De la confusion sur le terme “antisémitisme”

Je lisais hier soir l’admirable nouveau livre de Djemila Benhabib “Les soldats d’Allah à l’assaut de l’Occident” que je recommande chaudement. Cet essai politico-historique sur les origines et les transformations idéologiques et tactiques de l’islam politique fait oeuvre utile en s’attardant sur la menace qu’il représente pour les démocraties libérales, et tout particulièrement le Québec, où, comme ailleurs, toute une coterie d’organisations de gauche se fait consciemment ou non l’alliée objective du totalitarisme islamiste.

Or, quand l’auteur aborde l’antisémitisme intrinsèque à l’idéologie des Frères musulmans, la matrice de l’islam politique, et souligne leur alliance avec les nazis (pp. 90-92), elle tombe dans un piège sémantique devenu fort courant dans les discussions sur l’antisémitisme dans les pays arabes. En effet, Djemila Benhabib croit devoir faire la précision suivante dans une note infrapaginale à la page 92:

“Le terme d’antisémitisme n’est pas tout à fait approprié dans ce contexte. Il serait plus juste de le remplacer par celui d’antijudaïsme qui désigne spécifiquement la haine des juifs, étant donné que les Arabes sont également des sémites. Cependant, l’usage du terme “antisémitisme” est très largement établi”.

En fait, c’est l’inverse qui est vrai. Lorsque le journaliste allemand Wilhelm Marr conçoit le néologisme Antisemitismus en 1879, il ne vise qu’un groupe humain, les Juifs. Le terme apparait pour la première fois dans son pamphlet intitulé “Der Sieg des Judenthums über das Germanenthum-Vom nichtconfessionellen Standpunkt aus betrachtet” (“La victoire de la judéité (ou juiverie) sur la germanité- vue d’une perspective non-confessionnelle”). Son objectif est de prêter un fondement “biologique” à la haine des Juifs pour la distinguer de l’antijudaïsme religieux qui avait perdu de son attrait dans la foulée de l’assimilation culturelle des Juifs européens et de la sécularisation des sociétés européennes.

Ce que dénote donc le terme “antisémitisme” est une haine des Juifs ancrée dans la croyance qu’ils forment une race biologique distincte qui “parasite” l’humanité. C’est à ce “sémitisme” fictif que s’oppose l’antisémitisme. On comprendra donc que c’est un non-sens d’affirmer que les Arabes, parce que sémites, ne peuvent pas être antisémites.



Categories: Islamisme, Varia

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5 replies

  1. Pour éviter toute confusion, je préfère utiliser les expressions “anti-Juifs” ou “anti-judaïsme”.

    • “Anti-judaïsme” réfère à la haine théologique des Juifs. Je préfère “judéophobie” qui va au-delà d’ “antisémitisme” qui se limite à la haine “raciale” des Juifs et ne décrit donc pas bien l’hostilité contemporaine à leur endroit.

  2. Étant donné que ce n’est pas à la mode du jour de détester les juifs, les antisémites ne trompent personne avec leur jeu de sémantique à 2 sous. Et oui la gauche québécoise n’est pas toute antisémite cependant elle tombe dans le piège même s’il est gros comme un camion. Ces gens n’ont rien en commun avec les Islamistes. Une alliance anti-américaine sans plus mais à quel prix?

  3. C’est comme l’antijuif conspirationniste Louis Farrakan de la “Nation de l’islam” aux États-Unis.

    Il dit qu’il n’est pas antisémite parce qu’il respecte les… sémites.

    La haine des Juifs est tenace. Elle prend le lexique approprié pour séduire…

    Jason

  4. M. David Ouellette,

    Votre billet est très à propos sur la justification du terme « antisémitisme » de Mme. Djemila Benhabib, un terme employé souvent en méconnaissance de sa juste signification.

    L’antisémitisme n’a aucun rapport avec le judaïsme, c’est plutôt une hostilité systématique à l’égard des Juifs ( Juif avec majuscule ).

    Il est important de savoir que l’emploi du mot « juif », avec minuscule, signifie spécifiquement une personne juive qui pratique le judaïsme et que l’emploi du mot « Juif », avec majuscule, signifie une personne qui n’a nécessairement aucun rapport spécifique au judaïsme.

    Il est aussi important de spécifier qu’un, juif ou Juif, est une personne née d’une mère, juive ou Juive car pour eux, seule de la mère on a la certitude identitaire.

    De là, de bien savoir ce que l’on veut signifier quand on écrit, juif ou Juif.

    N’ayant pas lu le livre de Mme. Djemila Benhabib, j’espère avoir bien interprété le passage explicatif de son livre que vous nous citez.

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