauté éthiopienne et vient de créer une commission d’enquête sur la question.

– L’Agence juive, responsable de l’immigration juive en Israël et du rapatriement des Juifs éthiopiens, a affirmé ne jamais intervenir dans la planification familiale des immigrants.

Il est extrêmement troublant que Radio-Canada ait présenté des allégations incertaines comme des faits éprouvés dans une affaire controversée sur laquelle toute la lumière n’a pas encore été faite. La teneur de l’échange entre l’animatrice et la journaliste enfreint clairement les valeurs d’exactitude de l’information et d’équilibre. Elles trahissent, en outre, un amateurisme indéfendable. Enfin, le rapprochement proposé entre les allégations de contrôle des naissances et les crimes du Docteur Mengele auxquels Mme Perrin fait implicitement référence est proprement scandaleux et inadmissible.

Si les valeurs d’exactitude et d’équilibre de Radio-Canada ont un sens, Médium large se doit de diffuser dans les plus brefs délais, en ondes et sur son site, un rectificatif et des excuses pour son odieux et injustifiable parallèle avec de monstrueux crimes nazis.

David Ouellette



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4 replies

  1. Je me suis hasardé à poster mon commentaire sur le site de l’émission Médium Large (http://www.radio-canada.ca/emissions/medium_large/2012-2013/chronique.asp?idChronique=278825). Bien entendu, il arriva ce qui devait arriver : le “scandaleux” commentaire fut censuré par le modérateur radio-canadien. Blâmer Israël, c’est bien. Prendre la défense d’Israël, par contre, quelle insolence! Le cochon de payeur de taxes est tenu de subventionner coûte que coûte Radio-Canada, mais gare à lui s’il ose émettre la moindre critique envers l’intouchable société d’État.

    Comme le texte en question diffère quelque peu de mon commentaire du 6 mai, je me permets de le reproduire ci-après. Chacun jugera si mes propos méritaient un tel traitement.

    «Scandale: on peut désormais acheter Playboy en Israël. La chose déplaît à Pénélope McQuade. C’est son affaire. Rien ne l’oblige toutefois à choisir Tel Aviv comme destination touristique. Je suggère de préférence Téhéran, Le Caire, Doha, Islamabad ou Ankara. Le rouge à lèvres et les revues coquines s’y font en effet plutôt rares sur les étals des marchés publics. En revanche, la chaste demoiselle pourra facilement s’y procurer de multiples éditions de Mein Kamp et des Protocoles des Sages de Sion qui, c’est un fait, y font figure de bestsellers. En cherchant bien, Mlle McQuade pourra même y découvrir des vidéos de décapitation qui, «dans de nombreuses régions du monde musulman, sont plus recherchés que les vidéos pornographiques.» (http://itac.gc.ca/pblctns/tc_prsnts/2007-2-fra.asp). Glorifier la violence terroriste plutôt que le sexe: voilà qui ne manque pas de jugement. Ce n’est pas comme en Israël où le stupre et la fornication se répandent chaque jour davantage. En matière de harcèlement sexuel et de viol, par contre, je ne garantis pas à l’animatrice israélophobe que Le Caire et Islamabad sont plus sécuritaires que Tel Aviv. Mais que voulez-vous, on ne peut pas tout avoir.»

  2. Scandale : on pourra bientôt acheter Playboy en Israël. La chose déplaît à Pénélope McQuade. C’est son affaire. Rien ne l’oblige toutefois à choisir Tel Aviv comme destination touristique. Je lui suggère de préférence Téhéran, Le Caire, Riyad, Islamabad ou Ankara. Le rouge à lèvres et les revues coquines s’y font en effet plutôt rares sur les étals des marchés publics. En revanche, la vertueuse demoiselle pourra très facilement s’y procurer de multiples éditions de Mein Kamp et des Protocoles des Sages de Sion qui, paraît-il, s’y vendent comme des petits pains chauds. En cherchant bien, Mlle McQuade pourra même y découvrir des vidéos de décapitation qui, «dans de nombreuses régions du monde musulman, sont plus recherchées que les vidéos pornographiques.» (Angela Gendron, Trends in Terrorism, vol. 2007-2, p. 16, http://itac.gc.ca/pblctns/tc_prsnts/2007-2-fra.pdf). Les brigades des mœurs islamiquement correctes, comme on voit, ont vraiment le sens des priorités. En matière de harcèlement sexuel et de viol, par contre, je ne garantis pas à l’animatrice israélophobe que Le Caire et Islamabad sont plus sécuritaires que Tel Aviv. Mais que voulez-vous, on ne peut pas tout avoir…

  3. Penelope McQuade est choqué du Play Boy en hébreux (lire fait en Israël).

    J’oserais dire que toute société dite démocratique et “normale” produit tôt ou tard (et contre l’avis des censeurs) ce genre de magazine.

    C’est ainsi.

    Jason

  4. “Médium large se doit de diffuser dans les plus brefs délais, en ondes et sur son site, un rectificatif et des excuses pour son odieux et injustifiable parallèle avec de monstrueux crimes nazis.”

    M. Ouellette,

    Je souscris parfaitement à votre demande.

    C’est indécent !

    Jason

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