Tribunaux islamiques d’Ontario: Au nom du multiculturalisme, les droits collectifs priment de facto sur les droits individuels

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Tribunaux islamiques d’Ontario: Au nom du multiculturalisme, les droits collectifs priment de facto sur les droits individuels

David Ouellette
6 septembre 2004 

Aïsha*, 62 ans, mère de cinq enfants, vit à Toronto. Son mari la bat. Des voisins finissent par appeler la police qui arrête le mari. Il est rapidement relâché par la police mais une ordonnance restrictive lui interdit de s’approcher du domicile et d’Aïsha. Pendant ce temps, Aïsha, qui vit au Canada depuis huit ans, bénéficie enfin de ses droits: aide sociale, subvention de loyer, cours d’anglais. Puis, un jour, elle reçoit un appel de l’imam local. Il lui apprend qu’elle doit ouvrir la porte à son mari, qu’elle a « provoqué assez d’ennuis comme ça à la communauté» et qu’elle « paierait les conséquences de ses gestes » si elle n’obtempérait pas. Bref une menace de mort à peine voilée. Quelques semaines après son arrestation, le mari revient au foyer accompagné d’une nouvelle épouse.

C’est à cause de pareils cas – et ils sont nombreux – que l’assistante sociale torontoise d’origine iranienne, Homa Arjomand, a lancé la campagne internationale «No Sharia» contre la loi ontarienne sur l’arbitrage religieux des disputes familiales. L’arbitrage religieux en droit familial est pratiqué depuis 1991 en Ontario. Depuis 2003, l’Institut islamique de justice civile tente de créer sur la base de cette loi des tribunaux islamiques en Ontario. Le gouvernement ontarien doit rendre sa décision fin septembre.

Judéoscope s’est entretenu avec Homa Arjomand.

David Ouellette : Pourquoi vous opposez-vous à la création de tribunaux islamiques en Ontario?

Homa Arjomand : Nous ne nous opposons pas seulement à l’introduction de la charia au Canada, mais à toute forme d’arbitrage fondée sur la religion. En tant qu’Iranienne, il se trouve que je connais mieux la charia que d’autres codes légaux religieux.

David Ouellette : Pourquoi assiste-on maintenant à ce projet de l’Institut islamique de justice civile alors que l’arbitrage islamique en droit familial se pratique déjà en toute légalité de puis 1991 en Ontario?

Homa Arjomand : La charia est la bannière que l’islam politique hisse au Canada et dans toutes les sociétés occidentales. Le projet de l’Institut islamique de justice civile est une démonstration de force de l’islam politique. Avec le 11 septembre, l’islam politique en Occident a momentanément perdu de son pouvoir. A présent, l’islam politique essaie de regagner sa force et d’étaler devant le public canadien son influence en réclamant la création de tribunaux islamiques formels. Nous devons combattre l’islam politique sur tous les fronts et c’est pourquoi notre campagne est internationale. L’islam politique ne peut gagner qu’en détruisant l’ordre établi et les droits acquis.

David Ouellette : Les partisans des tribunaux islamiques disent que les inquiétudes des musulmanes canadiennes ne sont pas fondées puisque les jugements des cours islamiques respecteront le droit canadien et que les musulmanes ne sauraient être forcées à faire usage des cours islamiques.

Homa Arjomand : Les islamistes manipulent les esprits et le sens des mots. En Occident, les individus grandissent dans un milieu où ils connaissent leurs droits. À l’âge adulte, une femme occidentale saura quand dire oui et quand dire non. Mais dans les communautés musulmanes ghettoisées, les femmes ne connaissent pas leurs droits. Seule la communauté a des droits. La communauté lui dicte ses droits : faire à manger pour son mari, laver son linge et le satisfaire sexuellement quand il l’exige. Si la femme se rebelle, elle est ostracisée.

David Ouellette : Les droits collectifs mettent-ils au pas les droits individuels?

Homa Arjomand : Exactement. La politique multiculturelle du Canada fait primer le droit collectif sur le droit individuel. C’est un vice du multiculturalisme. Car bien sûr, théoriquement, les droits de la personne priment sur les droits collectifs, mais dans certaines communautés, particulièrement chez les musulmans, les femmes n’ont ni les ressources, ni les connaissances adéquates pour revendiquer leurs droits.

