“Fiskons” Agnès Gruda (I)

Fisker, de l’anglais to fisk: Terme propre à la blogosphère décrivant une réfutation point par point d’un article. Le terme est dérivé du nom du journaliste anglais Robert Fisk dont les articles sont souvent l’objet de réfutations détaillées dans la blogosphère.

Le côté pratique de la pensée unique qui domine nos médias sur le conflit israélo-palestinien est qu’en réfutant un article, on les réfute tous.

Dire oui à la Palestine
Agnès Gruda
La Presse
23 septembre 2011

«Il n’y a pas de raccourci vers la paix», a dit Barack Obama, mercredi, pour justifier son opposition à la demande palestinienne d’adhésion à l’ONU. Pardon? Il a bien dit «raccourci?»

Obama a bien dit “raccourci” parce qu’il s’agit bien d’un raccourci: les Palestiniens veulent un État sans faire les compromis nécessaires à son établissement, à savoir reconnaître l’État juif et conclure la paix avec lui comme le prescrit le seul cadre légal de résolution du conflit, soit les Résolutions contraignantes 242 et 338 du Conseil de sécurité qui font consensus au sein de la “communauté internationale” et forment la pierre angulaire de la diplomatie occidentale sur la résolution du conflit israélo-arabe.

La Résolution 242 du Conseil de sécurité (1967) est le seul cadre accepté internationalement pour la réalisation de la paix dans la région. Elle propose une voie claire vers la paix et un État palestinien. Conformément à la Résolution 242, le retrait israélien de territoires (tels que la Cisjordanie) est subordonné à l’adhésion de la part des dirigeants palestiniens et arabes à une pleine reconnaissance d’Israël, à des garanties de sécurité et à une paix durable.

Mais le cycle de négociations qui nous a menés là où nous sommes aujourd’hui a été lancé il y a déjà 20 ans! C’est un chemin assez long, merci. Ce processus de paix, qui a connu son point culminant avec les accords d’Oslo, est mort et enterré.

Le chemin aurait été moins long si les Palestiniens n’avaient pas enterré Oslo à Camp David en 2000, le vrai point culminant du processus de paix, où Arafat a refusé les “paramètres Clinton” pour un État palestinien sur l’ensemble de la bande de Gaza et sur 96% du territoire cisjordanien et avec une souveraineté partagée à Jérusalem. Les Palestiniens rejetèrent l’offre sans faire de contre-propositions et lancèrent une vague d’attentats-suicides sur la population civile israélienne qui acheva de miner la confiance du public israélien dans les intentions réelles des Palestiniens.

L’ex-président américain Bill Clinton a déclaré hier que Mahmoud Abbas accepterait cette offre si on la lui présentait aujourd’hui, mais dit ne toujours pas comprendre pourquoi les Palestiniens l’ont rejetée en 2000. On peut reconnaître qu’Israël a une part de blâme pour le cul-de-sac diplomatique, mais que dire du constant rejectionnisme palestinien et du volte-face terroriste des années 2000, lesquels, plus que toute autre chose, ont enseveli Oslo et bloqué le processus de paix.

En se rendant à New York pour demander la pleine reconnaissance d’un État palestinien, le président Mahmoud Abbas cherche à sortir du cul-de-sac. À jeter officiellement les accords d’Oslo par-dessus bord pour repartir sur de nouvelles bases.

Les Palestiniens sont tombés dans un cul-de-sac par leurs propres actions, à savoir, la guerre qu’ils ont livrée à Israël après avoir rejeté en 2000 une offre d’État palestinien dont ils disent à présent qu’elle serait acceptable. Si Abbas veut jeter les accords d’Oslo par-dessus bord, il faudra qu’il saborde son Autorité palestinienne qui n’existe qu’en vertu des dits accords, renonce à gouverner les zones A et B de la Cisjordanie qu’il administre en vertu de ces mêmes accords et renonce à la coopération sécuritaire israélienne sans laquelle son régime tomberait en quelques heures aux mains du Hamas comme à Gaza en 2007.

Dans son fameux discours au monde arabe, au Caire, Barack Obama avait expliqué sa vision de la paix au Proche-Orient. Il avait alors appelé les Palestiniens à renoncer à la violence et à construire des institutions publiques dignes de ce nom. Et les Israéliens, à cesser de construire leurs colonies, que le président américain a qualifiées d’illégitimes.

Ah bon, le Hamas, le Djihad islamique et les Comités de résistance populaire ont-ils renoncé à la violence ? La réconciliation entre Abbas et le Hamas prévoit-elle un renoncement à la violence terroriste de ce dernier? Non.

Deux ans plus tard, on peut dire que l’Autorité palestinienne a rempli sa part du contrat.

Voir ci-haut.

Les dirigeants palestiniens ont construit des rues et des écoles, formé des policiers, réaménagé leurs villes de manière à détourner les jeunes de la violence. Dans un récent rapport, la Banque mondiale affirme que les institutions palestiniennes se comparent favorablement à ce qu’on trouve dans d’autres pays de la région, dans tous les domaines qui comptent.

Oui, des rues et des écoles qui portent le nom de tueurs de masse élevés au rang de modèles à suivre pour la jeunesse palestinienne.

Israël, de son côté, a bien desserré un peu son étau autour des territoires palestiniens. Mais pour les colonies, rien à faire. L’ultime tentative de relancer le dialogue a échoué en septembre 2010, quand Israël a refusé de prolonger de quelques mois le moratoire sur les constructions juives en Cisjordanie. Seulement un moratoire, et seulement quelques mois! Le gouvernement de Benyamin Nétanyahou a dit non.

Qui bloque la reprise des négociations? Le gouvernement israélien a décrété un moratoire sur la construction dans les colonies pendant dix mois. Malgré cela, Mahmoud Abbas continuait obstinément de rejeter toute reprise  de négociations.

Dans son discours de mercredi, Barack Obama n’a même pas mentionné les colonies, qu’il jugeait illégitimes il y a deux ans à peine. Il a cédé ainsi sur toute la ligne au gouvernement le plus intransigeant à avoir jamais dirigé Israël.

Le gouvernement israélien actuel est le seul à avoir décrété un moratoire sur la construction en Cisjordanie et il serait le plus intransigeant de l’histoire d’Israël?

À partir de là, on peut imaginer que Washington opposera son veto à la création d’un État palestinien, si jamais un vote à ce sujet finit par avoir lieu au Conseil de sécurité. C’est d’autant plus désolant qu’il y a d’excellentes raisons d’accueillir favorablement la requête du président Mahmoud Abbas. En voici quelques-unes:

> En acceptant la Palestine dans ses rangs, l’ONU donnerait des arguments aux Palestiniens les plus modérés, et affaiblirait la position du Hamas, qui rejette tout accord avec Israël. Or, l’avenir politique de Mahmoud Abbas, dont le mandat est expiré depuis plus de deux ans, ne tient qu’à un fil. Si sa demande est rejetée, il n’aura d’autre choix que de tenter un rapprochement avec le Hamas.

Si la Palestine devait être reconnue par l’ONU, les Palestiniens n’auraient plus aucune motivation à faire les compromis nécessaires pour aboutir à un accord de paix avec Israël. La Palestine aurait un gouvernement bicéphale, Hamas et Fatah, qui refuserait de négocier quoi que ce soit avec Israël, mais ferait appel aux tribunaux internationaux pour imposer le peuplement d’Israël par 4 millions de Palestiniens en vertu d’un prétendu “droit de retour”.

> Avec une décision favorable, l’ONU enverrait aussi un message à Israël: le statu quo n’est plus tenable, la colonisation n’est plus acceptable. C’est d’autant plus pertinent que l’opinion publique israélienne est loin d’être unanime. Il y a, en Israël, des tas gens qui appuient la démarche palestinienne. Ils ont manifesté hier à Tel-Aviv. On trouve parmi eux des voix tout à fait respectables: l’écrivain Amos Oz, l’ancien ambassadeur en France Elie Barnavi… Ces voix ont besoin d’être encouragées.

L’ONU enverrait le message que quoi qu’il fasse, Israël ne sera jamais reconnu par les Palestiniens et n’aura jamais la paix avec les Palestiniens. Ceci durcirait justifiablement les positions israéliennes et minerait davantage la gauche pacifiste israélienne réduite à une peau de chagrin dans la foulée de la seconde intifada. Au fait, pas besoin d’être de la gauche pacifiste israélienne pour appuyer la création d’un État palestinien. Bon an, mal an, plus des deux tiers des Israéliens sont en faveur de la solution des deux États pour deux peuples, mais pas sans garanties sécuritaires de la part des Palestiniens et des pays arabes voisins!

