La dernière doctrine soviétique honorable – Partie 3

3. Des syndicalistes québécois déclarent la guerre au sionisme

Au Québec, comme ailleurs en Occident, il n’existait guère de mouvement antisioniste avant l’offensive propagandiste soviétique lancée après la Guerre des six jours (1967). Et comme ailleurs en Occident, ce seront des dirigeants syndicaux qui serviront de relai à la propagande soviétique non seulement antisioniste, mais « pacifiste » aussi.

C’est au début des années 70, c’est-à-dire au moment précis où l’Union Soviétique commence à exporter sa doctrine antisioniste,  que des syndicalistes formeront le fer de lance de l’agitation anti-israélienne au Québec.

Michel Chartrand, président du Conseil central de Montréal de la CSN fera cause commune avec Yvon Charbonneau de la CEQ et d’autres figures de l’extrême-gauche pour former le Comité de solidarité Québec-Palestine. Le Comité répliquait à la lettre le discours antisioniste soviétique, notamment la nazification de l’État juif. Selon le journaliste  Jean-Jacques Samson,

les premiers liens [entre des syndicats québécois et l’OLP] ont été tissés en 1969 par Michel Chartrand, alors l’âme dirigeante du radical conseil central de Montréal de la CSN. Chartrand a d’ailleurs rencontré longuement Arafat en 1972, avec qui il a alors noué des relations très fraternelles, et des membres du Conseil de la révolution palestinienne. Chartrand, Louise Harel,  l’ex-député péquiste Guy Bisaillon, l’ex-président de la CEQ devenu député libéral fédéral, Yvon Charbonneau, furent par la suite parmi les animateurs les plus engagés du Comité de solidarité Québec-Palestine. […] Chartrand développait alors dans les instances de la CSN un discours très antisémite dans lequel il accusait Israël d’utiliser les mêmes méthodes avec les Palestiniens qu’Hitler avait employées contre les Juifs (Québec-Palestine: un raccourci, Journal de Québec, 9 novembre 2004).

En 1976, de retour d’une conférence contre le racisme et le sionisme en Libye tenue sous les auspices du barreau libyen et du dictateur Mouammar Kaddafi, Yvon Charbonneau, accompagné de Michel  Chatrand et de Rezeq Faraj (cofondateur 24 ans plus tard du groupe antisioniste PAJU), “déclare la guerre au racisme et au sionisme“.  Charbonneau, affirmera même, à l’instar des sionologues soviétiques, que les “sionistes” contrôlent non seulement les médias québécois,  mais aussi les manuels scolaires: “Il faudra surmonter l’information officielle, que ce soit dans les organes d’information ou les manuels scolaires, pour combattre l’intense propagande pro-sioniste qui existe au Québec”. (Le chef de la CEQ déclare la guerre au racisme et au sionisme, Journal de Montréal,  13 août 1976).

De fait, en 1983 c’est la CEQ et la CSN qui tenteront de “contrôler” l’enseignement au Québec, en disséminant dans les écoles des milliers d’affiches et tracts anti-israéliens que trois députés fédéraux et le président de la Commission des Écoles catholiques de Montréal (CECM), M. Luc Larrivée, qualifieront de propagande haineuse en conférence de presse (Le Soleil, 31 mai 1983). M. Larrivée réclamera même une enquête sur les agissements de la CEQ et appela le gouvernement à “prendre toutes les mesures nécessaires pour éliminer toutes formes de racisme dans les institutions québécoises”. (Communiqué de presse, 1983).

Pour des victimes ou des commandos terroristes?

La propagande distribuée dans les écoles par les syndicats assimilait Israël à l’Allemagne nazie et pressait ses membres, professeurs de cégeps et d’écoles secondaires, d’ accrocher des affiches pro-palestiniennes dans les classes et de parler des “horreurs” infligées aux Palestiniens. En outre, la propagande demandait aussi aux syndiqués de faire pression sur le gouvernement canadien pour qu’il reconnaisse l’OLP, qui à l’époque, n’avait pas encore renoncé officiellement au terrorisme. (Union boss won’t reveal cost of anti-Israel drive, The Gazette, 20 mai 1983) . .

De plus, l’un des feuillets appelait les enseignants à faire des dons au Croissant rouge palestinien pour les victimes palestiniennes et libanaises du “génocide”  israélien. Curieusement,  le matériel de la CEQ et de la CSN représentait ces “victimes” sous les traits de Fedayin (commandos terroristes) de l’OLP. D’ailleurs,  le Centre d’information et de recherche sur le Liban (CIRL), une ONG montréalaise financée par Beyrouth, émettra un communiqué de presse déclarant que “jamais à notre connaissance les fonds ramassés par cette organisation n’ont été utilisés pour venir en aide à des Libanais, leur destination est tout autre”. Le Journal de Montréal ajoutera que “tout en disant n’avoir aucune objection à ce que les Palestiniens collectent des fonds pour financer leurs luttes, le CIRL tient à protester cependant contre “l’utilisation éhontée du martyre des Libanais”. (Le CIRL s’interroge sur la destination des fonds, Journal de Montréal, 2 juin 1983).

Toutes ces révélations provoquèrent une vague d’indignation au Québec, qui fut bien capturée dans un éditorial de La Presse: “une société qui paie pour le maintien de ses écoles a droit d’exiger que celles-ci ne servent pas à transmettre des messages qui vont à l’encontre de ses propres schèmes de pensée ou de ses valeurs. Or on ne sache pas que la population québécoise soit majoritairement sympathique à tout ce qui s’inspire de la gauche révolutionnaire ou marxiste “. L’éditorial poursuivit: “On doit pouvoir critiquer Israël aussi facilement qu’on critique tout autre pays. Mais l’aberration consiste à faire l’équation entre racisme et sionisme. A ce moment-là, qu’on le veuille ou non, on expose tout un peuple, tout un pays à la haine”. Et de conclure sur une question encore pertinente aujourd’hui en vue de l’agitation anti-israélienne continue de grandes centrales syndicales: ” Au fait, les 70 000 membres de la CEQ se sentent-ils concernés par ces initiatives? (…) Tout cela et la propagande qui l’accompagne sont-ils financés à même leurs cotisations ? Les approuvent-ils? Sinon, pourquoi ne protestent-ils pas?” (Yvon Charbonneau et ses sympathies, La Presse, 1er juin 1983).

Quoi qu’il en soit, loin de calmer les ardeurs d’Yvon Charbonneau, la réprobation générale de sa campagne de propagande semblait l’avoir enhardi. En réplique à leurs détracteurs, Charbonneau et un membre de l’exécutif de la CSN, Donatien Corriveau, soutinrent dans Le Devoir que “c’est le sionisme qui alimente l’antisémitisme” et que la politique israélienne “repose sur le terrorisme d’État, l’expansionnisme, le racisme et la confusion consciente et systématique du judaïsme, du sionisme et des intérêts du régime au pouvoir en Israël” (C’est le sionisme qui alimente l’antisémitisme, 15 septembre 1983, Le Devoir).

A Moscou, les sionologues devaient sourire de satisfaction.

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Première partie: L’antisionisme ou la doctrine d’État antisémite de l’Union Soviétique

Deuxième partie: Les centrales syndicales québécoises et l’Union Soviétique

Troisième partieDes syndicalistes québécois déclarent la guerre au sionisme

Prochaine partie: Les syndicats québécois créent un organisme de combat du sionisme





Categories: Antisionisme, Syndicats

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5 replies

  1. Très instructif ! Et ça explique tant de choses !

    Je n’aurais jamais pensé que l’influence soviétique avait été aussi forte dans la gauche québécoise jusque dans les années 1980 !

    Il est tout de même assez stupéfiant que les syndicats québécois, sous prétexte de soutenir un agenda « progressiste » et « pacifiste », aient atteint un tel niveau d’aveuglement !

    Chartrand et Charbonneau en Libye pour assister à une conférence « contre le racisme et le sionisme ». C’est burlesque et terrifiant tout à la fois !

    J’ajouterais qu’il y a encore, en Occident, beaucoup de nostalgiques de l’Union soviétique et des anciens partis communistes. Le mouvement altermondialiste semble parfois se nourrir de cette nostalgie…

  2. Ce chef de la CEQ serait fier de la prêche de l’imam de la grande mosquée de La Mecque, à l’occasion de l’Aid-el-Adha 2010, prêche faite devant 300 000 “croyants”. Rappelons que l’Aid-el-Adha est la fête la plus importante du calendrier islamique: une fête où l’on demande (en principe) pardon à Dieu et aux hommes pour ses fautes. Voici le type de « demande de pardon » que l’imam de cette grande mosquée avait en tête dans sa prêche d’Aid-el-Adha il y a quelques jours à peine :

    “L’imam a mis en garde contre les manipulations médiatiques (sic) mises en œuvre par les sionistes du monde entier. Il a cité la stratégie des médias mondiaux, qui est sous l’influence des lobbies sionistes, de minimiser ou d’ignorer la souffrance des Palestiniens, qui pourtant s’aggrave de jour en jour, à cause des forces d’occupation, qui les privent de nourriture et de médicaments (sic), qui rasent leurs maisons et qui judaïsent les lieux caractéristiques de l’islam (NDLR: comme la tombe des patriarches Abraham-Isaac-Jacob, la tombe de Rachel, et la tombe de Joseph; on sait tous, bien sûr, qu’Abraham, Isaac, Jacob, Rachel et Joseph sont des musulmans!) et la mosquée Al-Aqsa.”

    Dans sa prêche d’Aid-el-Adha 2005, ce même Imam, dans la même grande mosquée de La Mecque, mettait de nouveau en évidence les valeurs de cette religion« de la paix » :

    “Le pire … des ennemis de l’Islam sont ceux… ceux qui… ce sont les singes et les porcs, les Juifs et les sionistes agressifs et qui oppriment ainsi que ceux qui sont avec eux: les appelants de la trinité et les adorateurs de la croix… Ceux qui sont influencés par la pourriture de leurs idées, et le poison de leurs cultures, les partisans de la laïcité … Comment peut-on parler doucement lorsque les Hindous et les adorateurs d’idoles s’adonnent à leur haine écrasante contre nos frères … au Cachemire musulman …”

    Imaginez 2 secondes que le pape tienne des propos semblables à Pâques, ou que le grand rabbin de France ou d’Israel tiennent de tels propos à Yom Kippour. Imaginez alors les milliers d’articles de journaux les dénoncant et les démonisant avec raison ; imaginez la réaction vitriolique des journalistes québécois.

    Maintenant, regardez la réaction de ces mêmes journalistes face à la prêche de l’imam : vide et dhimmitude totale. Car tout commentaire serait vu comme de l’islamophobie par les nombreux idiots utiles qui contaminent notre société par leur relativisme insipide.

    http://jssnews.com/2010/11/17/preche-antisemite-dans-la-plus-grande-mosquee-de-la-mecque/

  3. Ces égarements syndicaux paléomarxistes sont malheureusement bien vivants sur le blogue de Richard Hétu, mieux connu sous le nom de Hétutistan. En Hétutistan, chaque fois qu’un billet touche Israel ou les Palestiniens, .ces égarements et divagations forment la vulgate dominante d’une confrérie caractérielle de commentateurs protégés, Vulgate dominante parce que Hétu bloque l’accès de son blogue à ceux qui pourraient équilibrer les sons de cloche en reconnectant sa confrérie avec le sens des mots et les faits sur le terrain.

    Il est assez scandaleux que le journal La Presse tolère un tel comportement totalitaire de la part d’un employé.

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  1. La dernière doctrine soviétique honorable – Partie 1 « Le blog de David Ouellette
  2. La dernière doctrine soviétique honorable – Partie 2 « Le blog de David Ouellette

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