Israël se boxe dans un coin

Autrefois la coqueluche de la bien-pensance anti-israélienne à titre de “nouvel historien” qui battait en brèche certains mythes nationaux israéliens, Benny Morris incarne depuis l’échec d’Oslo et la seconde Intifada le scepticisme israélien quant aux intentions palestiniennes de coexistence avec Israël.

Israël se boxe dans un coin
Benny Morris

(Article paru le 25 mai 2011 dans le National Interest sous le titre Shadowboxing Israel into a Corner)

Bien entendu, tout cela n’est que boxe à vide: le dernier discours de politique moyen-orientale d’Obama, la ligne dure de la réplique de Netanyahou devant les deux chambres du Congrès. Le processus de paix ni ne va, ni ne peut aller nulle part. Les Palestiniens n’ont pas l’intention de négocier de bonne foi et ils n’ont pas l’intention de parvenir à une solution à deux Etats. Ils veulent toute la Palestine, rien de moins. Le Hamas le dit simplement: la langue d’Abbas est fourchue. Les intentions du Hamas et d’Abbas sont les mêmes.

Mais Netanyahu ne joue pas le jeu et cela coûte cher à Israël sur la scène internationale. Il aurait dû mettre de côté ses calculs politiques internes et son filet de sécurité pour boxer à vide avec tous les autres. Il est dans la position politiquement enviable d’avoir une coalition étendue et profonde; il peut se permettre des défections et le Parti centriste Kadima, dirigé par Tzipi Livni, est toujours là dans les coulisses pour prendre la relève si Netanyahu semble trop conciliant pour les Avigdor Liberman et autres Eli Yishai.

Les paramètres de Bill Clinton de Décembre 2000 sont le seul jeu diplomatique en vigueur, et c’est en effet ce qu’a réitéré Obama. Clinton a déclaré qu’un État palestinien démilitarisé (Obama-“non-militarisé”) devrait être établi sur 94-96 % de la Cisjordanie, 100% de la bande de Gaza et la moitié arabe de Jérusalem; Obama a présenté une solution à deux Etats fondée sur les lignes de 1967, avec des échanges de territoire. C’est la même chose. Israël conservera 4-6 % de la Cisjordanie (qui contiennent les grands blocs de colonies) et donnera aux Palestiniens un morceau équivalent du territoire israélien en échange.

Clinton a été plus explicite sur la résolution du problème des réfugiés: les réfugiés s’établiront dans le futur Etat palestinien ou se réinstalleront en dehors du Moyen-Orient. Obama a préféré être moins explicite sur ce point, ce qui lui a fait perdre de bons points parmi les Israéliens, et a simplement dit qu’Israël doit rester un Etat à majorité juive, l’Etat du peuple juif. Le sens est le même- aucun afflux considérable de réfugiés arabes en Israël.

De retour au poste de premier ministre il y a deux ans, Netanyahu semblait se libérer du carcan idéologique du Grand Israël et énoncé la coda, une solution à deux Etats. Sa vision de deux États et celle d’Obama (et de Clinton) ne divergent que sur deux points principaux: Il aimerait garder Jérusalem-Est (une Jérusalem “réunifiée») pour Israël et une présence de sécurité israélienne le long du Jourdain, afin que les Palestiniens ne soient pas tentés d’inviter les troupes irakiennes ou iraniennes dans leur Etat en Cisjordanie, menaçant directement le cœur d’Israël.

Le deuxième point est conciliable-Obama a parlé d’un retrait progressif d’Israël, peut-être vingt ou trente ans plus tard, de la rivière du Jourdain. Si les Palestiniens peuvent rester pacifiques pour cette durée de temps, démontrant leur capacité à s’attacher à la paix, ils auront gagné et inspiré la confiance des Israéliens. Donc, d’ici là, peu d’Israéliens s’opposeront à renoncer aux berges de la rivière.

Netanyahu devra surmonter la question de Jérusalem dans son esprit et dans l’arène politique israélienne. Ses prédécesseurs, Ehud Barak et Ehud Olmert l’ont fait. Ariel Sharon était probablement en train de prendre cette direction aussi. Netanyahu le devra, s’il veut offrir au monde une vision convaincante et crédible de la paix. Le monde arabe n’acceptera pas une formule qui ne donne pas aux Palestiniens leur moitié démographique de Jérusalem.

Bien sûr, tout cela n’est que boxe à vide. Les Palestiniens n’accepteront jamais de renoncer au «droit au retour”, le mantra et la philosophie de leur mouvement national, en un sens, leur identité. Et ils ne pourront jamais accepter un règlement qui comprenne un Etat juif dans la majeure partie de la Palestine.

Ainsi, Netanyahu ne sera jamais concrètement appelé à renoncer à Jérusalem-Est. Mais pour conserver un minimum de sympathie et de soutien internationaux en faveur d’Israël, il aurait dû jouer le jeu et devra saisir le taureau par les cornes et jouer, aller jusqu’au bout de cette mascarade et de boxe à vide avec les meilleurs. C’est une grande partie de ce que signifie être un leader dans le malheureux contexte géopolitique peu désirable d’Israël.