> Le conflit a atteint un point tournant. C’est peut-être la dernière occasion de créer un État palestinien aux côtés d’Israël. Un demi-million d’Israéliens vivent déjà en Cisjordanie et dans les quartiers arabes de Jérusalem. La colonisation se poursuit à la vitesse grand V tant en Cisjordnaie qu’à Jérusalem Est. À preuve: la population juive en Cisjordanie croît trois fois plus vite qu’en Israël. Bientôt, la création d’un État palestinien deviendra géographiquement impossible.

La croissance des colonies israéliennes est démographique, pas géographique, et ne menace donc pas géographiquement la création d’un État palestinien. Les constructions israéliennes en Cisjordanie ne couvrent que 1 % du territoire cisjordanien, et environ 10% si l’on inclut les zones non développées. La Cisjordanie n’est pas le “fromage de gruyère” présenté par la propagande palestinienne, et comme l’ont démontré la rétrocession du Sinaï à l’Égypte et le retrait israélien du Gaza, les colonies ne sont pas un fait irréversible.

> Contrairement à ce que clame Israël, les leaders palestiniens n’essaient pas de lui enlever sa légitimité en se rendant à l’ONU. Au contraire, la demande d’adhésion équivaut à reconnaître l’État hébreu sur ses frontières de 1967. Tous les détails resteraient à discuter par la suite, avec d’innombrables occasions de dérapage – mais la reconnaissance de l’État juif est au coeur de la démarche palestinienne.

Mahmoud Abbas a écrit dans le New York Times que le but de sa démarche à l’ONU était de pouvoir lancer des poursuites contre Israël et ses dirigeants dans les tribunaux internationaux, c’est-à-dire l’internationalisation du conflit par moyens juridiques (lawfare) destinés à délégitimer Israël. Dans ce même article, Abbas dévoile que le noeud de son conflit est avec l’existence de l’État juif lorsqu’il affirme sans vergogne que l’occupation dure depuis 63 ans (fondation d’Israël en 1948) et non pas depuis 44 ans (victoire israélienne en 1967 sur l’Égypte, la Jordanie et la Syrie). Le discours calomnieux d’Abbas à l’ONU, hier, est un autre bon gage des intentions réelles des dirigeants palestiniens quant à la légitimité d’Israël. Gruda passe complètement sous silence qu’Abbas et tous les dirigeants du Fatah ont répété ces dernières semaines du haut de toutes les tribunes qu’ils ne reconnaitront jamais un État juif.

En revanche, si Mahmoud Abbas rentre à la maison avec un rejet international, il aura de la difficulté à maintenir le cap sur la formule de deux États. De plus en plus de Palestiniens estiment qu’il vaut mieux fondre Israël et les territoires occupés en un seul État – où les Juifs risqueraient de devenir rapidement minoritaires. Est-ce là ce que cherche Israël?

Mahmoud Abbas refuse le principe de deux États pour deux peuples en insistant sur le “retour” de 4 millions de Palestiniens en Israël même , en refusant de reconnaitre que l’État d’Israël est juif comme un éventuel État palestinien sera arabe, et en faisant remonter le grief palestinien à réparer non pas à la Guerre des Six jours, mais à la fondation d’Israël.

> Au fait, que cherche au juste Israël? Maintenant que les dirigeants palestiniens ont abandonné la lutte armée et se sont efforcés de jeter les bases d’un véritable État, il ne peut plus prétendre qu’il lui manque un «partenaire pour la paix». Le partenaire palestinien est là, prêt à négocier.

Quels dirigeants palestiniens? Gruda oublie que les Palestiniens ont deux gouvernements qui gouvernent deux territoires détachés l’un de l’autre, soit l’Autorité palestinienne d’Abbas et le Hamas djihadiste qui poursuit ses attaques sur Israël au nom d’une prophétie islamique sur la destruction complète des Juifs. Si le partenaire palestinien est prêt à négocier, pourquoi claque-t-il la porte à chaque tentative (2000, 2008, 2010) de conclure une entente ou de reprendre langue?

