« Les islamistes sont déjà là »

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« Les islamistes sont déjà là »

David Ouellette
28 décembre 2004 

Dans le flot d’encre qui s’est déversé sur les recommandations de Marion Boyd en faveur de l’introduction de cours d’arbitrage islamiques en Ontario, les médias ont soigneusement évité, tel un écueil, le terme pourtant central à cette affaire, l’islamisme.

C’est néanmoins à grands renforts d’ « ismes » que les commentateurs québécois ont formulé des critiques acerbes à l’endroit du rapport de l’ancienne procureure générale d’Ontario : on lui a reproché son paternalisme envers les musulmanes, rappelé les victoires du féminisme en droit familial et décrié ce multiculturalisme canadien qui championne les droits collectifs au détriment des droits individuels. Tout cela est fort bien et juste. Reste que l’ « isme » qui sert de locomotive à la conquête de la sphère publique par un islam rigoriste a été passé sous silence.

Tout se passe au Canada – et dans une plus forte mesure au Québec- comme si nous étions les meilleurs élèves de George W. Bush, qui, au lendemain des attentats du 11 septembre, appela ses concitoyens à ne pas amalgamer islamisme et islam. Le milieu politico-médiatique québécois semble avoir si bien retenu la leçon que l’islamisme lui est devenu étranger.

Les visites de Tariq Ramadan au Québec suscitent moins d’émoi qu’une conférence d’un ambassadeur américain ou d’un ex-premier ministre israélien. On laisse sceptiquement entendre que ses détracteurs le qualifient d’islamiste alors qu’en Europe plus aucun média ou intellectuel sérieux n’entretient le moindre doute sur le projet politique du petit-fils du fondateur des Frères Musulmans.

L’alliance entre islamistes et extrême-gauche « altermondialiste » qui inquiète tant l’Europe dont les contours se définissent un peu plus après chaque visite du téléprédicateur islamique au Québec n’est même pas enregistrée par nos médias. Les grandes préoccupations sociétales de l’Occident nous laissent de glace.

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C’est ainsi que par largesse d’esprit, caractéristique aussi chère aux Québécois qu’aux Canadiens, nous avons autorisé le port du hidjab, le voile islamique, dans nos établissements scolaires, cautionnant ainsi la ségrégation des sexes qui est toujours la première prescription imposée par les islamistes. Tout l’édifice de l’islam politique repose sur l’apartheid des sexes, la domination des hommes sur les femmes et la réduction de fillettes âgées de 12 ans à des objets sexuels sur le « marché du mariage ».

Comme le décrit si bien l’essayiste Chahdortt Djavann, « Voiler les femmes, c’est diffuser la vision du monde islamiste, une vision du monde, de la société, de l’homme et de la femme que le voile islamique résume et que les femmes portent sur la tête ». Si l’on croit que l’islamisme a mis le pied dans la porte avec le rapport de Marion Boyd, qu’on se détrompe : notre libéralisme qui a perversement transformé en droit une contrainte imposée par la violence avait déjà ouvert en 1995 les portes à l’islam politique.

Et l’islam politique s’est empressé de franchir le seuil. Le chapitre canadien du Council on American-Islamic Relations (CAIR), fer de lance de l’islamisme en Amérique de Nord, réclame désormais que les écoles privées du Québec amendent leur code vestimentaire de manière à autoriser le port du voile.

À l’Université de Montréal, des activistes font pression sur la direction de l’établissement, à grand renfort de chantage à l’islamophobie (néologisme iranien pour justifier la fatwa de mort contre Salman Rushdie), pour que celle-ci leur reconnaisse ce qu’elle n’a jamais reconnu aux fidèles d’autres religions : une salle de prière. Or, si dans leur infinie complaisance politiquement correcte certains esprits trouvent la demande anodine, peut-être doit-on souligner que dans sa plus simple expression, de Kabul à Montréal, l’islamisme consiste à défier l’ordre social établi et à prendre racine dans la sphère publique. Dans les pays islamiques, les islamistes prêchent la « ré-islamisation », en Occident, tout simplement l’« islamisation ».

Pour le mouvement Jeunes musulmans du Canada (JMC), par exemple, une organisation dédiée au « renouveau spirituel de la jeunesse musulmane » la ré-islamisation du monde musulman commence en Occident. La djâhiliya de l’Occident, c’est-à-dire l’obscur âge préislamique où les hommes vivent dans l’ignorance d’Allah, serait l’obstacle principal à la ré-islamisation des terres d’Islam. Pour mettre un terme à l’influence « anti-islamique » de l’Amérique et de l’Europe sur les dirigeants arabes et musulmans, il importe de faire un travail de Dawah, de prosélytisme, dans tous les secteurs de la société occidentale pour exporter en Orient un islam rigoriste.

Dans un rare moment de candeur, le président du CAIR, Omar M. Ahmad, a même déclaré à un journaliste que « l’islam n’est pas en Amérique pour être l’égal de toute autre foi, mais pour devenir dominant. Le Coran devrait être la plus haute autorité en Amérique, et l’islam la seule religion acceptée sur toute la Terre ».

L’islamisation, ou la ré-islamisation, s’accomplit sur fond de violence et d’intimidation. Une des formes élémentaires d’intimidation utilisée par les islamistes est de définir qui est un bon musulman et qui ne l’est pas. Une institution telle que la cour d’arbitrage revendiquée par l’Institut islamique de justice civile (IIJC) renforcerait ce pouvoir d’intimidation.

En fait, l’intimidation a déjà commencé. Le fondateur de l’IIJC, l’avocat Syed Ali Mumtaz, déclarait dès 1995 : « Voulez-vous vous gouverner selon la loi personnelle de votre religion ou préférez-vous la gouvernance du droit familial séculier canadien ? Si vous choisissez ce dernier, vous ne pouvez pas prétendre que vous croyez en l’islam comme religion ». Autrement dit, qui ne se soumettrait pas aux cours d’arbitrage islamiques sous la férule de l’IIJC se rendrait coupable d’apostasie, un crime punissable de mort en islam.

Syed Mumtaz, qui est aussi un essayiste prolifique, estime que le musulman n’a qu’une seule nationalité, la nationalité islamique. Position partagée par les islamistes du monde entier, eux qui rêvent de reconstituer la mythique oummah, ou communauté des croyants, de la vie du prophète pour restaurer la gloire perdue de l’islam. Notons que ce sont des groupes tels que le Council on American-Islamic Relations, le Congrès islamique du Canada ou le Conseil musulman de Montréal qui font du lobbying en faveur de cours islamiques et non pas, par exemple, la Fédération arabo-canadienne, Espace Maroc-Canada ou le Centre culturel algérien de Montréal. La raison est simple. La grande majorité des musulmans au Québec ne se définissent pas en première ligne comme tels. C’est pourquoi ils se regroupent en structures associatives ethno-culturelles et que parler de « la » communauté musulmane a autant de sens que parler de « la » communauté chrétienne. Lorsque nos médias décrivent, par exemple une Marocaine comme une « musulmane d’origine marocaine », ils accordent une importance prépondérante à sa foi. En somme, ils emploient le langage des islamistes, qui, pour atteindre l’unité politique « salvatrice » des musulmans, s’efforcent d’effacer les divisions ethno-culturelles entre musulmans. Le passage de « maghrébins » à « musulmans de France » dans le discours public auquel on assiste depuis quelques années en France pour y décrire la population immigrée souligne à quel point la terminologie islamiste a gagné du terrain.

Le rapport de Marion Boyd a été rendu nécessaire par le défi lancé par les islamistes à la société laïcisée du Canada. Le feu vert qu’il donne à la création de cours islamiques doit certes nous alarmer en raison de la menace qu’il représente pour le traitement équitable des femmes immigrées qui seront soumises à une pression sociale accrue et déjà formidable. Au-delà de cet aspect, il doit nous inquiéter parce que désormais les islamistes n’ont plus le pied dans la porte. Nous la leur tenons grand ouverte, ils sont déjà là, pour paraphraser l’enquête de Christophe Deloire et de Christophe Dubois sur la progression de l’islamisme en France, mais nous refusons de les voir. Et pourtant, au Canada, la bannière islamiste est déjà hissée à mi-mât.



Categories: Archives judeoscope.ca, Islamisme

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