Obama et le Moyen-Orient: Radio-Canada fabule encore

Décidément, Radio-Canada est sur une lancée. Quelques jours après avoir diffusé une illustration falsifiée du conflit israélo-arabe, Radio-Canada a trouvé le moyen de mettre des mots dans la bouche du président américain Barack Obama.

La correspondante de Radio-Canada à Washington, Joyce Napier, a résumé le discours prononcé par le président Obama, hier matin, à la conférence politique du principal lobby américain pro-Israël (AIPAC) en affirmant ce qui suit:

Mais il y a autre chose qu’il a évoqué et qu’on n’entend pas souvent de la part d’un président américain, il a parlé de cette minorité arabe à l’intérieur même d’Israël, 1,5 million d’Arabes. “Israël pourra-t-elle s’appeler un État juif”, demande-t-il? Et que va-t-il se passer si ces Arabes suivent l’exemple d’autres Arabes dans la région et réclament à leur tour la démocratie?

Donc, selon Radio-Canada, le président américain aurait dit aux délégués pro-israéliens réunis à Washington que l’existence d’une minorité arabe en Israël remet en question la légitimité d’Israël en tant qu’État juif et que tôt ou tard les Arabes israéliens pourraient se soulever contre un prétendu déficit démocratique israélien.

Ce passage du discours de Barack Obama aura curieusement échappé au public, puisque toute la classe politique israélienne a reçu favorablement les propos du président américain. A moins, bien sûr, que Barack Obama n’ait pas tenu les propos rapportés par Radio-Canada.  Ayant parcouru en vain la retranscription du discours présidentiel publiée par la Maison Blanche à la recherche des improbables propos, j’ai découvert le passage suivant qui aura inspiré à Radio-Canada ses plus récentes fabulations sur Israël:

Here are the facts we all must confront.  First, the number of Palestinians living west of the Jordan River is growing rapidly and fundamentally reshaping the demographic realities of both Israel and the Palestinian Territories.  This will make it harder and harder — without a peace deal — to maintain Israel as both a Jewish state and a democratic state.
Source: Maison Blanche

(Traduction libre) Voici les faits que nous devons tous confronter. D’abord, le nombre de Palestiniens vivant à l’ouest de la rivière du Jourdain croît rapidement et remodèle en profondeur les réalités démographiques d’Israël et des territoires palestiniens. Ceci compliquera de plus en plus – en l’absence d’un accord de paix – le maintien d’Israël comme État à la fois juif et démocratique.

Loin de mettre en garde Israël contre un déficit démocratique interne que sa minorité arabe chercherait à combler en se soulevant, Barack Obama affirme qu’en l’absence d’un accord de paix et de frontières reconnues entre Israël et les Palestiniens, les projections démographiques de la population arabe entre la Méditerranée et le Jourdain conduiront à une majorité arabe sur les territoires combinés de la Cisjordanie, d’Israël et de Gaza. Ce point de bascule démographique atteint et en l’absence d’une solution à deux États pour deux peuples, les Arabes pourraient alors revendiquer la création d’un seul État sur les trois territoires, ce qui imposerait à Israël le choix peu enviable de préserver le caractère juif d’Israël au prix de la démocratie (une éventuelle minorité juive gouvernerait une éventuelle majorité arabe) ou de sacrifier le caractère juif d’Israël pour sauvegarder la démocratie (Israël deviendrait un pays dirigé par une éventuelle majorité arabe).

C’est pourquoi Obama appelle dans son discours le gouvernement israélien à  “faire des choix difficiles pour protéger un État juif et démocratique“: le statu quo, soutient le président, représente une menace démographique pour la majorité juive en Israël, et donc, le caractère juif et démocratique d’Israël. Il s’agit, en fait, du même raisonnement qui incita Ariel Sharon à mettre en oeuvre son plan de désengagement en 2005, soit le retrait de la bande de Gaza et de quelques colonies en Cisjordanie, auquel les attaques du Hezbollah depuis le Sud-Liban en 2006, puis du Hamas depuis Gaza, ont mis un frein.

Chose certaine, que ce soit par incompétence ou parti pris, en déformant un discours présidentiel américain de soutien à l’existence d’un État juif et démocratique en remise en question de la légitimité du caractère juif et démocratique d’Israël, c’est la crédibilité de Radio-Canada qui s’effrite encore un peu plus.



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4 replies

  1. Moi je veut savoir comment peut il dire des connerie comme cela et pourquoi on ne pas intenter une poursuite contre radio Canada…

  2. Voici un son de cloche qui doit réveiller les humains.

  3. Certains journalistes à Radio-Canada devrait prendre leur retraite …

    Selon certaines rumeurs qui circule et que l’on entend, on accepte pas toutes les demandes.

    C’est très dommage. Il faudrait du sang neuf à Radio-Canada. Cela ne peut que rehausser la moyenne pour une meilleure qualité de l’information non !

    Jason

  4. Je ne sais pas ce que René Lévesque aurait pu penser de Radio-Canada, si il était toujours vivant, aujourd’hui!!! D’après moi, il se sentirait obligé de la remettre souvent à l’ordre, à titre d’ancien animateur d’une émission d’affaires internationales!!!

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