Égypte: une “révolution” sans bouleversements

Comment ne pas se réjouir du soulèvement égyptien contre le régime dictatorial de Hosni Moubarak? Pendant 18 jours, la “rue arabe” n’a pas rugi contre l’épouvantail sioniste et l’ “impérialisme occidental” qu’agitent depuis plus d’un demi-siècle les autocrates arabes, mais a voulu prendre sa destinée en main en revendiquant le départ du dictateur honni. En cela, ces 18 jours de contestation du régime furent révolutionnaires.

En revanche, comment ne pas se désoler de la proclamation outrancièrement naïve d’ une “Égypte libre” au lendemain du départ de Moubarak? “L’Égypte respire enfin la liberté”, titrait à la une Le Devoir, sans relever que la “révolution” n’avait pas accouché d’un bouleversement radical de l’ordre politique du pays, mais d’un basculement de l’état d’urgence permanent décrété en 1967 (suspendu 18 mois de 1980 à 1981)  à la loi martiale…

L’Égypte est désormais sous la tutelle d’une armée inféodée à Moubarak, comme elle le fut à ses prédécesseurs Sadat et Nasser, les trois hommes forts issus de l’armée qui ont dominé l’Égypte depuis les années 1950. Le gouvernement de transition, lui, est dans les mains du général Souleimane. Selon un sondage réalisé pendant le soulèvement par le Washington Institute for Near East Policy, le général Souleimane et l’ancien ministre des Affaires étrangères de Moubarak seraient de loin les candidats présidentiels préférés des habitants du Caire et d’Alexandrie. Ce ne sont pas là les bouleversements radicaux qu’apportent par définition les révolutions.

Pendant ce temps, le mouvement de la place Tahrir peine à demeurer pertinent. Comme le rapporte Agnès Gruda aujourd’hui dans La Presse, les représentants du mouvement de la place Tahrir ne sont même pas certains d’être consultés par le comité nommé par l’armée pour la rédaction d’une nouvelle constitution. En revanche, l’armée a nommé Sobhi Saleh des Frères Musulmans à ce même comité, tandis que la confrérie islamiste, n’en déplaise à François Brousseau qui célèbre prématurément le “post-islamisme”, annonce qu’elle formera un parti politique.

S’il est vrai que le soulèvement égyptien n’est pas à caractère islamiste, il semblerait que c’est la force d’opposition la mieux organisée du pays qui en récolte, pour l’heure,  le plus de bénéfices alors que les Frères musulmans sont sur le point de passer de mouvement hors-la-loi à force politique légitime.



Categories: Islamisme

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2 replies

  1. Il faut rester prudent sur cette “révolution” en Égypte.

    La politique EST un rapporte de force, ne l’oublions pas.

    Jason

  2. Bon Matin Soleil-Neige Honorable tout le Monde,

    Grands mercis pour cette “Révolution sans Bouleversement”, une toute petite Révolution sans Importance ?

    Sans Importance ?

    Oui et Non ?

    Oui, si on pense que les Frères Muslim proposeraient une présence d’amour et d’amitié, inspirée de Démocratie et de Citoyenneté Libre et Volontaire ;

    Non, si on voit que le Devenir Constitutionnel et Politique Égyptien est, maintenant, Suspendu, Dissout ce, par une Armée assoiffée de … plutôt qu’essoufflée de … l’Islam radical (???) :

    ( http://www.aschkel.info/article-egypte-communique-n-1-de-l-armee-66887165.html )

    Des fois, on se demande dans quelle sorte de Monde que l’Humanité est appelée à vivre-assumer, surtout lorsqu’Elle rencontre des Forces qui lui sont hostiles et opposées, des Forces qui font JASER * !

    Des Forces qui révolutionnent sans Bouleversement ? Voyons donc ! Chalom ! – 15 fév 2011 / 11 adar1 5771 –

    * :

    Forces Radicales

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