Réplique à Agnès Gruda

RÉPLIQUE À AGNÈS GRUDA

Cette lettre a été soumise le 19 avril 2012 pour publication au quotidien La Presse.

Agnès Gruda juge excessif l’interdit de séjour qui pèse sur l’écrivain allemand Günter Grass en raison de son brûlot accusant Israël de velléités génocidaires à l’endroit du peuple iranien (« La politique de la frontière fermée« , La Presse, 19 avril 2012) . Sa critique est légitime et partagée par de nombreux Israéliens et amis d’Israël.

En revanche, il est tout aussi excessif d’extrapoler à partir des cas de Grass, de Noam Chomsky et de Mairead Maguire que le gouvernement israélien pratique une « politique de la frontière fermée » à l’endroit de ses détracteurs et des sympathisants des Palestiniens.

En effet, malgré l’incessante campagne de délégitimation d’Israël, le gouvernement israélien affiche une attitude plutôt pragmatique face à ses détracteurs. Pensons, notamment, à l’écrivain portugais José Saramago qui assimila odieusement Ramallah à Auschwitz sans pour autant être déclaré persona non grata. Ou à Donald Bostrom, l’auteur suédois de l’infâme fabrication voulant qu’Israël se livre au trafic d’organes palestiniens, qui fut néanmoins reçu en Israël peu après la parution de cette calomnie pour participer à une conférence de journalistes.

De même, le militant antisioniste notoire Noam Chomsky n’est pas interdit de séjour en Israël. Certes, un fonctionnaire israélien lui avait interdit d’entrer en Cisjordanie en 2010, mais fut néanmoins rapidement réprimandé par le porte-parole du premier ministre israélien pour avoir « outrepassé son autorité ». Le gouvernement israélien avait même invité Chomsky à se présenter de nouveau à la frontière, l’assurant qu’ « il n’y a aucun changement dans notre politique » à son égard. Chomsky déclina l’invitation, l’occasion étant trop belle pour ne pas jouer le faux martyr de la liberté d’expression.

Aussi n’est-ce pas en raison de ses idées, à savoir l’assimilation de l’État juif au régime nazi, que la « pacifiste » Mairead Maguire, a été interdite de territoire, mais à cause de ses deux tentatives de violer l’embargo militaire israélo-égyptien contre le Hamas, une mesure de défense légitime et conforme au droit international, selon les conclusions d’un comité d’enquête du Secrétaire général de l’Onu rendues publiques en septembre dernier.

Mme Gruda erre aussi sur la nature de la controverse et de l’indignation suscitées non seulement en Israël, mais en Allemagne et ailleurs en Europe, par le brûlot de Günter Grass. Loin d’avoir « cassé tout un tabou » en posant la question du droit moral des Allemands de critiquer les politiques de l’État juif, Grass a défoncé une porte ouverte. Quiconque est familier de l’Allemagne n’ignore pas que la presse, la société civile et la classe politique allemandes ne se privent pas plus de critiquer Israël que tout autre pays occidental.

En fait, si les propos de Grass ont choqué, à tel point que le militant social-démocrate Grass est désormais exclu des activités électorales du parti auxquelles il participait depuis quatre décennies, c’est parce que l’ancien nazi tente grossièrement de s’alléger la conscience en accablant gratuitement l’État juif d’ambitions génocidaires envers le peuple iranien. Selbtsentlastung et Schuldverschiebung, auto-exonération et transfert de culpabilité, sont les expressions qui revenaient le plus souvent dans la presse allemande pour dénoncer l’antisémitisme larvé du texte de Grass.

Si en cette Journée du souvenir de la Shoah il est une leçon à retenir de l’affligeant spectacle d’un grand écrivain qui se discrédite en projetant sur les Juifs les crimes des nazis, c’est la démesure des « critiques » dont Israël est l’objet, même lorsqu’un régime négationniste comme celui de Téhéran menace l’État juif d’annihilation.

David Ouellette
Directeur associé, affaires publiques (Québec)
Le Centre consultatif des relations juives et israéliennes



Categories: Antisionisme, Médias, Moyen-Orient

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3 replies

  1. Tout comme plusieurs journalistes de la presse, le parti pris pour les palestiniens est flagrant. Les journalistes n’ont il pas le devoir d’apporter à leurs lecteurs les différentes opinions? Madame Gruda apporte des idées de noam shomski, mais ne mentionne pas les idées contraires, qui sont majoritaires en Israel tout parti politique confondu.
    Madame Gruda déplore le refus du gouvernement israelien de recevoir sur son territoire l’écrivain allemand grass. a-t-elle oublié son passé et le passé des arabes lié à celui des nazis? Heureusement que mme Gruda a déclaré dans son article que la mission récente pour la palestine est politique et non humanitaire. Comment se fait il que cette question interresse tellement des journalistes québécois, alors qu’au Québec pendant des semaines des étudiants et leur parents sortent dans la rue pour réclamer une justice sociale.? Comment se fait-il que dans une société riche comme la québécoise il y a des milliers de sans abris qui trainent les rues? Est ce pour cacher le malaise de notre société que ces journalistes vont s’abreuver auprés des sites anti israeliens?

  2. Mme Gruda est constante et toujours fidèle à elle même quand vient le temps de “parler” d’Israël.
    Bravo David

  3. M. Ouellette, vous dites que “Grass a défoncé une porte ouverte”.

    J’irai plus loin. Ce Monsieur Grass a pété tout simplement les plombs.

    Mme Gruda n’est même pas capable de voir ça. Affligeant.

    C’est triste de voir une journaliste qui ne lis pas assez les journaux allemands (même en anglais) pour être mieux informer.

    Jason

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