Quid de l’ “apartheid” libanais?

Radio-Canada a envoyé trois journalistes réaliser un “web-documentaire” à Chatila, le tristement célèbre camp de réfugiés palestiniens au Liban, scène d’un massacre perpétré par des phalangistes chrétiens en 1982, alliés d’Israël pendant la guerre dite civile du Liban opposant chrétiens, chiites, sunnites, druzes, la Syrie, Israël et les feddayin de Yasser Arafat qui constituaient un État dans l’État libanais, à la manière du Hezbollah aujourd’hui.

Je ne recommande pas le reportage pour sa profondeur historique. Comme on peut s’y attendre de Radio-Canada, le récit de la fondation d’Israel est truffé d’erreurs factuelles, la responsabilité des dirigeants arabes pour le sort des réfugiés balayée, le contexte du massacre de Chatila esquivé (un acte de représailles, aussi injustifiable soit-il, pour les massacres de Libanais chrétiens aux mains des feddayin d’Arafat), et la responsabilité de l’Onu pour la pérennisation du statut de réfugiés des Palestiniens éludée (l’UNRWA est la seule agence onusienne pour réfugiés dont le mandat n’est pas de rétablir les réfugiés, mais de les maintenir dans cet état).

Toutefois, le reportage a au moins le mérite de démontrer que s’il existe une forme de ségrégation institutionnalisée des Palestiniens au Moyen-Orient, ce n’est pas en Israël qu’il faut la chercher, mais dans le “pays frère” du Liban. Comme le rapporte le journaliste Ahmed Kouaou:

Ils sont privés des droits civiques et ne sont pas autorisés à exercer plusieurs professions, dont celles liées aux domaines médical et juridique. Même ceux qui sont hautement scolarisés se résignent à faire des petits boulots ou à s’exiler, quand ils en ont la chance et les moyens.

Les citoyens arabes d’Israël jouissent des mêmes droits civiques que leurs concitoyens juifs, exercent librement toutes les professions de leur choix, sont élus au parlement, sont nommés ministres, juges à la Cour suprême et ambassadeurs d’Israël.

Autrement dit, les Arabes qui n’ont pas fui la première guerre israélo-arabe et sont restés vivre avec les Juifs sont aujourd’hui citoyens à part entière d’une démocratie libérale. Leurs cousins qui ont cherché refuge au Liban sont des apatrides entassés sans droits dans des camps.



Categories: BDS, Médias

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3 replies

  1. @David: merci de ce contexte. Auriez-vous le temps de vérifier combien de topos Radio-Canada a consacré à Jénine sur son site web, au téléjournal et au radiojournal? La comparaison Nahr El-Bared/Jénine pourrait être très éclairante sur la “stricte objectivité” dont les relations publiques à Radio-Canada nous assure. Après tout, comme il y a à au Québec des communautés francophones libanises et juives de dimensions sensiblement égales, et comme les 2 pays sont voisins, on s’attend à ce qu’un même type d’évènement, au Liban et en Israel, soit couvert qualitativement et quantitativement de manière sensiblement pareille.

  2. Il est illégal pour un Palestinien du Liban de pratiquer la médecine, le droit, l’art dentaire, le génie et la comptabilité. Ces Palestiniens dépourvus de droits civiques sont pourtants NÉS au Liban (s’ils on moins de 64 ans), et ont , en plus, des parents qui sont nés au Liban (s’ils ont moins de 40 ans),

    En passant, la mortalité infantile est plus ELEVÉE au Liban, en Turquie et en Iran qu’à Gaza.

    Comparons maintenant le camp de réfugiés palestiniens Nahr El Bared (27 000 habitants), au Liban et le camp de réfugié palestiniens de Jénine (33 000 habitants), en Judée-Samarie. Dans l’opération israélienne de Jénine, en 2002, seulement 10 % du camp de réfugiés a été détruit afin d’en éliminer les terroristes. Cette « délicatesse » israélienne a coûté la vie à 23 soldats israéliens.

    Dans l’opération de l’armée libanaise de Nahr El Bared, en 2007, aussi pour en éliminer les terroristes, l’armée libanaise s’est montrée plus prudente dans la protection de ses soldats. Le camp de réfugié Nahr El Bared a été essentiellement rasé par l’armée libanaise en 2007 (voir les photos sur les liens donnés par le site web ci-bas). Il est à plus de 80 % inhabitable. (Pas 80 % habitable: 80 % INHABITABLE.) Les 27 000 déplacés de 2007 sont toujours, en 2010, sans logis : le Liban n’a pas encore reconstruit Nahr El Bared !

    Imaginez 3 secondes que l’armée israélienne ait fait la même chose à Jénine. C’aurait été le scandale! Comment le sait-on? Il y a eu scandale et sanglots longs humanitaires lorsqu’Israel a détruit 10 % du camp de réfugié de Jénine. DIX % ; pas CENT % ! Lors de la destruction libanaise de Nahr El Bared: silence international…

    Rappelons aussi qu’après l’opération israéllienne plomb durci de 2008-2009 contre Gaza, Gaza était 99 % habitable, sinon plus. Réaction internationale: condamnations et rapport Goldstone!

    http://en.wikipedia.org/wiki/Nahr_al-Bared

    http://jssnews.com/2010/06/27/les-palestiniens-luttent-contre-lapartheid-du-gouvernement-libanais/

    http://www.jpost.com/Opinion/Op-EdContributors/Article.aspx?id=183252

    • Merci de nous rappeler la brutalité singulière de l’armée libanaise contre le camp de Nahr El-Bared. Une recherche dans Eureka (archives payantes de centaines de médias) démontre que Radio-Canada a consacré en tout et pour tout huit topos sur Nahr el Bared au téléjournal, au radiojournal et sur son site web. Un désintérêt emblématique de l’indignation à géométrie variable de la société d’État qui ne semble s’émouvoir du sort des Palestiniens que si les Israéliens peuvent être mis en cause.

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