Categories: Diplomatie, Moyen-Orient

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2 replies

  1. M. Ouellette, la réponse ne se fait pas attendre. Et, voilà pourquoi, Israel, ne doit pas céder sur le point du caractère de l’Etat juif…
    Abbas s’oppose à une reconnaissance de l’Etat juif
    Lors des discussions samedi à Doha du comité de suivi de la Ligue arabe, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas s’est opposé à la reconnaissance
    du caractère juif de l’Etat d’Israël. Selon lui, en posant cette condition, le Premier ministre israélien Netanyahou cherche à supprimer le droit au retour
    de chaque Palestinien et à ”ébranler la présence arabe en Israël”. Et d’ajouter qu”’en fin de compte la Palestine devra être vide de toute présence
    israélienne, aussi bien militaire que civile”. (Guysen.International.News) Tout est dit ! Même si Israel revenait à la ligne d’armistice ça ne suffirait pas. Autant le fatah que le hamas, c’est bien la fin d’Israel, qu’ils veulent. Seul les moyens diffèrent pour y parvenir.

    Mais bien sûr, pour les spritzer de la planète, c’est Israel, le raciste, et c’est encore lui qui pratiquerait soit disant l’apartheid !

  2. Bofff… Ça ne sert à rien, et vous le savez, M. Ouellette, les palestiniens veulent détruire l’Etat juif. Ils existent que pour ça ! Si ce que Benny Moriss, qui a quand même beaucoup évolué depuis bien des années,dit est vrai, alors pourquoi, en 2000 lorsque Barak offrait cela arafat l’a-t-il refusé, à votre avis ? Oh, mais les palestinophiles me diront et là, ce n’est plus l’assassin arafat, mais ce gentil abbas qui en réalité se prénomme abou mazen, son nom de terroriste… le tueur de Maalot, vous avez oubliez ? Alors oui, ces idiots utils nous diront abbas ce n’est pas arafat… Peut-être. Sauf que leur gentil abbas, a pourtant refusé en 2008 ce qu’Olmert leur donnait, encore plus généreux que Barak ! Abbas a pourtant là aussi, refusé, même avec Jérusalem Est !…
    Il a même expliqué, dans le journal du Washington post, que cela ne pressait pas, qu’il fallait attendre, voir quel gouvernement allait venir en Israel, vu qu’Olmert était sur sa fin… Et, que de toute façon, la situation des “palestiniens”, étaient très bien, en Judée-Samarie que l’on nomme à tort, cisjordanie…
    Mais bon. Bibi aurait-il pu tâter le pouls ? Je n’en sais rien. Vous savez comme moi, à part notre PM Harper, pas grand pays le soutienne… Il a, une énorme pression sur les épaules, en ce moment…
    Je pense plutôt, que peu importe ce qu’Israel offrira, ça ne sera jamais assez, même par les pays dit “amis” !
    Nos bons journaleux aux lunettes roses, affirment que Bibi à paraît-il, fait : “un discours bélliqueux” ! Mais , le fait que le hamas fasse maintenant parti du gouvernement à par entière, ne les inquiète pas, pire, ils en parlent même pas étant une décision bélliqueuse de la part des palestiniens, mais comme plutôt une bonne chose, un bon geste de démocratie et de pas vers la paix ! !Non mais ! De qui se moque-t-on, là si ce n’est pas des israéliens ?

    Selon plusieurs spécialistes réputés, dont : Emanuel Navon, Freddy Eytan, Dore Gold, même Robert Rouash (pardonnez-moi si le nom de famille peut être mal écrit), pourtant de gauche, du parti travailliste, l’ancien conseillé de Yossi Beilin, l’a même affirmé sur guysen.tv.com, entre autre, il y a en Israel, un large consensus, en ce qui s’agit de Jérusalem réunifié et indivisible ! Selon eux, Bibi a seulement énoncé les lignes rouges d’Israel à ne pas franchir.

    Et pour ma part, je suis en accord avec cela. Jérusalem, a été l’unique capitale du peuple juif depuis que le monde est monde ; aucun pays arabe en n’a fait sa capitale avant qu’Israel la retrouve en 67 ; et, les musulmans prient le dos à Jérusalem face à la mecque, les juifs prient face à elle, ils chantent ses louanges, demandent la paix pour elle, et l’aime plus que tout, Jérusalem est mentionnée plus de 700 fois dans la Torah, et zéro fois dans le coran, les juifs depuis des siècles ils ne cessent d’espérer l’an prochain à Jérusalem !…
    Puis, on ne peut tout de même pas déplacer des milliers de citoyens juifs parce que les palestiniens n’en veulent pas dans leur futur Etat, alors qu’il y a en Israel déjà 20% d’arabes qui y vivent sans problème ! Le fait que les “palestiniens” veulent faire de leur Etat un pays judenrein ne choque même pas la communauté internationale, même pas un petit hérissement de poil, alors que moi elle me donne la nausée au plus au point !
    Sans oublier, que depuis que Jérusalem est sous souveraineté juive, toutes les religions sont respectées et leurs lieux de cultes respectifs protégés. Or, nous savons ce que la Jordanie a fait des synagogues et des eglises lorsqu’elle a occupé ces territoires, de 49 à 67 !…

    M’enfin. Ce sont, aux israéliens de se prononcer, pas à moi, ni aux donneuses de leçon, telle que la dites communauté internationale !…

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