Tant qu’à débattre du blâme d’Yves Michaud

Les partisans de la “réhabilitation” d’Yves Michaud ne cessent de répéter que l’Assemblée nationale a injustement blâmé Yves Michaud  pour des propos antisémites qu’il n’a pas tenus. Michel David écrit encore ce matin dans Le Devoir qu’ “il est maintenant clair que M. Michaud n’a pas tenu devant la Commission des états généraux sur la langue les propos antisémites qu’on lui a reprochés”.

Or, cet argument est un homme de paille, une diversion. La motion de l’Assemblée nationale ne reproche pas à Yves Michaud d’avoir tenu des propos antisémites.

Pour mémoire, la motion adoptée le 14 décembre 2000 “dénonce sans nuances, de façon claire et unanime, les propos inacceptables à l’égard des communautés ethniques et, en particulier, à l’égard de la communauté juive, tenus par Yves Michaud lors de la Commission des États généraux de la langue française à Montréal”.

Le blâme ne ciblait pas les propos tenus huit jours plus tôt par M. Michaud accusant les Juifs d’être insensibles aux souffrances d’autres peuples, mais ses propos devant la Commission des états généraux sur la langue:

Moi, j’habite à la lisière du Montréal français et du Montréal anglais, à Côte St-Luc, où, vous avez ça dans l’annexe en document, douze (12) circonscriptions [bureaux de vote], deux mille deux cent soixante-quinze (2 275) votants, aucun oui dans les douze (12) circonscriptions. Aucun oui, deux mille deux cent soixante-quinze (2 275) non. Il y a même pas un étudiant égaré qui a voté oui. Il y a même pas un aveugle qui s’est trompé, ou un mal-voyant. C’est l’intolérance zéro.

Il y a trois (3) explications à cela ou bien d’un vote comme celui-là, alors que les Québécois, eux, votent, exercent leur liberté démocratique, soixante – quarante (60-40) en faveur du oui, cinquante-cinq – quarante-cinq (55-45), là, c’est cent pour cent (100%) contre la souveraineté du peuple québécois. Je le répète, Côte St-Luc, vérifiez dans le rapport du directeur général des élections. Et c’est pas les seuls cas, hein. Je n’ai pas fait toute l’étude.[…]

Pourquoi ? Il y a trois (3) hypothèses quand ça arrive. Un, il y a un phénomène de rejet chez eux. Deux, il y a un phénomène de rejet et peut-être d’hostilité, peut-être de haine. Trois, ils ne nous ont pas compris.

Comme l’a souligné fort salutairement Jean-François Lisée dans son blog, hier, ces propos “constituent un déni du droit démocratique de chaque citoyen de voter tel qu’il l’entend, selon son opinion et son intérêt”. Ce qu’a dit Michaud, poursuit Lisée est “que les citoyens québécois habitant dans ces douze bureaux de scrutin, parce qu’ils se sont exprimés à 100% contre la souveraineté lors du référendum de 1995, sont coupables soit de “rejet”, soit de “rejet et hostilité”, soit d’incompréhension du message des souverainistes”.

L’Assemblée nationale avait-elle le droit de blâmer Yves Michaud? Lui avoir permis de se défendre devant l’Assemblée aurait-il légitimé ce blâme davantage ou aurait-il transformé l’Assemblée nationale en tribunal populaire? Ces questions sont fort légitimes. Et si débat il doit y avoir, qu’il se fasse sur la portée véritable du blâme et des propos reprochés à M. Michaud.



Categories: Varia

Tags: ,

6 replies

  1. @ Monsieur Ouellette.

    Bien sûr que c’est une analyse!!!

    Amusez-vous donc à vérifier les résultats du référendum de 1995 dans les comtés qui sont majoritairement anglophones et/ou allophones!!! C’est assez renversant de constater une quasi-unanimité pour le NON (et pour les libéraux, lors des élections), dans ces comtés-là!!! Même le OUI n’a pas scoré aussi fort au Saguenay-Lac-Saint-Jean qui est, pourtant, considéré comme étant un bastion souverainiste!!!

    http://www.quebecpolitique.com/elections-et-referendums/referendums-quebecois/referendum-de-1995/

    Monsieur Michaud aurait même pu utiliser les mots «vote sectaire», tant qu’à moi!!! C’était même une vérité de la palice, et ce, dès le départ, que le OUI allait perdre dans ces comtés-là et, si on avait un troisième référendum, dans un avenir rapproché, je prédirais que le OUI se ferait laminer d’aplomb dans ces mêmes comtés!!!

    Pour ce qui est de la haine et de l’hostilité, le gouvernement fédéral les a attisé, en payant le voyage de ces Canadiens anglais qui sont venus voter illégalement NON!!! Ils se sont faits inscrire à la va-vite sur les listes électorales, entre l’élection de 1994 et le référendum de 1995, et ils sont, ensuite, disparus dans le décor!!!

