Écoutons la gauche israélienne

Lorsque la droite israélienne exprime ses doutes quant à la volonté des Palestiniens de vouloir négocier de bonne foi un accord final de paix garantissant à la fois la fin du conflit, la reconnaissance de la légitimité de l’État-nation des Juifs et un État palestinien indépendant, la classe médiatique soupçonne, voire accuse (je pense notamment à Agnès Gruda) la droite israélienne de formuler des demandes capricieuses destinées à faire échouer le processus de paix et à en faire porter le blâme aux Palestiniens.

Il y a quelques jours, l’intellectuel israélien de gauche Carlo Strenger, un critique sévère de Netanyahu, écrivait dans Ha’aretz que tant que les Palestiniens revendiqueront un droit de retour effectif pour des millions des leurs en Israël, les Israéliens auront raison de douter de la volonté des Palestiniens de mettre un terme au conflit. Cette “ligne rouge israélienne” qui se traduit notamment dans la diplomatie de Netanyahu par la demande de reconnaissance d’Israël comme État-nation des Juifs par les Palestiniens, n’est ni de droite, ni de gauche. Elle forme un consensus d’un bout à l’autre du spectre politique israélien contre le suicide national d’Israël.

Si la droite israélienne est trop suspecte pour notre classe médiatique, peut-être tendra-t-elle (je pense encore à Agnès Gruda) l’oreille à la gauche israélienne autrement que pour relayer ses critiques du gouvernement israélien?

Les Palestiniens ne doivent pas répéter leur erreur de 1947par Carlo Strenger

Ha’aretz, 15 décembre 2010

(Extrait)

Ils doivent affirmer explicitement que l’établissement de la Palestine le long des frontières de 1967 mettrait fin au conflit. Plus important encore: alors qu’ils souhaiteraient la reconnaissance morale de leurs tragédie en 1948 et une certaine forme de dédommagement pour les réfugiés de 1948, ils devraient accepter quelque chose de semblable au plan de paix de Yuval Rabin, qui stipule que le droit de retour ne sera pas appliqué, sauf dans quelques cas symboliques.

Fort malheureusement, il y a des signes que les Palestiniens pourraient poursuivre sur leur fâcheuse tendance à ne jamais manquer une occasion de manquer une occasion. Dans un récent article publié dans The Guardian, Saeb Erekat a écrit que le droit au retour des Palestiniens est une question centrale et a poursuivi en disant que « la reconnaissance des droits des réfugiés palestiniens et l’acquiescement israéliens pour offrir réparation et un choix significatif dans l’exercice de ces droits ne changeront pas la réalité au Moyen-Orient du jour au lendemain, ni ne conduiont à une crise existentielle pour Israël. ”

Akiva Eldar et moi avons écrit une réplique dans laquelle nous exprimons notre déception face à la formulation d’Erekat. Nous nous serions attendus à davantage de sagesse politique de la part du négociateur en chef palestinien. Sa déclaration fait le jeu de la droite israélienne, qui a prétendu pendant des décennies que les Palestiniens n’accepteront jamais l’existence d’Israël. Il ne peut pas dire de bonne foi que l’idée de la réalisation du droit au retour des Palestiniens “ne conduira pas à une crise existentielle pour Israël”. L’option voulant que des millions de Palestiniens s’établissent en Israël signifierait rien de moins que la fin de la patrie des Juifs.

Il doit être clair que même des libéraux comme Akiva Eldar et moi-même, qui avons prôné un Etat palestinien longtemps avant que l’OLP et Israël ne se parlent, avons des lignes rouges que nous ne franchirons pas. Bien que nous puissions comprendre que les Palestiniens aient besoin que soient reconnues leur souffrance et la responsabilité partielle d’Israël pour celle-ci et que nous comprenions aussi leur désir pour une forme de restitution, le retour effectif de Palestiniens en grand nombre en Israël dans ses frontières de 1967 n’est pas une option dont  nous, comme tous les Israéliens, puissions nous accommoder.

La raison la plus profonde pour laquelle la plupart des Israéliens sont désabusés quant à la signature d’un accord de paix avec les Palestiniens est qu’ils ne croient pas qu’un tel accord garantira la sécurité à long terme d’Israël et sa survie. Ils craignent que la solution à deux Etats soit vraiment une solution à deux étapes; qu’une fois un État palestinien établi dans les frontières de 1967, les Palestiniens continuent de réclamer le droit au retour dans l’Etat d’Israël. En conséquence, Israël ne recevrait pas la légitimité définitive du monde arabe tout en perdant son atout dans les négociations, les colonies; et la patrie juive continuerait d’être menacée.

En revendiquant  l’application effective du droit au retour des Palestiniens, comme Erekat semble le laisser entendre, les Palestiniens se condamnent eux-mêmes, Israël et l’ensemble de la région à des décennies de violence, de traumatismes et de souffrances énormes. Leur théorie voulant que les Juifs en Israël finissent par renoncer à l’idée d’une patrie juive est erronée. Sur toile de fond de l’histoire du XXe siècle, Israël se battra amèrement et jusqu’au bout pour son existence.



Categories: Diplomatie

Tags: ,

1 reply

  1. Le passage clé:

    “Ils craignent que la solution à deux Etats soit vraiment une solution à deux étapes; qu’une fois un État palestinien établi dans les frontières de 1967, les Palestiniens continuent de réclamer le droit au retour dans l’Etat d’Israël. En conséquence, Israël ne recevrait pas la légitimité définitive du monde arabe tout en perdant son atout dans les négociations, les colonies; et la patrie juive continuerait d’être menacée.”

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: