Les alliances sulfureuses du « Council on American-Islamic Relations »

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Les alliances sulfureuses du « Council on American-Islamic Relations »

David Ouellette
22 mars 2004 

Aucune organisation islamique américaine n’a su brouiller les lignes entre modérés et extrémistes avec autant de succès que le CAIR. Jouant sur la carte du dialogue interreligieux, il convie des néo-nazis à sa tribune. Pleurant les victimes du 11 septembre, il appelle à des dons à une organisation caritative interdite depuis pour sa proximité avec le Hamas. Pourtant, les Etats-Unis et le Canada ouvrent un boulevard au CAIR. Enquête exclusive dans les entrailles de cette organisation.

Le « Council on American-Islamic Relations » (CAIR) s’est joint, le 11 mars, à la « Muslim Students Association » de l’université de West Michigan pour présenter un colloque intitulé « Islam et christianisme : coalition ou collision ? ». L’invité d’honneur, William Baker, fondateur de l’association « Christians and Muslims for Peace », y a été présenté comme un conférencier de renommée internationale. La nouvelle serait banale, si le CAIR n’était pas l’organisation islamique « modérée » la plus en vue aux États-Unis, et Baker l’ancien président d’un parti néo-nazi américain, le Populist Party, et l’auteur de « Theft of a Nation » (Le vol d’une nation), un pamphlet virulent qui appelle à « la déportation des juifs israéliens vers leurs pays d’origine ».

Aucune organisation islamique américaine n’a su brouiller les lignes entre modérés et extrémistes avec autant de succès que le CAIR. Constitué comme organisation de défense des libertés civiles des musulmans aux Etats-Unis, le CAIR a été fondé en 1994, à Washington, par des membres de l’Islamic Association for Palestine (IAP), un groupe créé par un leader de l’aile politique du Hamas, Mousa Abu Marzook, expulsé par les Etats-Unis, en 1997, vers la Jordanie. Omar Yahya Ahmed, qui devint plus tard président du conseil d’administration de CAIR, et Ghassan Elashi, membre fondateur du chapitre texan de l’organisation, ont participé au « Philadelphia Meeting » de 2003, une réunion d’islamistes décrite par des documents du FBI comme une rencontre entre membres du Hamas et de l’IAP au cours de laquelle, selon les bandes d’écoute du FBI, a été élaborée une stratégie pour combattre les accords de paix israélo-palestiniens et perfectionner les campagnes de financement du Hamas en Amérique du Nord.

Comptant plus de 22 chapitres régionaux, dont un au Canada, le CAIR est passé maître dans l’art du double langage, célébrant avec de vastes campagnes publicitaires le patriotisme américain des musulmans, condamnant le terrorisme en général sans toutefois incriminer les groupes islamo-terroristes, et manipulant le chantage à l’islamophobie pour faire taire la dénonciation du terrorisme islamiste ou la critique de l’islam. En 1998, dans le sillon des attentats visant deux ambassades américaines, en Tanzanie et au Kenya, le CAIR porta plainte contre des affiches publicitaires pointant Ben Laden comme « premier ennemi » des Etats-Unis en invoquant « l’outrage fait aux musulmans ».

À la suite des attentats du 11 septembre, bien que déplorant les morts de New York, Washington et Pennsylvanie, les porte-parole du CAIR ont refusé de condamner Ben Laden et al-Qaïda. Dans un exercice de double langage typique de l’organisation, le CAIR avait même appelé à faire des dons pour les victimes du 11 septembre… par l’entremise de la Holy Land Foundation for Relief and Development, fondation « caritative » islamique dissoute peu après par les autorités américaines pour ses opérations de financement du Hamas.

Depuis le 11 septembre, des spécialistes de la présence islamiste aux Etats-Unis tels que Steven Emerson et Daniel Pipes enquêtent sur les relations islamistes du CAIR. C’est ainsi que l’on apprit que le CAIR avait classé dans son rapport de 1996 sur « les incidents et la violence anti-islamiques » le procès et la condamnation du cheikh égyptien Omar Abdel Rahman pour son rôle de conspirateur en chef dans l’attentat de 1993 contre le World Trade Center. On apprit aussi qu’en 1994, le CAIR avait coordonné la tournée aux Etats-Unis de Bassam Alamoush, un militant islamique jordanien, qui expliqua à son public de Chicago : tuer des juifs est « une bonne action ».

Il a aussi été question de l’appui ouvert que son directeur général, Nihad Awad, accorde au Hamas. Le même Awad avait retiré en 1994 son appui à l’OLP, pour condamner le processus de paix entamé avec Israël. Il arrive parfois que les membres de CAIR évoquent eux-mêmes candidement leur objectif stratégique à long terme. En 1998, par exemple, son président, Omar M. Ahmad, déclarait à un quotidien californien que « l’islam n’est pas en Amérique pour être l’égal de toute autre foi, mais pour devenir dominant. Le Coran devrait être la plus haute autorité en Amérique, et l’islam la seule religion acceptée sur toute la Terre ».

