La haine des Juifs a de tout temps été une affaire de diabolisation. Littéralement, au Moyen-Âge, dans le cas de l’antijudaïsme chrétien, pour lequel le Juif était le diable incarné voué à la destruction de la chrétienté et figurativement dans le cas de l’antisémitisme moderne, pour lequel le juif incarne la perversion du genre humain.
L’antisionisme est l’avatar contemporain de la diabolisation des Juifs. Si dans la foulée du génocide des Juifs européens aux mains des nazis et de leurs collaborateurs il est désormais de mauvais ton d’avilir les Juifs comme tels, l’État des Juifs et le mouvement national qui lui a donné forme, le sionisme, font aujourd’hui office, par légère procuration, de cibles socialement acceptables pour les contempteurs du peuple juif.
Le groupuscule “antisioniste” Palestiniens et Juifs Unis (PAJU), auquel on doit l’infâme campagne de harcèlement de commerçants de la rue Saint-Denis pour cause de vente de chaussures israéliennes, nous en offre cette semaine une illustration pertinente. Le 7 novembre dernier, le président du PAJU, Bruce Katz, a accordé une entrevue à Press TV, le télédiffuseur de langue anglaise du régime iranien, qui, à l’instar du gouvernement antisémite aux velléités génocidaires qu’il dessert, nie la réalité historique du génocide des Juifs et offre régulièrement des tribunes à des néo-nazis. Bruce Katz, que notre propre société d’État Radio-Canada invite à commenter l’actualité moyen-orientale, y a assimilé à mots découverts le concept de peuple juif à l’idéologie des pires tortionnaires que celui-ci ait connus dans sa longue histoire, le nazisme:
“Il est ironique que lorsqu’on examine le discours politique d’ Hitler, on a essentiellement exactement le même discours mis de l’avant par Benyamin Netanyahu”, pérore le Juif montréalais “antisioniste” Bruce Katz. “Comme dans le cas de la nation allemande aryenne détentrice d’une terre sur laquelle seule la nation aryenne a le droit de vivre – sur cette terre particulière [Israël] , seule la race juive a le droit d’y vivre et, par conséquent, les Arabes doivent être non-juifs de la même manière que les Juifs étaient non-aryens [et] devaient être expulsés de la terre”, poursuit-il.
Emblématique du discours antisioniste, la nazification d’Israël n’est pas seulement antisémite parce qu’elle diffame le peuple juif en lui imputant les attributs racistes et mortifères des assassins de six millions de Juifs, mais parce qu’elle perpétue la tradition antisémite d’identification des Juifs avec le mal absolu.
On le sait, aucun État n’est au-dessus de la critique légitime de ses politiques à l’aune de critères universels. Or, l’antisionisme n’est pas l’exercice de la critique légitime des politiques israéliennes, mais une odieuse imposture idéologique qui sous couvert de sympathie envers les Palestiniens diabolise l’expression nationale du peuple juif en l’accablant des attributs les plus détestables.