En face de lui, il a un gouvernement israélien dogmatique qui semble vouloir le beurre et l’argent du beurre: accaparer le plus de territoires en Cisjordanie, sans hériter de leur population arabe.

Israël ne s’accapare pas de territoires, il construit dans des territoires déjà en sa possession dont le pourcentage relatif à la superficie de la Cisjordanie ne change pas. Au fait, Abbas n’a-t-il pas annoncé en 2010 qu’Israël et lui s’étaient entendus sur le principe d’échanges de territoires qui permettrait à l’État Palestinien de compter l’équivalent de 100% de la Cisjordanie et à Israël de conserver les grands blocs de colonies le long de la ligne verte? Abbas, en acceptant ce principe qui date en fait des paramètres de Clinton (2000), sait bien que les colonies ne sont pas un obstacle et connait la solution.

Un gouvernement qui a le culot de menacer de sanctions les Palestiniens, pour quel crime au juste? Celui de s’adresser à une instance internationale légitime, pour une demande qui l’est tout autant. Un gouvernement, enfin, qui entraîne ainsi deux peuples à leur perte.

Si les Palestiniens veulent jeter par-dessus bord les accords d’Oslo, pourquoi Israël devrait-il continuer à respecter ces mêmes accords? Le culot, c’est précisément l’inverse: les Palestiniens renient leurs engagements pris sous Oslo, mais Israël devrait continuer à les respecter…

La police israélienne va être placée en état d’alerte aujourd’hui de crainte de manifestations violentes palestiniennes à l’occasion du discours du président palestinien Mahmoud Abbas à l’ONU, a indiqué hier une source policière. La police «va déployer 22 000 hommes dans tout le pays, soit plus des deux tiers de toutes ses forces», a indiqué à l’AFP son porte-parole Micky Rosenfeld. Une centrale syndicale palestinienne a appelé à des manifestations de protestation aujourd’hui partout dans le monde arabe devant les ambassades des États-Unis. Hier, un millier de Palestiniens ont manifesté à Ramallah pour dénoncer le président américain Barack Obama, accusé d’avoir trahi leur cause à l’ONU.

Si leur cause est de vivre dans un État palestinien en paix avec Israël, Obama a en fait bien servi leur cause. Si la cause est d’obtenir un État sans paix pour continuer à inciter de nouvelles générations de Palestiniens à liquider leurs voisins, en effet, leur cause a été “trahie”. Et c’est loin d’être un malheur.



Categories: Antisionisme, Moyen-Orient

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12 replies

  1. J’ai trouvé un autre lien qui me semble intéressant:

    http://blog.mondediplo.net/2008-02-18-1948-la-Palestine-des-archives-aux-cartes

    Bielle

    ”La vérité est une immense verrière tombée à terre, éclatée en mille morceaux. Chacun se précipite, se penche, prend un éclat de verre qu’il brandit et dit “je tiens la vérité”. Ils se précipitent les uns sur les autres avec leur morceau de vérité en forme d’arme. Mais non, vous ne tenez qu’un morceau de vérité. Il faudrait, patiemment, avec amour, rassembler vos morceaux, reconstituer la verrière afin que, de nouveau, elle fasse chanter la lumière.”

    Jean Sulivan, Le bonheur des rebelles

  2. Bon Matin Chalom d’Entraide les AmiEs,

    Venant de lire les Propos de Anne-Michèle, permettez-nous ce Fiskon :

    Après la déclaration de Balfour la rencontre de San Remo le 25 avril 1920

    http://fr.givepeaceachance.info/video/ !

    Espérant que cette Vidéo Inspirer chalom !

    Chana Tova Oumetouka 5772 – 25 sept 2011 / 26 eloul 5771 –

  3. Lorsqu’on vous lit les activistes de Cyberpresse ont l’air minus.

  4. À ne pas oublier les résolutions 193(1948), 393-94(1950), 513(1952) concernant le “droit” au retour. Déjà au départ, six états arabes (Liban, Égypte, Irak, Syrie, Yémen, Saoud) avaient voté contre celle de 1948. Ensuite, selon leurs actes, ils empêchèrent les réfugiés de réintégrer une vie normal dans leurs États(pas Jordanie). D’ailleurs, après l’invasion du Koweït, au moins une centaine de milliers s’enfuirent en Jordanie pour y mourir de faim en bonne partie.

    Pour finir, je ne comprend pas pk ils veulent un État, ils pourraient demander une zone neutre, sans gouvernement, avec l’aide d’Israël pour protéger leurs frontières. Pas de taxes à payer!

  5. suceptibles : lire plutôt susceptibles ;

    Refutée : lire plutôt Réfutée .

    Nos Excuses chalom ! Merci !

  6. Bon Souper Soleil Honorable les AmiEs,

    Grands Mercis pour ces Fiskons relatifs à l’Article de Agnès Gruda, Journaliste de Renom sans Nom ni Honneur … chalom !

    De ces Fiskons, cette Douceur :

    Habituellement, le Monde aime Crayonner ce qu’Il aime Crayonner volontairement et librement !

    Toute Écriture commande des Observations suceptibles de Réfutation ou de Validation, tant et si bien que Personne ni Tout le Monde ne pourrait ne pas s’en inspirer si Utilisation favorable ou défavorable.

    Refutée ou Validée, l’Écriture tend à poursuivre des Objectifs de Rayonnement, d’Intégration ou de Participation ; des Objectifs d’Information ou de Désinformation ; des Objectifs d’Origines Politiques, Sociales, Économiques, voires Militaires !

    Qu’on l’Aime ou Pas, l’Écriture des Agnès est ou demeure, en-soi, une Réfutation de Délégitimation, notamment Celle d’Israël et de la Communauté ; une Réfutation à RÉFUTER de Sagesse !

    De cette Écriture, on-dirait que les Agnès, et Autres, aiment se voiler ou voiler la Vérité, simple et court !

    Bof ! ?

    Chana Tova 5772 – 24 sept 2011 / 25 eloul 5771 –

  7. Monsieur Ouellette, j’aimerais que vous nous parliez de ce que cela représente pour les Palestiniens de reconnaître qu’Israël est un « État hébreu » dans la mesure où c’est le seul État qu’on leur donne (d’où les démarches actuelles de M. Abbas), et que la religion juive n’est ni la leur et ni celle de leurs ancêtres, qui ont toujours habité sur ces terres. J’aimerais que vous nous parliez des droits et du statut des Palestiniens dans un État hébreu, qui s’apparentent à ceux réservés aux Noirs durant la ségrégation (et constituent bel et bien une nouvelle forme d’apartheid). J’aimerais que vous nous parliez des lois et des projets de lois discriminatoires qui ont été créés en Israël au cours des dernières années et qui font des Palestiniens des citoyens de deuxième classe. Ceux-ci sont dénoncés par un grand nombre d’Israéliens qui s’opposent aux décisions d’un gouvernement d’extrême-droite (voir, entre autres, un article du journaliste israélien Amos Schoken dans Haaretz au sujet de la Loi sur la citoyenneté : http://www.haaretz.com/print-edition/opinion/citizenship-law-makes-israel-an-apartheid-state-1.248635).

    Dans toutes vos belles paroles où vous débattez pour protéger le pauvre petit pays d’Israël (armé jusqu’aux dents) contre les dangereux Palestiniens (appauvris, dominés par l’occupation militaire et armés de piètres lance-roquettes et de pierres), vous êtes-vous déjà mis à la place de ces apatrides qui souffrent (les gens ordinaires, pas les terroristes du Hamas à Gaza qui constituent 0,1 % de la population et qui profitent de l’impasse actuelle pour renforcer leur mainmise sur le peuple palestinien), qui ont autant le droit à la protection de leurs droits fondamentaux que vous et moi et que tous les Israéliens? Avez-vous déjà pensé que les jeunes Palestiniens pris à lancer des pierres auraient mieux à faire si l’économie de leur communauté n’était pas écrasée par la domination israélienne, si leur existence était reconnue au même titre que celle de leurs voisins israéliens?

    Le gouvernement israélien, qui établit illégalement des colonies en territoire palestinien depuis plus de quarante ans et sabote de diverse manière toute tentative d’expansion économique des Palestiniens, se conduit tout bonnement (quoique plus subtilement) comme les colons d’Europe lorsqu’ils sont débarqués sur le continent américain et ont forcé les indiens d’Amérique à se convertir au catholicisme, lorsqu’ils ne les ont pas carrément massacrés ou poussés dans des retranchements appelés “réserves”, en bons citoyens de deuxième classe. Sauf qu’on est au vingt-et-unième siècle et que depuis les années 1500, nous avons fait des progrès moraux qui rendent ce genre de comportement raciste et suprémaciste inacceptable.

    À titre d’exemple, je veux bien reconnaître que les États-Unis d’Amérique, c’est le pays des américains. Mais s’ils commençaient à construire un mur et à développer des colonies sur le territoire canadien, et à forcer l’exil et le déplacement des canadiens le long de la frontière, je comprendrais que ces derniers ne reconnaissent plus que les États-Unis, c’est le pays des américains.

    Sauf que cela n’arrivera pas, car le Canada et les États-Unis sont des États reconnus à part entière, et en vertu de ce statut qui leur est conféré face à la communauté internationale, ils ne peuvent pas commettre impunément de tels délits en violation du droit international. Victimes d’enfreintes au droit international depuis plus de quarante ans, les Palestiniens exigent aujourd’hui d’avoir cette protection, et ce, à juste titre. Et Netanyahou ne débat justement pour ne pas qu’ils l’aient, car Israël devrait alors cesser ses activités coloniales illégales en territoire palestinien.

    Sioniste, vous l’êtes. Mais de grâce, cessez de vous prétendre pro-palestinien lorsque vous choisissez volontairement de ne pas tenir compte des faits dans leur intégralité pour défendre vos idéologies sionistes.

    Anne-Michèle Fortin, Montréal

    • Bonjour Mme Fortin,

      Sous le régime d’apartheid sud-africain, les Noirs accédaient-ils aux fonctions de ministre, de juge à a la cour suprême, d’ambassadeur, de consul général, de député, de général, de policier, etc. ? Amos Schoken fait référence à une loi qui a imposé un moratoire sur la naturalisation israélienne de Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie pour des raisons de sécurité évidente. C’est une loi qui s’applique à des étrangers et non pas à des citoyens israéliens. Libre à lui de faire de l’hyperbole, comme vous aussi d’ailleurs.
      Il est plutôt ironique que vous me reprochiez de ne pas tenir compte des faits alors que vous distilliez dans le même souffle des légendes sur les droits des citoyens israélo-arabes, les seuls Arabes au Moyen-Orient qui connaissent la démocratie. Et ne vous en déplaise, je persiste à croire que les Palestiniens ont droit à leur État à Gaza et en Cisjordanie sur la base des lignes d’armistice de 1967, à condition, bien sûr, qu’ils reconnaissent aux Juifs leur droit d’avoir leur État aussi.

      David Ouellette

  8. Disons-le clairement: il y a là une négation du fait juif…

    Certains disent non sans humour que les Palestiniens luttent pour obtenir trois États plutôt qu’un: la Jordanie, dans laquelle réside une majorité palestinienne, l’État palestinien indépendant établi en Cisjordanie – qui sera, lui, complètement palestinien –, et l’État d’Israël, qui doit être celui de tous ses citoyens afin que les Palestiniens y aient aussi leur part.
    Dans l’affaire, seul l’État juif doit renoncer à son identité propre. Du fait qu’il existe aujourd’hui une minorité arabe importante, un peu plus de 18 %, il faudrait que les symboles de l’État israélien soient le plus neutres possible: plus d’étoile de David, plus d’hymne aussi marqué.
    Ce qui me rebute, c’est la mauvaise foi que je perçois souvent dans cette revendication. Ce n’est pas au nom de la véritable volonté de créer quelque chose qui serait réellement démocratique que l’on revendique, mais pour créer une situation dans laquelle le peuple juif serait privé de ses symboles.
    L’hésitation est d’autant plus compréhensible que les rapports démographiques peuvent évoluer. Que resterait-il alors du projet? L’histoire ne nous donne-t-elle pas le droit de constituer une majorité quelque part dans le monde, c’est-à-dire en Israël?
    Alors pour ce qui est de l’hymne national, je verrais effectivement d’un très bon œil l’ajout d’un second couplet, pour tenir compte de cette réalité plurielle, mais une abrogation de toute référence juive, c’est une manière de nier l’histoire. On cite souvent le cas du drapeau suisse, grec ou britannique, où figurent des croix. Est-ce que les Juifs ont réclamé – qui y vivent depuis des générations – des changements à ces symboles?

