La dernière doctrine soviétique honorable – Partie 1

Premier de cinq billets sur les origines de 40 ans de campagnes syndicales antisionistes

1. L’antisionisme ou la doctrine d’État antisémite de l’Union Soviétique

Près de vingt ans après l’effondrement de l’Union Soviétique, les diverses idéologies et doctrines qui ont présidé à sa destinée marquée au fer de la terreur sont aujourd’hui toutes largement discréditées en Occident.

Toutes? Non, car l’antisionisme occidental contemporain repose toujours solidement sur des bases marxistes-léninistes et soviétiques.

On l’oublie, mais en tant que doctrine politique opposée à l’autodétermination politique du peuple juif sur sa terre ancestrale, voire même à la reconnaissance des Juifs en tant que peuple, l’antisionisme occidental contemporain plonge ses racines dans la théorie marxiste-léniniste et le stalinisme .

Le marxisme-léninisme conspuait le mouvement de libération national du peuple juif comme une idéologie bourgeoise et impérialiste qui rivalisait avec le socialisme au sein des masses ouvrières juives d’Europe. Le stalinisme mâtinera le dénigrement socialiste du sionisme avec l’antisémitisme russe classique, notamment la tristement célèbre fabrication tsariste antisémite, les Protocoles des sages de Sion.

Alors que de grands syndicats québécois engagés depuis près de 40 ans dans une virulente campagne de délégitimation d’Israël nient avec véhémence que leur antisionisme soit le moindrement teinté d’antisémitisme, un retour aux sources du militantisme anti-israélien syndical s’avère fort utile pour évaluer à leur juste valeur les dénégations syndicales.

13 Janvier 1953, Moscou. Le gouvernement soviétique annonce au monde que neuf médecins du Kremlin, dont six aux noms à consonance juive, ont comploté pour tuer en 1945 et 1948 des conseillers intimes de Staline. Dans les semaines et les mois qui suivront une « purge » balaiera l’Union soviétique et ses États satellites pour expulser les Juifs de la hiérarchie communiste avec tout son lot de faux procès, d’arrestations arbitraires, et d’exécutions sommaires. Même l’épouse juive du fidèle allié de Staline Viatcheslav Molotov (signataire de l’infâme pacte de non-agression nazi-soviétique), Polina Zhemchuzhina n’y échappera pas et sera incarcérée pour “trahison” jusqu’à la mort de Staline, lequel planifiera même de déporter en masse les Juifs soviétiques dans les lointaines provinces orientales en Sibérie, au Kazakhstan et au Birobidjan. Seul son décès, le 5 mars 1953, empêchera la déportation massive des Juifs.

En revanche, la suspicion calquée sur les Protocoles des sages de Sion voulant que les Juifs complotent la perte de l’Union Soviétique de mêche avec les forces impérialistes ne quitta plus le dogme soviétique. Et comme les communistes souscrivaient, théoriquement du moins, à l’égalité universelle des hommes, ils travestirent leur nouvelle doctrine d’État antisémite en « antisionisme » et sa cible, les Juifs, en « sionistes », qu’ils le fussent ou non.

Comme les nazis avant eux, les soviétiques élevèrent leur doctrine antisémite au rang de science qu’ils dénommèrent sionologie. La doctrine antisioniste était officiellement mise en œuvre par le département de la propagande du Parti communiste et le KGB.

L’antisionisme soviétique véhiculait les mêmes abominations sur les Juifs que l’antisémitisme classique: puissance financière et politique occulte, contrôle des médias, haine du genre humain, domination, exploitation, subversion, amoralité, racisme, et négation de l’existence d’un peuple juif.

Dans une conférence prononcée le 9 août 1946 qui sera publiée dans la Pravda, le journal officiel du Parti, V. Lutsky, un spécialiste soviétique du Moyen-Orient, a cristallisé les thèmes centraux de la doctrine antisioniste soviétique à venir. Le sionisme était un outil de [1] l’impérialisme et du colonialisme occidentaux inspiré du [2] concept nazi de “race supérieure” voué [3]  à l’oppression de la nation arabe en général et à la suppression des Arabes de Palestine en particulier.

Ces thèmes centraux de l’antisionisme continuent d’informer le discours anti-israélien de l’extrême-gauche et du mouvement syndical. Dans le numéro du printemps 2010 des Carnets de la Fédération nationale des Enseignants et Enseignantes du Québec (FNEEQ-CSN), on peut lire par exemple que [1. colonialisme/impérialisme] “la question israélo-palestinienne n’est pas compliquée: c’est une entreprise de colonisation d’un territoire et la résistance des autochtones à cette colonisation”. La FNEEQ instruit ses membres que [2. racisme, fascisme] “les structures de l’apartheid israélien doivent être démantelées” et que la victoire de l’État naissant d’Israël contre les armées envahissantes de sept pays arabes déterminés à tuer dans l’œuf l’État juif  fut en fait un [3. oppression et suppression] “nettoyage ethnique de la Palestine par des milices juives et par l’armée israélienne”.

Ce n’est qu’après la Guerre des six jours (1967) et la défaite humiliante de ses clients égyptien et syrien que les Soviétiques exporteront agressivement leur antisionisme dans le monde occidental, où le mouvement syndical servira de courroie de transmission à cette nouvelle campagne de propagande soviétique.  Le point culminant de la propagande antisioniste soviétique sera l’infâme résolution 3379 adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies en 1975 assimilant le sionisme au racisme. Aussi la résolution ne fut-elle abrogée qu’en 1991, dans le sillon de l’effondrement de l’Union Soviétique.

Le livre “Attention Sionisme!” de Youri Ivanov distribué à l’échelle nationale par l’État soviétique en 1969 est emblématique de la sionologie soviétique de l’époque. On y apprend que “le sionisme moderne constitue l’idéologie, le système ramifié des organisations et de l’activité politique de la haute bourgeoisie juive, alliée aux milieux des grands monopoles des États-Unis et des autres puissances impérialistes”. Les sionistes auraient pour objectif de “propager la méfiance et la haine violente à l’égard des non-Juifs” et sont même assimilés aux nazis selon ce grand prêtre de la sionologie: “Durant ces cent dernières années, seuls les nazis allemands et les sionistes ont conçu la civilisation mondiale selon l’idée d’une ‘irréfutable suprématie du génie national'”.

Ces quelques échantillons de la presse soviétique, qui n’ont rien à envier à la presse nazie, illustrent combien le discours antisioniste est indissociable des thèmes classiques de l’antisémitisme.

La machine sioniste de fausse information pompe des milliards de dollars pour les agresseurs israéliens car les banquiers, industriels et propriétaires de mines d’or et de diamants, commerçants et autres représentants de la haute bourgeoisie juive les ont malhonnêtement soutirés de la poche des travailleurs (…) Pour répandre sa fallacieuse information la machine sioniste dispose de 1 036 publications périodiques et de bien d’autres moyens d’action psychologique dans 67 pays capitalistes.
Source: Kazakhstankaia Pravda, 23 novembre 1968

Les sionistes ont élaboré une philosophie raciste nettement définie, ainsi qu’une tactique pour leur action dans l’arène internationale. La doctrine philosophique du sionisme possède une signification extrêmement réactionnaire: elle a forgé le concept philosophique, religieux et mystique, connu sous le nom de “Judéité”.
Source: Sovietskaia Bielorussia, 18 juillet 1968

L’idée d’un repeuplement juif en Palestine est née de l’intérêt immédiat que portaient les impérialistes de Grande-Bretagne, France et Allemagne à la colonisation du Proche-Orient. Les commerçants sionistes s’efforçant de s’enrichir sans cesse afin d’être puissants et de jouir d’une prospérité de parasites, ont aussi inventé en plus d’autres notions, l’idée tout aussi fausse et réactionnaire d’une “nation juive mondiale”.
Source: Ogoniok (hebdomadaire au tirage de masse), 21 février 1969

Citations extraites de La Presse antisémite en URSS, Geroges Aryanossis, Paris, 1978

L’une des innovations de l’antisémitisme soviétique consistera à assimiler le sionisme au nazisme. Un article de la Pravda, organe de presse du Parti communiste, intitulé « La classe spirituelle du sionisme » en est emblématique et annonce la résolution 3379 adoptée par l’Assemblée générale de l’ONU en 1975 assimilant sionisme et racisme et dont les principales centrales syndicales du Québec se feront les promotrices tout au long des années 70 et 80 :

Les idées racistes du sionisme, qui ressemblent aux théories racistes des nazis, ont été menées à leur conclusion logique en Israël… Les guerriers “au sang pur” d’Israël se conduisent exactement comme les bourreaux d’Hitler au cours de la dernière guerre.
Source: Pravda, 17 mars 1971, citation extraite de La Presse antisémite en URSS, Geroges Aryanossis, Paris, 1978

Une autre innovation de la sionologie soviétique consistera à utiliser des Juifs pour mieux dénoncer le sionisme, une tactique employée encore de nos jours par la mouvance antisioniste. Pour ce faire, la presse soviétique publiait fréquemment des “lettres de lecteurs” aux noms à consonance juive :

Obsédés par leur chauvinisme nationaliste, les aventuriers sionistes suivent les traces des nazis hitlériens.
Source : Lettre collective de six Juifs lituaniens, Sovietskaia Litva, 19 mars 1971

Les fascistes allemands aussi parlaient d’espace vital. Maintenant, les fascistes israéliens sionistes essaient de réaliser effectivement cette idée.
Source : Lettre de Y. A. Goldstein, comptable, Sovietskaia Moldavia, 17 mars 1971.

Le 13 mars 1971, la Pravda publie un article de Victor Mayevski accusant les dirigeants israéliens d’être les   “instruments d’une agression impérialiste contre les pays arabes”, les “organisateurs d’un ordre nouveau néo-fasciste” et les “inspirateurs de nouvelles lois raciales qui font écho aux lois de Nuremberg du Reich hitlérien”.

Si aujourd’hui les grandes centrales syndicales s’abstiennent généralement de comparer directement le sionisme au nazisme, nous verrons que la nazification du sionisme fut un des piliers de leurs discours antisioniste au cours des années 70 et 80.  Depuis, elles ont recyclé l’assimilation du sionisme au racisme  dans une campagne de propagande accusant désormais Israël et le sionisme d’avoir érigé un régime de ségrégation raciale qu’il convient de boycotter et de démanteler à l’instar de l’ancien régime d’apartheid sud-africain.

Première partie: L’antisionisme ou la doctrine d’État antisémite de l’Union Soviétique

Deuxième partie: Les centrales syndicales québécoises et l’Union Soviétique

Troisième partieDes syndicalistes québécois déclarent la guerre au sionisme

Prochaine partie: Les syndicats québécois créent un organisme de combat du sionisme




Categories: Antisionisme, BDS, Syndicats

3 replies

  1. Félicitation pour votre blogue, qui pourra, je l’espère nous donner réplique au blogue antisémite ci après nommé Le blogue à papi.

    Si le blogue à papitibi n’est pas un blogue antisémite, qu’il vienne nous expliquez ses positions extrémistes et celles de sa confrérie fielleuse.

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