David Ouellette : En somme, les communautés culturelles disent au gouvernement, «respectez notre groupe, pas nos individus »?

Homa Arjomand : Oui, et la société acquiesce. Je connais une jeune fille mariée de force par sa famille à 13 ans avec un homme deux fois plus âgé. À 16 ans, enceinte, elle doit abandonner l’école. Les responsables scolaires, les obstétriciens, les pédiatres et les travailleurs sociaux ont tous fermé les yeux sur les droits de cette jeune fille. Au nom du multiculturalisme, ses droits ont été systématiquement bafoués. Le gouvernement pousse le multiculturalisme jusqu’à trouver des avenues « légales» pour accommoder des pratiques incompatibles avec la loi canadienne. Lorsque j’étais interprète à l’Ambassade du Canada en Iran, j’ai vu un agent consulaire expliquer à un monsieur comment il devait déclarer dans sa demande d’immigration une de ses femmes comme épouse et l’autre comme dépendante, à l’instar de ses enfants. Le gouvernement a ainsi donné feu vert à la polygamie. Une fois arrivé au Canada d’autres hommes suivront son exemple. Il leur expliquera que c’est légal, puisque c’est un agent consulaire lui-même qui lui a dit d’inscrire une de ses épouses comme personne dépendante.

David Ouellette : Comment expliquez-vous que les médias et le gouvernement canadiens accordent plus d’importance aux groupes islamiques fondamentalistes tels le Council on American-Islamic Relations ou le Congrès islamique du Canada qu’aux voix musulmanes progressistes?

Homa Arjomand : Je suis heureuse que vous me posiez cette question. En toute franchise j’ignore pourquoi. L’islam politique est en marche, il veut hisser sa bannière dans le monde entier, mais tous ne le voient pas. Au début de notre campagne contre les tribunaux islamiques, les médias nous ont complètement ignorés. Des journalistes du réseau anglais de Radio-Canada venaient à nos conférences et à nos discussions, passaient des heures à écouter les témoignages de victimes de la charia. Et le résultat, 30 secondes en tout et pour tout dans leur documentaire sur l’islam au Canada. Entre-temps, Radio-Canada nous a accordé plus de temps et nous lui devons en partie notre rayonnement actuel. Ceci dit, le problème au Canada, c’est qu’au nom du multiculturalisme, on déforme la réalité. Ceci est particulièrement vrai de l’islam politique.

David Ouellette : Vous a-t-on intimidée ou menacée depuis que vous militez contre la charia au Canada?

Homa Arjomand : Je connais bien l’islam politique. En Iran, l’islam politique a exécuté presque toutes mes amies engagées comme moi dans la protection des droits des femmes. J’ai dû fuir l’Iran en 1989 parce que je craignais pour ma vie. Je m’attendais donc à beaucoup de pression ici aussi. Mais je dois dire, que non, on n’a pas cherché à m’intimider ou à me menacer. Par contre, je n’exclue pas la possibilité…

David Ouellette : Qu’attendez-vous du gouvernement ontarien?

Homa Arjomand : Nous exigeons qu’il révoque la loi de 1991 sur l’arbitrage religieux. Nous demandons au gouvernement d’abolir cette loi qui érode les droits individuels. Le gouvernement doit faire respecter la plus stricte séparation entre l’État et le religieux. Cela doit s’appliquer aux écoles aussi. Le hidjab, cet autre étendard de l’islam politique, ne peut être imposé aux filles de moins de 16 ans. Nous demandons que le gouvernement protège les droits individuels minés par le multiculturalisme qui donne précédence aux droits collectifs.

David Ouellette : Le 8 septembre, des manifestations auront lieu dans plusieurs villes canadiennes ainsi que dans plusieurs pays européens. Y en aura-t-il une à Montréal?

Homa Arjomand : Non. Bien que nous ayons reçu beaucoup d’appuis du Québec où l’on chérit les valeurs laïques, personne n’a organisé de manifestation. J’ignore pourquoi. Je crois que beaucoup de familles craignent les islamistes de Montréal qui occupent tout le terrain en prétendant représenter la communauté musulmane.

David Ouellette : Madame Arjomand, je vous remercie de cet entretien.


*nom fictif



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