    Le combat de Ahmed Tibi et de ses collègues m’apparaît relever de cette mode qu’on appelle le multiculturalisme, qui propose des éléments intéressants à bien des égards, mais qui finalement met l’accent sur des symboles au détriment des revendications sociales et économiques. Ce combat exclusif sur les symboles nous révèle également la fragilité et le sentiment de menace que nous portons en nous. Il réveille le sentiment – rationnel ou irrationnel – que même chez soi, on n’est pas chez soi.

    Bien sûr, je peux comprendre par ailleurs que, pour un Arabe israélien, cette notion de chez-nous ne signifie pas grand-chose, que pour lui les fêtes de l’indépendance ne rappellent rien d’autre que la tragédie nationale vécue par les siens. Il faut réfléchir à ce problème afin de trouver des solutions, d’un commun accord et en faisant preuve de bonne volonté. Il faut être capable d’en tenir compte, d’intégrer cette dimension – ce sera cependant plus facile une fois la paix obtenue – mais, de grâce, pas de provocation, pas d’arrogance qui désarme les meilleures volontés, parce que du coup ma capacité de me faire l’avocat de cette cause auprès de mes adversaires israéliens s’en trouve d’autant réduite. Il en est qui ne veulent surtout pas entendre parler de concessions de ce genre, parce qu’ils y voient le fantasme – à tort ou à raison – de la destruction future d’Israël.

    • Merci, Ghila, pour cette intéressante réflexion. Je n’avais jamais pensé aux revendications postsionistes comme une expression d’un multiculturalisme sapant les fondements historiques d’Israël puisque je les ai toujours perçues comme un prolongement de la politique du refus des dirigeants palestiniens, mais ton parallèle a du vrai.

  9. Le politologue français Pierre-André Taguieff le disait amèrement dans un texte récent.

    Abbas parle en arabe comme un radical et dans une autre langue comme un pseudo-modéré…

    C’est triste. Mais c’est la réalité.

    Jason
    ——————–

    “La rhétorique raciste de la « purification » n’est pas le propre des islamistes du Hamas ou du Jihad islamique : en mai 2011, au cours d’une réunion de la Ligue arabe, Mahmoud Abbas a déclaré vouloir une Palestine « purifiée de la présence juive ». Ce programme ethno-nationaliste est parfaitement cohérent avec le refus de reconnaître Israël comme un État juif…”

    http://www.atlantico.fr/decryptage/israel-nouvelle-question-juive-185746.html

  10. Oh Bravo M. Ouellette ! vous la mettez devant ses mensonges ! Vous devriez mettre cette réplique dans la presse ! C’est incroyable comment il ya des non-dits, des mensonges par omition dans cet article de cyberpresse ! Bravo, de remettre de la lumière dans tout ce bourbier ! Et, je vous l’avait dit hier, que Netanyahu serait vu comme l’intransigeant, l’extrémiste, le seul pourtant qui a gelé les implantations pendant 10 mois ! Et abbas a refusé de négocier pendant tout ce temps là !…

    Et effectivement, pour les implantations, aucune n’a été construites depuis 10 ans. Il n’a que des maisons de plus dans les mêmes implantations… En plus tout le monde sait que avec un accord, ces implantations resteraient sur le côté d’Israel ! Ce n’est qu’un prétexte pour abbas de ne pas négocier. Il est coincé et il cherche à s’esquiver d’une réelle discussion avec Israel. Ce n’est pas avec l’Europe ou les USA que abbas doit négocier, mais avec Israel… Elle ne dit rien non plus sur la réelle apartheid des “palestiniens” qui n’accepteront aucun juifs dans leur État ! Mais ça, ça ne gêne pas la dame de la presse ! Bref, merci de remettre les choses dans leur contexte. Car une personne qui ne fait que lire la chronique de Gruda, aura mal à partir pour tout saisir !

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