    • Je ne réfute pas les résultats du référendum de 1995 dans des comtés comme Côte-Saint-Luc, mais les conclusions intempestives qu’en a tiré M. Michaud. Il a conclu à la “haine” et à “hostilité” alors qu’il y a des raisons bien plus pragmatiques comme l’attachement des anglophones québécois à leur statut majoritaire au Canada. Ce que je réfute, c’est la stigmatisation du vote anglophone. M. Michaud aurait très bien pu faire valoir que dans les comtés anglophones on a voté “non” à 99,9 % sans imputer à ce vote une haine ou de l’hostilité.

  2. Donc, vous trouvez que c’est une “analyse” stigmatiser le vote de minorités ethniques en le qualifiant de vote motivé par la haine et l’hostilité?

    Quant à moi, je suis plutôt d’accord avec Lisée pour dire que les propos de Michaud “constituent un déni du droit démocratique de chaque citoyen de voter tel qu’il l’entend, selon son opinion et son intérêt”.

    Le reconnaître ne diminue pas la légitimité de l’option souverainiste, au contraire.

  3. Honnêtement, j’ai vu pire que les p’tits propos de Yves Michaud sur son analyse de la défaite référendaire de 1995!!!

    Les libéraux ont piégé les péquistes en se servant des propos de Michaud chez le coiffeur pour le blâmer, non pas pour les propos qu’il a dit chez le coiffeur, mais bien pour son analyse de la défaite référendaire de 1995!!! Les idiots de péquistes, tremblant de peur devant quelque accusation de racisme que ce soit, depuis le fameux discours de Jacques Parizeau, en 1995, ont embarqué là-dedans à pieds joints et ils ont réussi à discréditer le mouvement souverainiste (celui-ci commence, à peine, à s’en remettre) et à permettre aux libéraux de (oui, oui!!!) transformer l’Assemblée nationale en un tribunal populaire qui est au service des monarcho-fédérastes!!!

    Après ça, Charogne dit, à qui veut l’entendre, qu’on ne doit pas transformer l’Assemblée nationale en un tribunal populaire!!! Calvaire, mais qu’est-ce qu’il nous a chié comme motion, le 14 décembre 2000, si ce n’était pas digne de la Grande Inquisition monarcho-fédéraste, hein???

    De plus en plus, on voit quel était le véritable but des libéraux, avec cette motion-là!!! Joseph Facal a bien fait, récemment, de s’excuser auprès de Yves Michaud, pour avoir appuyé cette motion-là, en 2000!!! Il ne reste plus que 124 des 125 personnes qui ont participé à ce vote fasciste à faire de même!!!

  4. M. Michaud: vos mots “rejet”, “hostilité”, “haine”, “intolérance” sont offensants. Si entre vous et une tierce personne, mon clan préfère une tierce personne, vous auriez tort d’ y voir du rejet, de l’hostilité, de la haine ou de l’intolérance de notre part….

    Voyez cette phrase célèbre que j’aurais tant aimé lire, aussi, dans le Coran:

    « Je vous offre le choix entre la vie et la mort, entre la bénédiction et la malédiction. Choisissez donc la vie « (Deutéronome 30, 19)

    Même face à ce choix, avouons-le, plus dramatique qu’entre fédéralisme et séparatisme, vous auriez tort d’y voir du “rejet”, de la “haine”, de l’”hostilité” ou de l”intolérance” envers la mort.

  5. M. Michaud aurait du rephraser ses “3 hypothèses ” autrement:

    Non pas:

    ” Un, il y a un phénomène de rejet chez eux. Deux, il y a un phénomène de rejet et peut-être d’hostilité, peut-être de haine. Trois, ils ne nous ont pas compris.”

    Mais:

    “Un, il y a un phénomène d’acceptation (du message fédéraliste) chez eux. Deux, il y a un phénomène d’acceptation et peut-être d’enthousiasme, peut-être d’amour. Trois, ils ont très bien compris le message fédéraliste.”

    Là est le problème de M. Michaud: voir du “rejet”, de l'”hostilité”, de la “haine”, et de l’ “incompréhension” envers son message national-séparatiste, alors qu’il aurait dû faire preuve de grandeur d’âme et y voir de l’acceptation, de l’enthousiasme, de l’amour et de la compréhension envers le message fédéralo-pancanadien.

    M. Michaud aurait dû se réjouir qu’un message politique soit si noble qu’il a rejoint 100 % des électeurs dans certains districts, au lieu de s’en scandaliser.

    Qu’a-t-il fait? Il y a vu de “l’intolérance zéro!” Ce dernier message de M. Michaud fait dresser les cheveux. En effet, l’option séparatiste est aussi peu populaire, dans certains milieux anglophones, que l’option communiste chez les pure-laines.

    M. Michaud se serait-il scandalisé si, dans un district de 2275 pure-laines, aucun n’avait voté communiste? NON.

    Sa condamnation à sens unique envers une communauté qui a tant contribué au Québec (le premier syndicat, par exemple) est donc à géométrie fort variable.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: