Avec son financement public annuel à hauteur de 1,1 milliard de dollars, sa cohorte de recherchistes et de vérificateurs des faits et ses journalistes chevronnés, on s’attendrait à ce que Radio-Canada ne tombe pas aussi facilement dans le piège de la désinformation et de la propagande comme jeudi soir dernier à l’émission 24 heures en 60 minutes.
Et c’est pourtant bien ce qui est arrivé lorsque l’animatrice Anne-Marie Dussault et son invité, le spécialiste du Moyen-Orient Sami Aoun, ont illustré le discours du président Barack Obama sur le Moyen-Orient avec “une carte de la Palestine” représentant non pas l’évolution territoriale du conflit israélo-arabe, mais bien plutôt le révisionnisme historique palestinien négateur de légitimité israélienne, à savoir, le mythe de la dépossession d’un État palestinien fictif par Israël.
En effet, pour illustrer les frontières de 1967 sur la base desquelles le président Obama voudrait asseoir la création d’un État palestinien, Mme Dussault a présenté une carte qui, à ses dires, représente “ce qu’était la Palestine avant la création de l’État d’Israël” et qui, selon le distingué professeur Aoun, démontre “le grignotement, l’érosion du territoire en faveur des Israéliens”.
Or, cette carte n’est pas l’oeuvre de journalistes, d’historiens ou de politologues, mais un document de propagande qui a fait tâche d’huile sur internet, plus particulièrement sur les sites militants pro-palestiniens, islamistes et révisionnistes, pour présenter sous un faux jour les concessions territoriales israéliennes offertes aux Palestiniens lors du Sommet de Camp David (2000) et rejetées sans contre-proposition par Yasser Arafat.
Analysons de gauche à droite cette carte présentée par Radio-Canada comme une illustration factuelle de l’évolution territoriale d’une Palestine, réduite selon Mme Dussault, à un “gruyère”, par le “grignotement” de présumés rongeurs israéliens.
Phase I – Palestine et Israël 1945
Le premier panneau de la carte est le plus mensonger de tous, car il suggère à la fois un État palestinien et l’existence en 1945 de deux États, l’un juif, l’autre palestinien.
Or, en 1945, il n’existait pas plus d’État israélien (fondé en 1948) qu’il n’existait un État palestinien à cette date ou à tout autre moment de l’histoire.
La seule “Palestine” qui existât à l’époque était ce territoire administré par l’Angleterre depuis que la Société des Nations lui avait confié le mandat de gouverner trois anciens districts administratifs de l’ancien Empire ottoman et qu’on nommera “Palestine”.
De plus, dès 1922, les Britanniques détachèrent 74% (!) de ce territoire, sur une partie duquel devait prendre forme un “foyer national juif”, pour former un nouvel État arabe, la Transjordanie (la Jordanie actuelle à majorité palestinienne arabe), sur lequel les Anglais interdirent aux Juifs de s’établir (voir carte ci-contre). Autrement dit, la Transjordanie ne grignota pas, mais engloutit la majeure partie de “ce qu’était la Palestine avant la création de l’État d’Israël”, sans que ne bronchent les Arabes palestiniens.
En outre, la carte présente des “territoires palestiniens” (en vert) et des “territoires juifs” (en blanc), alors que le seul souverain sur le territoire était l’Angleterre et que la majorité des terres appartenait à la puissance mandataire britannique. Pis, loin d’être cantonnés aux îlots blancs sur la carte, les Juifs étaient installés partout sur ce que restait du territoire de la Palestine mandataire britannique après la création de la Transjordanie arabe, y compris sur le territoire qu’on appellera plus tard la Cisjordanie. Quant à la zone triangulaire au sud de la carte, le désert du Néguev, elle était, à l’exception de tribus nomades bédouines, virtuellement inhabitée.
Phase 2 – Onu Répartition 1947
Bien entendu, Mme Dussault et le professeur Aoun se sont bien gardés d’informer leur public que ce plan fut accepté par les Juifs et rejeté par les Arabes qui déclarèrent une guerre d’annihilation au nouvel État en 1948-49, guerre qu’ils perdirent.
Phase 3 – 1949-1967
Le troisième panneau prétend illustrer Israël et la Palestine de 1949 à 1967. Or la réalité des “territoires palestiniens” que ne montre pas la carte est qu’au sortir de la guerre de 1948-49 la Bande de Gaza est occupée par l’Égypte et Jérusalem-Est et la Cisjordanie annexées par la Jordanie. Ce n’est donc pas Israël qui a empêché les Palestiniens d’établir leur État sur le territoire attribué par l’ONU, mais l’Égypte, la Jordanie et l’opposition des Arabes palestiniens à l’existence d’un État juif sur une partie de la terre ancestrale du peuple juif.
Phase 4 -2000
Enfin, le quatrième panneau prétend présenter ce qui reste de la Cisjordanie palestinienne à cause de la colonisation israélienne, à savoir, un “gruyère”, selon les dires de Mme Dussault. Or ce que montre cette carte sont les zones A, B et C de la Cisjordanie. Les zones A et B (en vert) représentent respectivement le territoire cisjordanien administré (A) par l’Autorité palestinienne et (B) conjointement par Israël et les Palestiniens en vertu des Accords d’Oslo. La partie blanche représente le territoire administré uniquement par Israël.
Or, selon cette carte et les explications de Mme Dussault, la partie blanche représenterait les colonies israéliennes! Imaginez, Israël aurait colonisé 59% du territoire cisjordanien à en croire Radio-Canada, ce qui est complètement faux, puisque les colonies n’occupent en réalité que 1,4 % de la superficie de la Cisjordanie ou, tout au plus, 10% si on inclut leurs périmètres de sécurité. Mais l’aspect le plus mensonger de ce panneau reste la suggestion, reprise par le professeur Aoun et Mme Dussault, voulant que la zone blanche soit perdue pour les Palestiniens. Car dans les faits, si les Palestiniens n’avaient pas rejeté les concessions territoriales israéliennes à Camp David (2000) et au Sommet de Taba (2001), ils auraient récupéré la meilleure partie de ce territoire (Camp David) ou sa totalité (Taba). De plus, les Palestiniens n’ont jamais répondu aux propositions du premier ministre Ehud Olmert en 2008 qui leur aurait également permis de recouvrer pratiquement toute la Cisjordanie, moyennant des échanges de territoire.
Il y a longtemps que j’ai cessé de considérer Radio-Canada comme un média crédible sur la question du conflit israélo-arabe. Que ce soit la diffusion d’un “documentaire” jugé a posteriori par son ombudsman comme indigne de diffusion ou les multiples erreurs, silences, inversions des faits et propos outrageux sur Israël et le conflit reconnus comme tels par l’ombudsman de la société d’État, la couverture radio-canadienne du conflit est marquée par l’incompétence et un parti pris anti-israélien éhontés. Avec la diffusion de cette carte, Radio-Canada a décidément atteint le fond du baril.