Il n’y a pas que les spécialistes qui se soient intéressés aux membres du CAIR. En janvier 2003, Bassem Khafagim, directeur des relations communautaires du CAIR, a été arrêté par le FBI pour ses relations avec un groupe… qu’il avait lui-même créé afin de recueillir des fonds destinés à des organisations terroristes islamistes. Il a depuis plaidé coupable de deux chefs d’accusation. Le 27 juin 2003, c’était au tour de Randall Ismail Royer, coordonnateur des droits civils du CAIR, d’être arrêté pour avoir tenté de joindre les rangs du Lashkar-e-Taiba, une organisation islamo-terroriste pakistanaise vouée à chasser l’Inde du Cachemire.

Loin d’avoir le profil d’une ONG de défense des droits civils, le CAIR compte parmi ses membres des islamistes dangereux et va jusqu’à s’associer à des néo-nazis, bien entendu sous le vernis politiquement correct du rapprochement interreligieux. Bien que le CAIR se dise indépendant, il entretient des relations avec les wahhabites, recevant notamment des subventions de la World Assembly of Muslim Youth (WAMY), une organisation internationale financée par le gouvernement saoudien. Depuis 2001, le CAIR place de la littérature prosélyte dans 17 000 bibliothèques publiques américaines grâce à un don de 500 000 dollars du prince saoudien Al-Walid ibn Talal.

La branche canadienne du CAIR continue de jouir, elle aussi, de l’aura de respectabilité que lui confèrent les médias anglophones. Depuis 2002, le prestigieux « Globe and Mail » a ainsi publié 38 billets d’opinion de CAIR, signés pour la plupart par deux femmes, sa présidente Sheema Khan et un membre de son comité de direction, Shahina Siddiqui. En produisant des communiqués de presse sur tout ce qui touche de près ou de loin à l’islam et à sa pratique religieuse, en lobbyant contre l’arrestation de présumés terroristes musulmans et l’expulsion d’immigrants illégaux arabes, le groupe a réussi à s’imposer au Canada comme la voix reconnue des musulmans canadiens et à jeter de l’ombre sur le Canadian Islamic Congress et la Canadian Arab Federation, deux organisations plus anciennes, assises sur une véritable base communautaire.

Il n’y pas que les journaux qui se prêtent au jeu du CAIR. Le 26 février dernier, l’organisation a eu le privilège de présenter à un comité du sénat canadien son rapport sur la représentation des musulmans canadiens dans la presse. Pour illustrer l’anti-islamisme supposé des médias canadiens, le CAIR a produit un seul article : un éditorial paru le 22 avril 2002 dans les quotidiens de l’empire médiatique CanWest. Un éditorial qui condamnait les méthodes crapuleuses d’organisations terroristes palestiniennes reconnues comme telles par le gouvernement canadien…

Curieusement, ses démêlés avec la justice, ses déclarations de sympathie pour le terrorisme palestinien et ses associations avec des groupes racistes et xénophobes ne nuisent en rien à la réputation de « gardien des droits et libertés » des musulmans en Amérique du Nord que s’est forgée le CAIR. Mieux encore, l’organisation a connu une fulgurante ascension médiatique depuis le 11 septembre. Contrairement aux organismes communautaires plus discrets et dépourvus d’appareils médiatiques bien huilés, le CAIR est prompt à prendre position sur toute question concernant l’islam et les musulmans. Il multiplie les communiqués de presse et les alertes aux « violations des libertés » des musulmans. Son directeur de la communication, Ibrahim Cooper, un Canadien converti à l’islam, se présente volontiers sur tous les plateaux de télévision pour condamner de prétendues assimilations de l’islam au terrorisme, défendre la légitimité du régime taliban ou légitimer la « résistance » du Hamas.

En somme, le succès du CAIR s’explique par sa capacité à combler le vide laissé par l’absence de relations publiques professionnelles dans les communautés musulmanes d’Amérique, à une époque où les médias et leur public sont en quête d’éclaircissements sur une religion méconnue et largement perçue comme menaçante.

Il existe pourtant de véritables instances représentatives islamiques modérées aux Etats-Unis. L’American Islamic Congress en est sûrement le meilleur exemple. Il est la seule organisation islamique occidentale à veiller tant sur les droits et libertés des musulmans dans leur pays d’adoption, que sur leur viol systématique dans leurs pays d’origine. Il se distingue aussi par son Children of Abraham Peace Project qui fait la promotion de l’entente et de l’harmonie entre musulmans et juifs. Un projet initié par Khalid Duran, en dépit d’une fatwa lancée contre lui par le cheikh jordanien Abd al-Monem Abou Zant. Une fatwa justement promulguée à la suite des virulentes critiques exprimées par le CAIR à l’endroit du livre qui avait inspiré ce projet…

Une version de cet article a été publiée dans Proche-Orient.info


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