Nucléaire israélien et iranien: les fausses équivalences de La Presse

La Presse publie aujourd’hui un dossier sur les options nucléaires israélienne et iranienne marqué au coin de la fausse équivalence. La politique nucléaire d’Israël “irrite au plus haut point ses voisins du Moyen-Orient, dont l’Iran“, nous dit-on. Si la République islamique d’Iran cherche à se doter d’une capacité nucléaire militaire, c’est parce qu’Israël posséderait lui-même un arsenal nucléaire. Pire encore, il serait “douteux, en matière d’éthique” pour Israël d’enrayer les ambitions nucléaires d’un régime voué à sa destruction.

Pourtant, pour “irritante” qu’elle soit, la capacité nucléaire israélienne n’a pas déclenché de prolifération nucléaire dans les pays arabes voisins. Pour la bonne raison que ses voisins ont compris la nature purement dissuasive du nucléaire israélien, développé à une époque où une coalition de pays arabes menaçait activement l’État juif d’annihilation. De cela, il n’est guère question dans le dossier de La Presse. Ni du succès de la doctrine dissuasive israélienne. Il n’y a plus eu de guerre conventionnelle entre Israël et des États arabes depuis 1973 et d’aucuns estiment que l’effet dissuasif de l’option nucléaire israélienne a contribué à la volonté égyptienne de conclure un accord de paix avec Israël, la clé de voute de la stabilité régionale.

On ne peut en dire autant du régime islamiste iranien qui articule ses ambitions nucléaires avec des déclarations génocidaires anti-israéliennes. De cela aussi il n’est guère question dans le dossier de La Presse. De plus, le programme nucléaire iranien ne répond à aucun impératif dissuasif. Depuis la chute du régime de Saddam Hussein en Irak, aucune puissance militaire ne menace l’existence de la République islamique d’Iran. Si menace il y a aujourd’hui, elle provient des millions d’Iraniens qui étouffent sous la tyrannie des ayatollahs.

Si l’option nucléaire israélienne n’a pas été un facteur de prolifération dans les pays arabes, on ne peut en dire autant du programme nucléaire iranien. Il suffit de constater le nombre de pays arabes, surtout ceux de la péninsule arabique exposés aux velléités hégémoniques iraniennes, qui déclarent leur intérêt pour le développement de programmes nucléaires depuis que le programme iranien clandestin a été exposé. Les pays de la péninsule s’inquiètent du nucléaire iranien tout autant qu’Israël et redoutent que sa nucléarisation enhardisse davantage les ayatollahs à déstabiliser la région en intervenant impunément dans leurs affaires internes, comme c’est déjà le cas à Gaza, au Liban, en Syrie, en Irak, au Bahreïn, en Arabie Saoudite, au Yémen.

Signe de l’inquiétude croissante des Arabes, le Conseil de coopération du Golfe, qui regroupe six pays arabes dont l’Arabie Saoudite, le Koweït et les Émirats arabes unis, a annoncé aujourd’hui même via le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn qu’il développera un système de défense anti-missiles pour “protéger les puits de pétroles et les ports de la région de possibles attaques iraniennes“. Ce qui nous amène à une autre faiblesse du dossier de La Presse: la réduction de la menace nucléaire iranienne aux seules préoccupations israéliennes. Faut-il vraiment rappeler aux auteurs du dossier que “le développement clandestin par l’Iran d’un programme nucléaire en violation du Traité de Non-Prolifération constitue une crise de sécurité internationale majeure”, comme l’affirme la diplomatie française ?

Mais le plus troublant dans ce dossier demeure la fausse équivalence établie entre l’Iran et Israël. Il peut “sembler douteux, en matière d’éthique, pour un pays qui n’est pas signataire d’un traité de jouer le rôle de justicier à l’égard d’un autre“, croit savoir La Presse. Comme s’il y avait la moindre équivalence entre une impitoyable tyrannie théocratique qui assujettit les femmes, exécute les homosexuels, liquide journalistes et étudiants et réprime dans le sang son propre peuple et une démocratie libérale, aussi imparfaite soit-elle. Comme si le régime de Téhéran n’était pas fondé sur l’objectif explicite de son fondateur l’Ayatollah Khomeini d’exporter son totalitarisme islamiste et d’éradiquer l’État juif. Comme si l’Iran ne proférait pas quasi quotidiennement son ambition de détruire Israël. Et comme si l’Iran n’armait et ne finançait pas des organisations islamistes comme le Hamas, le Djihad islamique palestinien et le Hezbollah vouées à la destruction d’Israël.

Face à un avenir incertain dans l’ombre d’une bombe nucléaire islamiste, Israël ne “joue” pas au “justicier”. Il joue son existence comme chaque jour depuis sa fondation il y a 64 ans.



Categories: Diplomatie, Islamisme, Médias, Moyen-Orient

Tags: , , ,

2 replies

  1. Bonjour,

    Article intéressant sur l arme nucléaire en orient.

    Salutations

    Frédéric

Trackbacks

  1. Nucléaire israélien et iranien: les fausses équivalences de La Presse | Israël Flash: informations et analyses sur Israël

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: