Par-delà la gauche et la droite

Alors qu’une Hongrie dirigée par l’extrême-droite assume la présidence de l’UE et que le Bélarus socialiste réprime de plus belle ses dissidents, le commentateur politique anglais Nick Cohen, dont l’ouvrage What’s Left? How Liberals Lost Their Way (2007) explique comment une partie de la gauche libérale du 20e siècle s’est transformée en compagnon de route de l’extrême droite du 21e siècle, écrivait, hier, dans The Observer, que les étiquettes “gauche” et “droite” sont désormais inutiles pour identifier les mouvances qui se profilent aux extrêmes du spectre politique. Les seuls étiquettes qui comptent pour Cohen sont “démocrates” et “autoritaires”.

Qui confrontera la haine en Hongrie?

Nick Cohen, The Observer, 2 janvier 2011

(Extrait)

Ici, il est coutumier pour la presse libérale d’ attaquer l’Union européenne et, par extension, David Cameron pour leur tolérance de l’extrême droite européenne. Je ne me conformerai pas à la coutume car je n’ai pas envie de rejoindre les moralistes sélectifs de l’Angleterre libérale, qui se frappent la poitrine et dénoncent Cameron pour son alliance avec des partis européens douteux, mais gardent le silence lorsque des charlatans de gauche britanniques se complaisent avec l’islamisme d’extrême-droite, dont la haine des homosexuels et des juifs est aussi putride que tout ce que vous pouvez trouver derrière l’ancien rideau de fer.

De manière plus large, je ne suis pas sûr que “l’extrême droite» soit une étiquette qui nous aide à comprendre les forces obscures qui tourbillonnent à la périphérie de l’Europe. Quand mes contacts en Hongrie imaginent un futur dystopique, ils ne spéculent pas sur une dictature de droite, mais sur la Biélorussie  post-communiste d’Alexandre Loukachenko, qui débite toujours la langue du socialisme et s’allie avec le gauchiste nominal Hugo Chávez. Un nom ne dit pas tout. Le Bélarus gauchiste attaque la liberté de la presse aussi vigoureusement que la droite en Hongrie et, en effet, le Venezuela de Chávez. En Hongrie, la droite s’en prend au directeur du Théâtre National. Au Bélarus, la vieille gauche soviétique s’en prend au Théâtre libre de Minsk, dont  j’ai vu les acteurs se produire à Londres en 2010 sans me douter qu’ils seraient en train de fuir la police secrète en 2011.

Le comportement de Wikileaks au Bélarus confirme l’impression qu’il est insensé de tenter de diviser les mouvements autoritaires en catégories arbitraires. Je suppose que la plupart des lecteurs pensent qu’il s’agit d’une entreprise de gauche et que Julian Assange agit comme un défenseur acharné de la liberté d’expression. Pourtant, en Biélorussie et en Russie, Wikileaks est représenté par Israël Shamir, un antisémite et négationniste de l’Holocauste, qui n’est pas le premier à se manifester lorsqu’il convient d’exposer les tyrannies à Moscou et Minsk (…)

L’opposition biélorusse a publié des preuves indirectes selon lesquelles il pourrait avoir remis des renseignements confidentiels aux gorilles de Loukachenko, des accusations auxquelles les stupides admirateurs britanniques d’Assange devraient le forcer à répondre, ce qu’ils ne feront probablement pas. Dans ces conditions vaseuses, parler de gauche et de droite est une distraction. L’Europe a des forces démocratiques et autoritaires. Les autoritaires sont partout pareils, font l’éloge de la nation et de l’ordre, et maudissent la gouvernance démocratique comme une fraude.

Blessés par le krach bancaire, une catastrophe du capitalisme occidental, et l’échec de la zone euro à faire face à la crise, les démocrates sont partout en recul. Tandis que ses certitudes économiques fondent, l’UE doit affirmer les valeurs politiques libérales et affronter les régimes autoritaires où qu’ils se trouvent.

Alors que s’amorce l’année 2011, l’exemple inquiétant de la Hongrie montre déjà que l’UE préfère les évasions faciles aux positions de principe. La nouvelle année s’annonce mal.



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2 replies

  1. Le très nationaliste site vigile.net est un exemple de site où gauche et droite ne sont pas pertinentes. La tendance autoritaire de ce site se manifeste dans les commentaires bloqués sans raison. Par exemple, Richard Le Hir me demandait explicitement, sur ce site, ce que je pensais de la “double allégeance” d’Irwin Cotler.

    J’ai répondu; réponse bloquée car, sans doute, les faits et rapprochements que je présentais penchaient du “majuvais” côté. La tendance autoritaire du site bloque alors de tels commentaires; elle veut la discussion, mais sur ses propres termes. Voici la réponse bloquée:

    “Ah, la double allégeance, quelle plaie!

    Vous avez de la compagnie, M. Le Hir : le péril de la double allégeance juive préoccupait beaucoup Staline, ainsi que le dirigeant polonais Wladyslaw Gomulka. (Ils seraient les premiers à dire, comme vous, que ce ne sont pas tous les Juifs qui “souffrent” de double allégeance.)

    Le péril de la double allégeance a été solutionné là-bas : les purges staliniennes de 1948 à 1953, et la purge polonaise de 1967-1968. La Pologne est devenue judenrein et les Juifs Russes opprimés (ils auraient largement été déportés en Russie et au Kazakhstan si Staline avait vécu 1 an de plus).

    “Malheureusement”, nous vivons au Canada : nous ne pouvons nous “libérer” du problème de la double allégeance à la Russe ou à la Polonaise.

    Il vous faudra donc vivre avec le “péril” de la double allégeance, m. Le Hir.

    Plus sérieusement : le canard de la double allégeance est une fuite en avant, ou une manifestation d’intolérance face à la diversité canadienne. Nous avons tous des double allégeance (qui, envers sa famille et son pays ; envers sa profession et son pays ; envers ses loisirs et son pays ; ou ENCORE envers le Québec et le Canada) ; nous souhaitons tous que certaines lois de notre pays soient changées pour mieux satisfaire NOS intérêts PERSONNELS reliés à notre double allégeance.

    Cela fait-il de chacun de nous des gens à double allégeance (ou à triple et quadruple allégeances dans certains cas) ? Soit. Mais alors, cessez de tomber à bras raccourcis sur Cotler…

    Sa double allégeance ne devrait incommoder que des mentalités staliniennes ou gomulkiennes, à mon avis. Pas la vôtre…”

    • Vous avez l’excuse bien facile pour Me Cotler, et la critique bien leste pour Norman Spector.

      J’ai soulevé le problème de la double allégeance de Cotler dans un tout autre contexte que ne le fait Spector. Il se trouve que son diagnostique et le mien coïncident à partir de deux perspectives différentes, et à peu près simultanément, ce qui n’est pas une mince coïncidence.

      J’ai eu l’occasion de dîner chez Norman Spector à Jérusalem (ou Tel-Aviv ?) lorsqu’il y séjournait à titre d’ambassadeur du Canada. Je n’ai pas du tout retiré de mes échanges avec lui qu’il s’agissait d’un fonctionnaire tatillon, bien au contraire.

      Bien sûr que vous ne trouvez pas l’article de Spector intéressant. Il ne partage pas votre point de vue. Vieux dicton : « Quand on veut tuer un chien, on l’accuse d’avoir la rage ». Comme le disent mes amis Juifs, « What else is new ? ».

      Q

      Richard Le Hir

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