La dernière doctrine soviétique honorable – Partie 2

2. Les centrales syndicales québécoises et l’Union Soviétique

Avant de voir comment les syndicats servirent de relais à la propagande antisioniste soviétique, un survol des liens entre les grandes centrales syndicales et l’Union Soviétique s’impose.

Dès 1949, l’Union Soviétique mettra sur pied le Conseil mondial de la paix qui noyautera le mouvement pacifiste en Occident et montera des campagnes contre l’armement américain et l’OTAN tout au long de la Guerre Froide.

Plusieurs syndicalistes québécois étaient membres du Conseil mondial de la paix, lequel avait même une officine au Québec : le Comité québécois pour la paix (CQP) fondé par la Centrale de l’enseignement du Québec (CEQ) qui deviendra la CSQ en 2000. L’exécutif de la CEQ et des cadres de la CSN siégeaient au CQP dont les bureaux étaient situés au siège social de la CEQ au 8225, boulevard Saint-Laurent, avec ceux du bureau d’information de l’Organisation de libération de la Palestine de Yasser Arafat dirigé par Edmond Omran.

La revue du Comité québécois pour la paix

Le CQP publiait une revue de propagande pro-soviétique intitulée Québec-Monde et collaborait avec le Conseil mondial pour la paix pour monter des campagnes d’agitation contre l’armement des puissances occidentales, tout en fermant les yeux sur le militarisme soviétique, voire le légitimant. Le 22 mai 1982, par exemple, le CQP organisa à Montréal une conférence avec le Comité soviétique de défense de la paix.

La collaboration du CQP avec l’Union Soviétique soulevait le courroux des véritables pacifistes québécois. Dans une lettre au Devoir datée du 24 avril 1982, le coprésident de la Coalition québécoise pour le désarmement Roger Julien écrivait que « ceux qui ont adhéré au Conseil mondial de la paix et au Conseil québécois pour la paix sont des gens qui croient que la politique étrangère de l’Union soviétique est axée sur la paix et le désarmement et que ce pays est le principal espoir de l’humanité pour la paix. Le CMP et le CQP sont des organismes alignés sur la paix armée de Moscou. ».

Par l’entremise du CQP, des dirigeants de la CEQ visitaient fréquemment l’Union Soviétique et invitaient des propagandistes soviétiques à Montréal. C’est ainsi que, par exemple, le directeur de la CEQ, M. Gilles Lavoie, participa en 1981 à une conférence de solidarité avec la Syrie, un État client de l’Union soviétique, “contre les conspirations de l’impérialisme et de ses alliés”. La même année, Gibert Plante, directeur de la CEQ, participa à une conférence de solidarité à Moscou organisée par le Comité soviétique de défense de la paix.

En 1983, dans un dossier de presse déposé par les députés fédéraux Céline Hervieux-Payette, David Berger et Pierre Deniger, on apprenait que Jean Denis, conseiller juridique de la CEQ, avait coprésidé à Montréal une conférence où étaient intervenus “quatre soviétiques de haut rang, spécialistes de la désinformation en Occident”. Le journaliste Jean-Guy Dubuc commentera à ce sujet que le  président de la CEQ Yves Charbonneau était considéré “comme une personne sûre par le Soviet suprême lui-même” (Gare à la propagande, nous dit-on de Moscou, La Presse, 20 mai, 1983).

La CEQ pouvait même compter sur le soutien du gouvernement  dans ses activités d’endoctrinement. En 1982, par exemple, la CEQ annonçait dans son bulletin d’information que le ministère des Affaires intergouvernementales l’avait invitée  à soumettre une demande de subvention  pour envoyer une centaine d’étudiants québécois au Festival de Cuba afin de “faire prendre conscience aux jeunes des bienfaits du communisme et de les impliquer dans la lutte anti-impérialiste (Festival communiste, Le Soleil, 25 août 1982).

Comme on l’a vu avec la Syrie, la proximité de la CEQ avec l’Union Soviétique l’incitait à participer à des campagnes de propagande orchestrées par ses États clients. En 1978, la CEQ crée donc le Mouvement québécois pour combattre le racisme (MQCR) qui s’affilie aussitôt à l’organisation libyenne EAFORD créée en 1976 à Tripoli en présence des présidents de la CEQ et du Conseil central du Montréal métropolitain (CSN) et de Rezeq Faraj, futur président du PAJU, avec le soutien de Mouammar Kadhafi pour promouvoir la résolution 3379 soumise par l’Union soviétique à l’Assemblée générale de l’ONU en 1975 et assimilant le sionisme à une forme de racisme (Charbonneau: les enseignants doivent éduquer les étudiants sur le racisme et le sionisme, La Presse, 13 août 1976).

A quelques années de l’effondrement du communisme, la CEQ continuait de cultiver ses rapports avec l’Union soviétique. En 1985, par exemple, la CEQ participait à une délégation syndicale en Union soviétique. De retour, son vice-président Égide Maltais ne tarissait pas d’éloge pour l’État oppressif et annonçait même une nouvelle délégation de la CEQ pour étudier… le système d’éducation soviétique (Un dirigeant de la CEQ fait l’éloge de l’URSS, La Presse, 7 juin 1985).

Les autres syndicats du Québec n’étaient pas en reste. En 1985, alors que les sociétés démocratiques suivaient avec émotion le combat courageux du syndicat polonais de Lech Walesa contre l’impitoyable régime communiste du Général Jaruzelski, la Confédération des syndicats nationaux (CSN) et la Fédération nationale des enseignants et enseignantes du Québec (FNEEQ) se scandalisaient de ce que les médias québécois accordaient davantage d’espace à la répression du mouvement pro-démocratie polonais Solidarnosc qu’à la guerre civile au Salvador (Selon une étude la CSN, les médias québécois accordent moins d’importance aux violations des alliés, Le Devoir, 20 juin 1985) .

En 1986, la CSN entreprit même de préconiser une politique de non-alignement pour le Canada (La Presse, 13 mars 1986), c’est-à-dire l’abandon du camp des démocraties occidentales et l’adoption d’une politique de prétendue “neutralité” que le Canada aurait partagée avec les régimes communistes cubains et yougoslaves, le “tiers-monde” et certaines pétromonarchies de la péninsule arabe.Le vice-président de la CSN ira même jusqu’à louer les idéaux partagés entre son mouvement syndical et l’Union soviétique dans un vibrant plaidoyer pour le retrait du Canada de l’OTAN (La Presse, 16 juin 1986).

Contrairement à de nombreux syndicats occidentaux, la CEQ et la CSN n’ont jamais fait d’autocritique de leur alignement avec Moscou pendant la Guerre Froide.

Lire les billets précédents dans la série “La dernière doctrine soviétique honorable”:

Première partie: L’antisionisme ou la doctrine d’État antisémite de l’Union Soviétique

Deuxième partie: Les centrales syndicales québécoises et l’Union Soviétique

Troisième partieDes syndicalistes québécois déclarent la guerre au sionisme

Prochaine partie: Les syndicats québécois créent un organisme de combat du sionisme




Categories: Antisionisme, Syndicats

3 replies

  1. Honnêtement, la démonstration qu’il y avait un lien entre les communistes et le syndicat est clair et pas surprenante du tout. Mais la démonstration que l’anti-sionisme soit présent dans les syndicats québécois ne l’est pas vraiment. On peut le penser, mais peu de vos propos le prouves selon moi.

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