Godard, l’antisionisme et le sens des mots

C’est sur fond de polémique que  Jean-Luc Godard, cinéaste de la Nouvelle Vague, a reçu hier soir un Oscar pour l’ensemble de son oeuvre. Des journaux américains et des organisations juives s’étaient opposés à l’attribution de ce prix, prétextant que Godard est un antisémite. Il est vrai que le grand cinéaste d’obédience maoïste a déjà assimilé Israël au nazisme dans la plus pure tradition de l’antisionisme soviétique, cette doctrine d’État antisémite qui puisait aux sources sulfureuses de l’antisémitisme russe traditionnel. Il est vrai aussi que deux de ses biographes lui reconnaissent une certaine obsession pour les Juifs et que l’autre grand créateur de la Nouvelle Vague, François Truffaut, avait rompu avec Godard en raison de son antisémitisme.

Le chroniqueur des arts de La Presse, Marc Cassivi, trouve, quant à lui, légitime de rendre hommage à l’oeuvre du grand cinéaste, auquel on doit des chefs-d’oeuvre comme À bout de souffle. En principe, j’abonde dans le même sens. En principe, dis-je, car je ne suis pas suffisamment cinéphile pour juger si son oeuvre véhicule ou non les vues de Godard sur les Juifs. Reste qu’un artiste peut être un parfait salopard et un grand créateur à la fois. En primant son oeuvre, l’Académie  américaine des arts et des sciences du cinéma ne porte aucun jugement sur la personnalité et les orientations idéologiques de l’artiste, mais sur son oeuvre. 

Il aurait suffit de faire cette distinction élémentaire. Mais Cassivi se fend aussi d’une légitimation de l’antisionisme:

Les mots ont beau avoir chacun un sens propre, cela n’empêche pas bien des gens de confondre, à dessein, antisémitisme et antisionisme, rendant forcément plus hasardeuse toute critique des politiques d’Israël.

Justement, les mots ont un sens. Et de toute évidence, Cassivi ne les saisit pas.

Critiquer des politiques d’Israël n’est ni antisémite, ni antisioniste.

L’antisémitisme, c’est la diabolisation et la détestation des Juifs parce que juifs. L’antisionisme, c’est refuser au seul peuple juif le droit à l’autodétermination politique sur sa terre ancestrale. Accessoirement, c’est aussi la diabolisation et la détestation de l’État juif parce que juif.

Lorsqu’un Godard affirme que “les Juifs font aux Arabes ce que les nazis ont fait aux Juifs”, il prête sans fondement aucun aux victimes (les Juifs) les traits de leurs bourreaux (les nazis), qui incidemment représentent dans la culture occidentale le mal ultime et absolu.

Quiconque se permettrait de pareils rapprochements sur quelque autre collectivité que ce soit serait fort justement accusé d’entretenir une haine à son encontre. C’est d’ailleurs pourquoi la définition de travail de  l’antisémitisme de l’Union européenne considère qu’il est antisémite de “faire des comparaisons entre la politique actuelle israélienne et celle des nazis”.

Ironie, Marc Cassivi a déjà écrit que Dieudonné “tente peu habilement de masquer son antisémitisme sous le couvert de l’antisionisme”. Le voici qu’il fait de même pour Godard.



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